Frédéric Hurlet
Frédéric Hurlet
Rome, 31 av. J.-C. : comment les aristocrates romains ont-ils vécu la chute de la République et l’avènement d’Auguste ?
Tel un sphinx, le premier empereur romain Auguste reste une figure historique énigmatique qui a toujours excellé dans l'art du camouflage et de la dissimulation. Il a légué à la postérité une image protéiforme qui met face à face la détermination froide d'un homme prêt à tout pour s'emparer du pouvoir et son statut de fondateur d'empire divinisé. Il fut tout d'abord le fils adoptif de César, qui sut tirer parti de sa filiation pour créer un nouveau régime sur les ruines de la République. Chaotique, la réalité historique contraste avec la figure du prince sage et vertueux patiemment construite par Auguste. Cette biographie entend concilier l'histoire, la mémoire et le mythe auquel un homme donna naissance et qui ne cessa d'évoluer depuis son décès jusqu'à son exploitation par l'Italie fasciste de Mussolini au XXe siècle en passant par Charlemagne et les Lumières. La clé de l'interprétation du personnage réside dans l'ambiguïté foncière qui s'attache à toute forme de pouvoir et qu'Auguste porta à son paroxysme. C'est ce qui explique qu'en fonction des époques et des contextes, il ait été perçu comme un monarque absolu à l'image de Louis XIV ou comme un prince républicain, voire comme le restaurateur de la République.
De la prise du pouvoir par Auguste (31 a.C.) à la mort de Domitien (96 p.C.), l'histoire de Rome a connu de profonds bouleversements, marqués par l'avènement des Julio-Claudiens, puis des Flaviens, et par une grande extension de son Empire. À travers la transformation de la République romaine en une monarchie impériale, ce manuel de synthèse retrace l'histoire politique de Rome et ses mutations économiques, sociales et religieuses. Composé d'une multitude de cités, encadré par une administration hiérarchisée, le monde provincial est étudié, tant du point de vue des gouvernants que de celui des gouvernés.
Les institutions romaines sont la clé de compréhension d'une civilisation qui, de la Cité des origines jusqu'à l'Empire universel, a su s'adapter à des contextes et à des régimes politiques nouveaux. L'ouvrage présente en termes clairs et de façon synthétique les cadres institutionnels de la Rome antique sur plus de dix siècles (Royauté, République, Empire). L'expansion extraordinaire de l'Empire romain a imposé la mise en place de structures administratives et légales inédites, portées par les agents du pouvoir, de Rome aux plus reculées des provinces, qui pourtant ne résisteront pas aux périodes de trouble et à l'anarchie des IIe et IVe siècles.
L'histoire de l'empire romain a tout pour séduire le lecteur moderne, qui pourra puiser dans son récit bien des leçons sur le temps présent : des personnages hors norme, des portraits de « monstres » façonnés par une historiographie hostile, mais aussi une capacité de résilience qui a permis à un État, né d'une cité installée sur les bords du Tibre, d'imposer sa domination pendant plusieurs siècles et d'assurer à une partie du monde une période de paix qu'elle n'a jamais connue depuis lors. Mieux appréhender l'histoire de l'empire romain de l'avènement du principat (29/27 av. J.-C.) jusqu'à l'édit de Milan (313), en mettant en particulier en exergue les ressorts de son gouvernement qui ont alimenté ses capacités de conquête, de résistance et de résilience dans des circonstances parfois difficiles, tel est l'enjeu de ce livre. Il dévoile ce qui fit la force de cet empire mondial, le premier de ce genre, aux limites jusqu'alors inégalées, des extrémités des Îles britanniques aux bordures du Caucase et du plateau iranien, des rives de l'Atlantique à celles de la Caspienne et de la mer Rouge, des bords du Danube aux confins du désert saharien. Ses relations avec le monde extérieur, considéré comme « barbare », un temps contenu au-delà d'une ligne de défense, un limes mouvant, puis sans cesse renforcé, constituèrent une préoccupation des princes qui se succédèrent, soucieux d'assurer la protection de l'empire et de son coeur, l'Italie. Dans ce livre aux multiples facettes, quatre des meilleurs spécialistes de l'histoire de Rome dressent un portrait vivant de cet empire qui domina le monde. Le lecteur croisera au fil des pages empereurs, princes, membres de la famille impériale et « maréchaux » que les sources littéraires, tout empreintes de la pensée sénatoriale, se sont plu à distinguer ou à proscrire, mais aussi, au travers de la documentation épigraphique, d'autres moins illustres, qui ont voulu, de même, laisser une trace de leur existence. Michel Christol est professeur émérite d'histoire romaine à l'université de Paris-1. Pierre Cosme est professeur d'histoire ancienne à l'université de Rouen depuis 2010. Frédéric Hurlet est professeur d'histoire romaine à l'université Paris Nanterre et membre de l'Institut universitaire de France. Jean-Michel Roddaz est professeur émérite d'histoire romaine à l'université Michel de Montaigne