Ginette Michaud
Ginette Michaud
À la croisée de la littérature, de la philosophie, de l'esthétique et des Visual Studies, ce dossier aborde la question des arts du point de vue de la déconstruction, à partir des travaux de Jacques Derrida, Jean-Luc Nancy, Hélène Cixous et Georges Didi-Huberman. Il explore plus précisément l'ekphrasis et les nouvelles poétiques que cette figure suscite dans les oeuvres de ces philosophes et écrivains. Chez chacun des auteurs, il s'agit moins d'écrire « sur » l'oeuvre d'art que d'aller à la rencontre de ce qui, en elle, récuse toute appropriation ou traduction. Comment dès lors en parler ? Cette interrogation conduit à des approches multiples et singulières, voire idiomatiques, et permet de mesurer l'apport des concepts issus de la déconstruction, sa critique de l'appareil optique, de la représentation et de la visibilité/invisibilité, de l'image. En soulignant les enjeux esthétiques, philosophiques et éthiques engagés pour ces penseurs par l'oeuvre d'art, ce numéro met ainsi en relief leurs axiomes les plus inventifs dans un champ qui ne fut jamais confiné pour eux dans la désignation ancienne des « beaux-arts », mais bien toujours saisi comme le lieu mouvant d'une véritable pensée, d'un « penser voir » autrement.
Et si l’éducation et la psychanalyse pouvaient se rencontrer hors des sentiers battus ? Écoles buissonnières de Ginette Michaud explore les pratiques alternatives qui défient les institutions, de Makarenko à Deligny.
Ginette Michaud, intriguée par l'énigme que représentait Harriet - patiente schizophrène, violente, délirante, plusieurs fois hospitalisée que lui avait adressée Roger Gentis -, décida, malgré sa peur, de se risquer dans l'aventure. Son récit, séance après séance, décrit ce que faisait ou disait cette patiente, mais aussi les moments de crises où elle était dangereuse pour elle-même et pour son analyste, les moments de repli, de silence quasiment catatonique où cette malade se réfugiait. Il illustre comment la cure psychanalytique, en lien avec tout un réseau de soins (dont Jean Oury, devenu son psychiatre, les infirmiers, la famille, les amis...), si elle n'est pas en mesure d'extraire la pierre de folie de son cerveau, lui permet d'en souffrir beaucoup moins « Ce qui rend ce livre exceptionnel, c'est la façon dont Ginette Michaud accepte de nous transmettre ses propres réponses, ses doutes et ce qu'elle considérait quelquefois comme ses erreurs. Il est très rare qu'un psychanalyste s'expose avec autant de vérité en supportant de mettre en évidence les tâtonnements et les points sur lesquels il bute lorsqu'il ne comprend rien. Elle insiste sur le fait que le savoir est du côté du patient. Mais elle nous montre aussi comment elle a pu se servir, tout au long du traitement, de ses connaissances, s'appropriant la théorie, la transformant, la façonnant à sa manière pour l'aider à construire et à comprendre, dans l'après-coup, ce qui se passait dans les séances. » Catherine Vanier
Le poème n'était pas pour Jacques Brault une question rhétorique ou seulement esthétique : il était indissociable de la vie, saisie dans tous ses aspects, les plus humbles, les plus quotidiens, comme les plus mystérieux. Ni vers ni prose, la poésie passait outre ces limites et circulait aussi librement dans ses essais où surgissaient ses « épiphanies pourvoyeuses de petite éternité ». Dans ses derniers ouvrages Chemins perdus, chemins trouvés, Dans la nuit du poème et Images à Mallarmé, Jacques Brault nous a donné une méditation à la fois profonde et intime sur l'énigme du poème. Ces Sentiers sont une invitation à poursuivre la conversation infinie avec lui.
Laborde n'est pas une utopie, ni seulement un « établissement » de soins pour malades mentaux : c'est un lieu où se pratique la « psychothérapie institutionnelle » depuis 1953. Mais pour que le lieu s'accorde à l'« institution », il faut plus que la bonne volonté (même antipsychiatrique) des « soignants » et la présence des « soignés ». Le pari théorique est aussi nécessaire : « j'ai voulu montrer, dans ce texte, que la définition du concept d'institution devait, pour garder une valeur particulière être une définition fonctionnelle, que l'institution était un système de médiation en vue d'assurer un échange inter-humain et cela pour que la société où cet échange trouve place puisse « fonctionner » en satisfaisant à cette exigence de la culture ». Historique, théorique, militant : n'est-ce pas trop pour un seul texte ? Non... si on comprend que cet écrit est fait de ce tissu multiple qui est celui de toutes les réalités fragiles auxquelles on tient. Parier : c'est un acte qui exige la constance d'un désir qui doit avoir pour expression privilégiée l'affirmation. « Laborde se prépare à lutter ou à disparaître, à moins que tous ceux pour qui ce lieu a compté agissent pour le défendre. D'où ce livre, 20 ans après, acte militant, pari nécessaire... lui aussi ».
Ce travail qui se veut didactique s'adresse à tous ceux - psychanalystes compris - qui sont confrontés à cette « relation d'inconnu » propre aux psychoses et aux schizophrénies. Il expose une théorie qui donne un espoir de traitement efficace pour une maladie qui jusque-là était considérée comme chronique et sans possibilité de guérison. Ginette Michaud, psychiatre, psychanalyste (Paris)