Epaminondas Remoundakis
Epaminondas Remoundakis
« J'ai fait mon temps à Loubédat ». C'est le constat que fait Yasmine, double littéraire de l'autrice, contrainte de déguerpir à Bordeaux après avoir été chassée par sa mère. Débute pour elle, quelque peu roidement, l'apprentissage de la vie. On s'agglutine dans une chambre du CROUS, on y noue des relations sans grâce, on passe des vacances trop longues dans des familles qui ne nous veulent plus, et surtout on ne pige rien au cours de suédois ; bref, on rate son année en beauté. Mais, latent, se joue quelque chose de plus fondamental, on guérit de son enfance... À cette existence indocile répond comme un miroir celle d'Andreas, son ex beau-père, parti au Maroc en quête d'une épouse. Ce qui lie ces deux égarés nous sera révélé à mots couverts, comme une rumeur assourdie par la tendresse persistante qu'ils éprouvent l'un pour l'autre. Se jouant des codes de la littérature de campus et de l'autofiction, La Méthode suédoise est une traversée en solitaire de l'âge ingrat à celui où tout est possible, pourvu qu'on ait assez de rage et de malice en soi pour vivre l'aventure.
L'enfermement systématique des lépreux sur l'îlot de Spinalonga, au large de la Crète, débuta en 1904. Il devait perdurer jusqu'en 1957. Epaminondas Remoundakis y fut interné pendant vingt ans. Soucieux de revendiquer l'existence pleine d'un homme normal, il témoigne ici de la totalité de sa vie et non de son seul destin de proscrit. Il raconte avec un talent virtuose sa jeunesse buissonnière, sa vie d'étudiant à Athènes, son arrestation, son quotidien sur l'île. À travers la mémoire des combats collectifs menés contre l'injustice et l'arbitraire, il nous convie à une traversée de l'histoire de la Grèce et nous renvoie aux grands récits des expériences concentrationnaires. Maurice Born enregistra puis traduisit la parole vive de Remoundakis en 1972. Dans l'essai vigoureux qui suit, il trace un parcours historique de la lèpre et du sort de ses victimes, exposant la façon dont les malades furent le jouet des préjugés religieux ou idéologiques, puis de l'aveuglement des scientifiques. De quoi penser nos réactions face aux épidémies, quelles qu'elles soient.