François Léotard
François Léotard
C'est l'histoire d'une campagne et donc d'une espérance. La campagne échoue, l'espérance trébuche et la vie continue. On s'accroche aux mots : ceux qui sont prononcés, et ceux qui restent enfouis dans leur silence. Parce que derrière, à côté (dedans), la politique, il y a les mots : ceux qu'elle utilise, ceux qu'elle blesse, ceux qui la dénoncent. Les mots qui vivent et ceux qui meurent avec l'enfance. Leur pouvoir et leur détresse. C'est un livre qui ressemble à un cahier, et ce cahier s'associe - comme tous les cahiers - au regard d'un enfant, à son étonnement. Ce siècle a sur la mort 42 fenêtres, disait Aragon en 1942. Je suis de cette date-là. De cette naissance si l'on peut dire... Ministre de la Yougoslavie et du Rwanda (pour faire court), j'ai eu l'honneur de vieillir avec la guerre. Père d'un petit garçon, je m'émerveille du prix du temps qui l'accompagne. Journal de bord, comme on le dit d'un voyage, comme on le dit d'un bateau, comme on le dit d'un homme, qu'il soit capitaine ou simple passager. Cahier, livre de bord, journal, carnet, qu'importe : c'est le passage du pouvoir à la vie.
La guerre d'Indochine en un dictionnaire, par les meilleurs spécialistes français et étrangers
Ecrivain, poète, dramaturge, militant politique, Aimé Césaire (1913-2008) est l'un des acteurs prépondérants de la révolution noire qui s'est jouée sur tous les continents dans l'après-guerre. Mais cet homme du monde incarne d'abord l'intellectuel français, dont l'histoire et la vie jalonnent les grands moments de notre histoire.Il y a cent ans naissait Aimé Césaire. De la Martinique à l'Assemblée nationale, sa vie est jalonnée de rencontres décisives et d'amitiés essentielles. Poète, politique et dramaturge, Césaire incarne avec Brio la figure de l'intellectuel noir dont les idées, les oeuvres et l'action ont accompagné l'histoire de tous les opprimés et colonisés du XXe siècle. Soulignant sa prose remarquable au service de causes justes, l'auteur insiste également sur son amour inconditionnel pour la scène théâtrale.Professeur de littérature francophone à l'université Paris-Sorbonne où il dirige le centre international d'études francophones (CIEF), Romuald Fonkoua est également professeur à Middlebury Collège (Vermont, États-Unis) et rédacteur en chef de la revue Présence africaine. Cet ouvrage a obtenu le prix Robert Delavignette de l'Académie des sciences d'outre-mer. 3Une biographie très documentée, aussi admirative qu'inspirée. " Catherine Golliau, Le Point
« C'est un gosse qui s'émerveille de la multitude de ses jouets. C'est dimanche. C'est Noël. C'est la fête. Il est assis au pied du sapin et il hésite un instant : quel est le cadeau qu'il faut ouvrir en premier ? Celui-là, tout près, avec un beau ruban ? Il s'en empare : un gros avion envoyé par Bush, on tourne la clef et il bombarde le salon. Un autre là-bas ? C'est une centrale nucléaire, un modèle réduit pour chinois débutants. Et puis cette multitude de petits paquets qu'il découvre fébrilement : un grand Mickey en plastique, un journaliste à plat ventre, plusieurs Guaino en peluche et des bons d'achats dans un catalogue du M.E.D.E.F. : croisière sur le Nil, abonnement à T.F.1, Star'Ac à l'Elysée, petits flacons pour tests A.D.N... Il n'en finit pas de découvrir sa joie. Où sont les photographes ? Il appuie sur la multitude des boutons, noirs, rouges, bleus, offerts par le grand frère Hortefeux. Fillon arrive croyant que c'est lui qu'on appelle. Trépignements, colères : dehors ! Remaniement vite fait. Le petit garçon est aux anges... On était au matin du septième jour. Dieu vit que cela était bon et il décida de se reposer. Mais il ne s'est pas vraiment reposé ! Et cela a continué le huitième, le neuvième, le dixième jour... Sans cesse. La création du monde n'était jamais terminée. Et le public en redemandait. C'est normal. Quand on choisit de préférence le public du Crazy Horse, il ne faut pas s'étonner que la demande l'emporte sur l'offre. Dans ce domaine il y a de très beaux métiers : DJ, crooner, animateur télé, cracheur de feu, rappeur. Cela n'a rien de déshonorant. C'est même mieux que « Petit père des Peuples ». C'est surtout moins dangereux... »
Hugo revisité par Alain Decaux. Hugo revisité par Alain Decaux. " Connaître mieux Hugo. Ou plutôt le connaître. Tel fut le propos de ma vie entière. Aller plus loin que le "témoin", voire à son encontre, plus loin que la légende du poète de la République, de la barbe blanche et de l'art d'être grand-père. Répudier Epinal. Retrouver le quotidien au-delà du génie. Admettre la sincérité du révolutionnaire et le comprendre bourgeois. Croire à sa générosité totale et constater son amour de l'argent. Le voir vivre en leur absolu ses passions amoureuses et asservir la meilleure des amantes. " J'ai lu les lettres où il se met à nu, celles des hommes qui l'accompagnèrent,"des femmes qui l'aimèrent. " Je l'ai suivi dans Choses vues et l'ai découvert prodigieux journaliste. " Je l'ai retrouvé dans les assemblées, l'ai admiré chantre de la seule vraie cause, celle de l'homme, polémiste féroce pour foudroyer les intérêts ou écraser les égoïsmes. " J'ai lu les travaux innombrables d'innombrables érudits… " J'ai visité les lieux où il vécut, allant à Besançon aussi bien qu'à Guernesey, voulant voir le sommet du Donon tout autant que la Seine à Villequier, l'appartement de la place des Vosges comme la maison de Juliette. Il m'était cher, il m'est devenu proche. " Alain Decaux
« A Fréjus, il y avait la plage sur laquelle, pendant longtemps tu as régné. Dans ma mémoire, cette plage des années cinquante est encore à peu près déserte. Notre peau était encore plus méditerranéenne que la mer. Elle brunissait au fil de l'été, le sable s'accrochait aux cheveux, nos sexes étaient salés et les filles s'allongeaient comme des royaumes. » Ce livre intime fait entendre deux voix : l'une est celle de François écrivant une lettre tendre ou blessée à son frère aîné Philippe, en une plongée dans la mémoire familiale, entre une mère corse et un père au service de la République. Il l'apostrophe à travers le temps, se souvient des chamailleries d'adolescent, des brûlures de l'été, des études, puis du comédien, du clown triste, du Capitaine Fracasse au théâtre, du personnage public qui s'éloigne, prend la nuit comme compagne, et se perd, à jamais, dans la drogue et l'alcool. L'autre voix, celle de François Léotard l'auteur, cherche à comprendre l'être humain, trop humain : celui qui aimait à citer « Qui va à sa perte, sa perte l'accueille » mais chantait et écrivait, jouait avec Ariane Mnouchkine, montait une pièce de Bernard-Marie Koltés avec Patrice Chéreau, ou recevait le César de la meilleure interprétation pour La balance. L'homme quitté par Nathalie Baye, le séducteur qui aimait trop facilement, devenait père à son tour, et continuait pourtant de flirter avec les moyens d'en finir. Ce livre inclassable, émouvant, n'est pas une biographie de Philippe Léotard, comédien, chanteur, mort le 25 août 2001. D'une voix l'autre, l'auteur nous fait osciller entre l'enquête et le journal intime, le souvenir et la rencontre, avec Michel Piccoli ou Patrice Chéreau, entre le portrait d'un frère qui refuse de mourir et l'autoportrait de l'auteur, qui se demande s'il a su l'aimer.
Découvrez les bienfaits de se couper du monde... Habiter avec soi-même. "Il y a du bonheur à s'éloigner du monde. Prenez un livre et planquez-vous. Adoptez la formule de J.Joyce: Le silence, l'exil et la ruse..." Il dénonce dans ce petit recueil un monde qui n'a plus de sens et dont l'absurdité croissante incite à la fuite... « ...vous glissez vers la mort avec une incroyable gaieté. Une gaieté publicitaire, sexuelle, libérée...Elle envahit chaque moment de votre vie, déborde sur le début des jours et la fin des nuits, le travail, le métro. Elle fait envie à tous les dépressifs de France Telecom...Vous parlez bagnole, bouffe, bringue, biftons parce que tout cela c'est quand même mieux quand c'est payé en liquide... » Un monde qui saura vous faire réfléchir sur le monde qui nous entoure ! À PROPOS DE L'AUTEUR François Léotard, né le 26 mars 1942 à Cannes (Alpes-Maritimes). Député du Var et maire de Fréjus pendant près de vingt ans, il a été deux fois ministre. Il a été président du Parti républicain, puis de l'UDF de 1996 à 1998. Il a tout plaqué en 2001 à la mort de son fre`re Philippe Le´otard, pour se consacrer à la littérature et profiter d'une vie loin des honneurs, il se souvient des bonheurs et des bassesses de son aventure au sommet de l'État. "A` mes yeux, la lecture est un dialogue avec l'intelligence, et l'e´criture une conquête de la liberte´. E´crire un roman, c'est le mentir vrai. Sans conse´quence. Contrairement au monde politique."
Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.
« La nécessité d'un "État modeste", selon la belle expression de Michel Crozier, refusant l'arrogance et la récupération, s'attachant à ses vraies missions, n'imposant pas ses choix, respectant le libre et déroutant processus de la création, m'habitait à mon arrivée rue de Valois. j'étais surpris de la permanence d'un comportement monarchique qui reposait sur la cassette du Prince, sur la centralisation extrême des procédures et des financements, sur l'ampleur et l'impérieuse nécessité de la responsabilité patrimoniale. J'ai décidé de concentrer l'effort public de l'État sur les actions qui sont de son seul, évident et unique ressort. La question méritait d'être posée. D'abord du fait de l'extraordinaire dispersion qui avait caractérisé la période précédente. Ensuite, en raison d'une véritable spécificité française : dans de nombreux pays occidentaux, ce ministère n'existe pas. Il me paraissait évident que les interlocuteurs traditionnels du ministère participaient au vaste mouvement de reconquête, par la société civile, de ses domaines et de ses responsabilités. Bien sûr, certains d'entre eux continuaient à se situer dans une logique du "toujours plus", oubliant volontairement que, dans l'ensemble du monde occidental, c'est la France qui aujourd'hui fait, pour la vie culturelle, le plus gros effort à la charge du budget de l'État » François Léotard
Le génie politique français a créé, après chaque compétition électorale, deux types de vaincus : le vaincu qui gagne, et le vaincu qui perd. Le premier est, généralement, de gauche. Le second, de droite. Le vaincu de droite, habituellement, est majoritaire. Il a employé une grande partie de son talent, avant l'élection, à combattre ses propres amis qui sont très nombreux dans le pays. Il a mis une bonne volonté considérable à répondre aux sollicitations, cordiales et fermes, de son adversaire qui a choisi pour lui tous les thèmes de sa campagne : Vous allez me parler de cohabitation - le futur vaincu de droite s'y précipite ; Vous allez me parler de l'extrême droite - et il y va, coudes au corps ; Vous allez accepter l'ouverture, mais comment donc ! Le vaincu de gauche est fanfaron, car il trimballe glorieusement avec lui toute la quincaillerie de l'Histoire. La défaite est, pour lui, une imposture provisoire. Le vaincu de droite rase les murs. On le comprend d'ailleurs, puisque sa défaite le fait entrer dans une sorte de ténèbres médiatiques, où il est seul avec son immense et définitive culpabilité.
1950. La France sort de l'Occupation, exsangue. A l'autre bout du monde, son Empire colonial se désagrège. C'est là-bas, à Saigon, que deux hommes en rupture de ban se rencontrent dans les rangs de l'armée. Max - le narrateur - est photographe de guerre pour l'état-major. Bob, Irlandais au passé trouble, entré dans la Légion Etrangère pour échapper à la police de son pays, est un parachutiste qui fuit son destin. Entre eux, l'amitié s'impose comme un coup de foudre. En Algérie, quelques années plus tard, tous deux tombent amoureux de la même femme, Kahina, jeune kabyle violée dans d'obscures circonstances, un jour de 1957, alors qu'au même moment son père se faisait égorger sauvagement pour avoir été l'informateur des Français. Entre Marseille et Alger, entre Paris et l'Irlande, les sentiments brusques, la camaraderie, l'histoire intime et l'histoire collective d'une nation martyrisée, l'amour comme rédemption, hantent ces hommes blessés. Ensemble, après les guerres, Bob et Max fabriqueront de faux papiers. Max ira en prison tandis que Bob, l'être de fuite, disparaîtra sans laisser de traces... Ecrivant au fond de la cellule où il est enfermé, le narrateur soumis aux défaillances de sa mémoire nous livre un récit fragmentaire. Est-ce un adieu à la France qui s'en va ? Ou un adieu à l'héroïsme ?
Depuis 1944, l'écrivain Simon Leibowitz n'a plus prononcé un mot : il avait alors 10 ans. Fascinée par ce mutisme et le mystère qui entoure l'homme, Livia, une jeune française orpheline, étudiant l'histoire à Rome, décide de lui écrire. Ils échangent quelques lettres avant que Simon ne mette brutalement fin à leur correspondance. Dans son dernier courrier, quelques vieilles photographies : une église de campagne ; un portrait d'enfant aux côtés d'un chien avec en arrière-plan, un homme au sourire figé ; un groupe de jeunes gens armés, à la lisière d'une forêt? Dès lors, Livia n'aura de cesse de comprendre. Le mutisme de Simon est-il un refus du monde ou au contraire la décision d'un sage ? Où ont été prises ces photographies ? Pour quelle raison Simon s'enferme-t-il dans son silence ? Pourquoi quelques années auparavant a-t-il tiré en pleine rue sur un ancien officier allemand ? Avec l'aide de son ami Ignatio et des souvenirs de son père Giorgio, ancien résistant italien dans les Appenins, qui a connu le père de Simon, Livia plonge dans le passé de l'écrivain, au coeur des Alpes et de la seconde guerre mondiale. Ce faisant, c'est, à son insu, son propre passé qu'elle explore?
« Nous, les méduses, on n'existe pas vraiment. Que l'on vive, que l'on meure, que l'on disparaisse, cela ne laisse aucune trace. C'est la règle du jeu. Nous ne savons pas les noms de ceux qui nous donnent des ordres, ni a fortiori l'identité de ceux qui les emploient. Payés en liquide, nous sommes des fugitifs, insensibles, visqueux, sans visage. Nous gérons la vie des profondeurs. Assez semblables en cela aux agents de nettoiement qui font disparaître dans la nuit ce qui doit être éliminé. Nous sommes au début de la vie comme l'ont été les premières molécules. Ou bien tout à la fin, lorsque la vie elle-même se rétracte dans les yeux d'un homme qui va mourir, lorsqu'elle se limite aux déchets, aux aspirations détruites. Pas d'identité non plus. La vie quotidienne, en dehors des missions, est d'une grande douceur. On se sert sur la bête. Comme les enveloppes sont toujours un peu lourdes, on prend un pourcentage pour les vieux jours, on met de côté comme on l'entend. Il n'y a pas d'impôts. Nous ne sommes pas plus voleurs que d'autres. Drôle de métier quand même, métier d'un monde inversé, passé sous silence, inconnu des journaux et des juges, des parlements et des ambassades, métier de mort au service de causes indéchiffrables, présentées comme des raisons d'Etat. » On l'aura compris : la Méduse est un agent dormant au service de l'Etat avec autorisation de tuer. De l'ex-Yougoslavie à Israël, d'une clinique feutrée aux charniers serbes, François Léotard est ici du côté de John Le Carré.
François Léotard est l'homme politique que l'on sait (ancien ministre, président du groupe UDF, ancien député etc...). Il est aussi un écrivain, auteur chez Grasset de Pour l'honneur (1997) et de Je vous hais tous avec douceur (2000). Il vient d'occuper le poste de représentant de l'Europe en Macédoine. « Parfois, les gens ne voient pas la couleur des femmes. Moi je vois tout de suite, dans les rues, les escaliers, le métro, cet arc-en-ciel. Sonia, elle était brune. Tout était brun chez elle. Les yeux, les mains, les seins. La musique qu'elle cachait en elle. » David, éternel étudiant, auteur d'un livre inachevé sur les femmes dans la littérature (« des femmes écrites mais jamais décrites »), fils d'un rabbin déporté en 1942, tombe amoureux de Sonia, une jeune violoniste palestinienne : tout son contraire. Quel avenir ont-ils ? Le juif rebelle, qui n'appartient à aucune tribu, et la palestinienne à la fois solaire et ombreuse, reliée en permanence à une famille éclatée qui vit entre Beyrouth et Le Caire, vont s'aimer contre toutes les lois. Ils se nourrissent de variations des Goldberg de Bach et de nuits blanches. Jusqu'au jour où Sonia quitte David brutalement. Tout vacille alors chez cet homme inquiet, cet amateur de mots, de grammaire, de sons, à l'univers stable. Il découvre les vibrato d'une famille arabe, la soeur Leïla - qu'il aimera follement - le frère Nabil, emprisonné en Israël. Une Palestine d'ocre et de sang, de poussière et de sueur, un territoire autre qui deviendra peu à peu une partie de lui-même. Mais comme rejoignant la tragédie dont il est issue, l'utopie de son amour pour une palestinienne va se défaire dans le sang. François Léotard, dont on sait le goût véritable pour les mots, écrit son premier roman entre émotion et réflexion. S'il brise parfois ce flacon de larmes qu'est le personnage de David, dont la beauté ressemble au chagrin, l'auteur n'en oublie pas les thèmes qui traversent ce livre émouvant : l'harmonie de Bach contre la brutalité du monde. L'exil des palestiniens, la diaspora des juifs. L'injustice, la réparation, le partage. Mais, aussi, la beauté d'un corps brun dans la nuit ouverte. La couleur des femmes.
"Je me lève donc avec ce ciel lavé à grands coups de vent. Je pense aux hirondelles d'hier soir. Et à ce même cri qui m'a déchiré le coeur voici quelques jours. On appelle cela un infarctus. Je décide de recommencer à zéro. Un homme neuf. Nettoyé lui-même de son vieux sang et de ses vieilles paroles. Et qui reprend son chemin, une éclipse au coeur, au moment même où le soleil se cache et où recommence - à peu près - le nouveau siècle." F.L. François Léotard est l'auteur chez Grasset de A mots découverts (1987) et de Pour l'honneur (1997).
On ne devrait pas répondre à l'imposture. On devrait se contenter du mépris. Mais quand l'insulte est portée à son plus haut niveau, celui de l'assassinat par militaires interposés, peut-on laisser les choses en l'état ? Peut-on même laisser la justice dire seule ce qu'elle avait à dire ? Je sais que le chemin de la colère n'est pas celui de la justice. Mais je l'ai emprunté pendant quelques jours. Pour tenter d'exprimer mon dégoût, mon inquiétude, ma révolte aussi. Je l'ai fait au nom de tous ceux qui m'ont écrit simplement parce qu'ils aimaient la République et devinaient qu'elle avait été salie.
Pourquoi faut-il qu'en France, par tradition, les hommes politiques se figent dans des postures d'automate ? Et d'où vient leur frayeur dès qu'on les prie de secouer l'uniforme où ils suffoquent mais dont ils ne peuvent, ni ne veulent se libérer ? Dans le seul affrontement qui vaille - celui de la vérité comme du silence, ou cette forme moderne de silence qui s'appelle le mensonge - François Léotard est l'un de ceux qui, contre toute prudence, ont choisi leur camp : veut, comme en témoigne ce livre, faire de la politique sans renoncer à sa part de doute ; il veut rester lui-même dans un monde de sondages et de looks. Cela déplaira ? Sans doute. Mais c'est ainsi. Avec ses ferveurs et ses regrets, avec ses nostalgies de moine et ses ambitions d'homme, il prend le risque, au milieu du chemin de sa vie, de dire d'où il vient et où il va ; sur Giscard, Chirac, la Cors ou son père, sur son entrée en politique ou les coulisses du 16 mars, sur ses rapports avec la gauche ou son refus d'un certain extrémisme, il prend le part de tout dire - quitte, parfois, à préciser ce qui le sépare de ses amis ou le rapproche de ses adversaires. Voici, peut-être pour la première fois, l'autoportrait sans fard d'un homme de conviction et de rigueur qui abat son jeu Séduire ? Provoquer ? Vendre la mèche ? Et s'il ne s'agissait, enfin, que de se montrer sans masque, tel que l'on est ?