Daniele Calvo-Platero
Daniele Calvo-Platero
Dans la Grèce archaïque de la fin du VIIe siècle avant J.-C., une enfant prodige qui joue de la lyre, compose et chante, immortalise à jamais son île natale, à tel point que nul ne sait qui, de Sappho ou de Lesbos, est devenue une légende. Celle qui aima un grand poète et quelques femmes, connut l'exil en Sicile, voyagea jusqu'en Égypte, traîne derrière elle un parfum de soufre. Au début de notre ère, les Chrétiens brûlèrent son oeuvre poétique, dont ne subsistent désormais que quelques fragments. Mais ses amours tumultueuses, ses élans passionnés et ses cris de désespoir retentissent encore. Pour faire revivre cette femme extraordinaire, Danièle Calvo Platero a vécu plusieurs mois dans l'île de Lesbos. Les oliviers et les lauriers-roses poussent comme en son temps, et l'ombre de Sappho plane toujours sur Lesbos.
En 1450 av. J.-C., au milieu des lys sauvages qui entourent le palais où règne son père, Akakallis, vouée à la Déesse-Mère, affronte une à une les épreuves de son initiation : la terre, le feu, le labyrinthe. Autour de la jeune princesse plane l'ombre des Mystères. Tandis que sa mère vit cloîtrée dans une chambre secrète du palais, la toute-puissante Grande Prêtresse prépare Akakallis à l'ultime étape : l'accouplement sacré, aux yeux de tous, pour fertiliser la terre crétoise. Avec l'arrivée d'un jeune prince, venu d'une terre inconnue, le destin d'Akakallis bascule. Pour lui, elle quittera son père, son palais, et découvrira une terre d'abondance à nulle autre pareille, celle des Atlantes, terre menacée toutefois d'un terrible châtiment. La nuit des épousailles, la colère de Poséidon éclate : tremblements de terre, éruptions volcaniques d'une ampleur effrayante, gigantesque raz-de-marée ravagent l'île merveilleuse. Akakallis seule, parvient à s'enfuir et se réfugie en Égypte. Là, elle connaîtra enfin la grande initiation, et les prêtres égyptiens consigneront son récit dans les archives du temple d'Isis, car seule une femme peut être la dépositaire des grands secrets : elle est la mémoire des hommes. Une bouleversante figure de femme, déchirée entre la sensualité et sa vocation, qui est en même temps l'inoubliable héroïne d'un des plus vieux mythes de l'histoire : celui de l'Atlantide.
Aussi belle qu'une courtisane, aussi talentueuse que le plus retors des orateurs, Aspasie n'a que vingt ans quand elle débarque à Athènes, en 455 av. J.-C. Elle vient d'Orient et ne sacrifie pas aux Dieux de la cité : elle croit à la raison et au droit, pour chaque femme, de gouverner sa vie. Ignorant le gynécée, elle ouvre avec succès une école d'éloquence. On murmure bien qu'elle donne à ses élèves - et en particulier à ce jeune Socrate, dont la laideur n'a d'égale que l'intelligence - d'autres leçons que celle de la rhétorique, et que son corps inspire à Phidias la statue d'Athéna destinée à orner le temple du Parthénon. Pourtant, le grand stratège Périclès, lui-même, est conquis. Mais, dans la cité au faîte de sa gloire, un crime reste impardonnable : celui d'impiété. Nul n'est à l'abri d'une telle accusation. Pas même la compagne du premier des Athéniens. Les larmes de Périclès, descendu dans le prétoire défendre la femme qu'il aime, sauveront-elles Aspasie ? Femme fatale ou femme libre, Aspasie ne ressemblait à aucune autre. Elle vécut à Athènes il y a 2500 ans, admirée autant que jalousée, et son destin qui fait revivre la plus éblouissante des cités de l'Antiquité, a une résonance étonnament moderne.
L'histoire est riche de ces personnages sans scrupule, avides de richesses et prêts à tout pour conquérir ou conserver le pouvoir. Mais, dans l'ordre de l'opiniâtreté, de la convoitise et de la cruauté, la palme revient sans conteste à Olympias, mère d'Alexandre le Grand, que l'historiographie a négligée, mais dont le palmarès a de quoi faire frémir... C'est à dix-neuf ans que, délaissée par son mari le roi Philippe, elle donne naissance à Alexandre. Belle, ombrageuse, pleine d'ardeurs contenues, elle se tourne alors vers le culte d'Orphée et sacrifie au "délire sacré" des orgies nocturnes. Après l'assassinat de Philippe, elle fait mettre à mort sa deuxième femme et la fille de celle-ci. Enfin, après la mort prématurée d'Alexandre (dans des circonstances mystérieuses), elle reprendra le pouvoir en Macédoine, exterminant le demi-frère d'Alexandre, sa femme, leurs fidèles... Après tant de crimes, Olympias ne pouvait qu'être vouée à une mort horrible. L'Histoire a retenu l'image d'un jeune roi auréolé de gloire, elle a oublié que l'esprit de conquête du fils s'alimentait à une source : une mère assoiffée de pouvoir et animée de terribles desseins.