Coralie Camilli
Coralie Camilli
La pratique des arts martiaux est une pensée. Elle est une manière de reconfigurer ce que nous croyons savoir à propos des évidences les plus élémentaires de notre existence : la vie, la mort, l'espace, le temps, la force, le corps. En pratiquant un art martial, ce ne sont pas seulement les gestes et les mouvements qui changent, mais la manière même de voir le monde - la manière même de le réfléchir. Et si ce que peut un corps consistait d'abord à résister à la tentation de la maîtrise ? Et si atteindre un niveau plus élevé de sophistication dans notre rapport à la force impliquait d'abord de l'abandonner ? Et si la puissance véritable était d'abord une impuissance ? Conviant les grands maîtres de l'aïkido autant que Henri Bergson, Ludwig Wittgenstein ou Edmund Husserl, les grands poètes japonais que Spinoza ou Leibniz, Coralie Camilli propose dans ce court essai toute une série de réponses inattendues à ces questions, nourries de sa double expertise martiale et philosophique - des réponses qui restituent les arts du combat à leur horizon fondamental : celui de la sagesse.
Le Procès de Kafka est une oeuvre, qui, en tant que telle, peut donner lieu à une multiplicité de lectures : pourquoi vouloir en réduire la portée ? S'il est possible de s'éloigner à peine des interprétations déjà existantes du Procès, nous espérons le faire en nous appuyant principalement sur la tradition juive, et sur les interrogations philosophiques qu'elle soulève. Nous tenterons de l'interpréter au regard du droit hébraïque. L'auteur énonce alors d'emblée son hypothèse centrale : oui, le Joseph K. du Procès est coupable, mais sa faute ne précède pas le procès. Le procès est comme un acte performatif : la faute se constitue avec lui. Pour Joseph K., le procès était à la fois l'occasion de sa faute et celle de sa rédemption. Aussi, ce n'est pas parce que Joseph. K est coupable qu'il a un procès, c'est bien plutôt parce qu'il a un procès qu'il va devenir coupable.
Qu'est-ce qu'être libre ? Emprisonnée pendant plusieurs semaines au Japon, Coralie Camilli s'est posé la question en philosophe. L'histoire immémoriale de la philosophie n'a cessé de nous enseigner que la liberté véritable était celle de l'individu enfin laissé à lui-même, restitué à son intimité profonde, débarrassé de tout ce qui pourrait encombrer sa vie ou sa pensée. Enfermée entre les quatre murs d'une cellule, c'est tout le contraire qui, soudain, se révèle : abandonné à ses propres pensées, réduit à la solitude, l'être humain n'est plus rien qu'une créature perdue, incapable de penser. La solitude, l'isolement sont ce qui empêche la liberté. Pour être libre, il faut tout un monde - tout cet excès d'accessoires, de superflu, qui fait de la vie une sorte d'étrange aliénation. Puisant dans son expérience personnelle comme dans la pensée grecque, dans la théologie hébraïque comme dans l'histoire du droit, Coralie Camilli livre un plaidoyer vibrant pour la réconciliation avec le dehors.