Claude Stéphane Perrin
Claude Stéphane Perrin
D'un point de vue global, la réalité nous est donnée de trois manières enchevêtrées que nous pouvons cependant distinguer : physique, métaphysique et existentielle. C'est d'abord physiquement que nous apparaît le don des réalités naturelles, au sein desquelles, pour l'épistémologie de Bachelard, les déterminations rationnelles prévalent sur l'ambiguïté du réel. Mais c'est aussi dans une perspective métaphysique, comme chez Spinoza, que l'éternelle et infinie Nature donne un sens positif à toutes les réalités. Enfin, c'est au coeur de notre humanité que le don merveilleux du réel peut être dénaturé en l'interprétant, soit en le mêlant à des fictions parfois délirantes comme Nietzsche, soit en le pervertissant par des intentions criminelles comme le Marquis de Sade ou comme le font ignoblement des politiques totalitaires. À la jonction du fini et de l'infini, n'existerions-nous pas plutôt pour tenter de rendre un peu cohérente notre éphémère présence terrestre ? Ou bien, une métaphysique du devenir du réel ne pourrait-elle pas s'ouvrir sur une éthique soucieuse de reconnaître la valeur inaliénable de l'humanité, cette dernière s'épanouissant en chaque abandon de soi pour autrui ? Quoi qu'il en soit, l'évidente complexité du réel, qui produit les métamorphoses des devenirs multiples et variés de l'éternelle perfection de la Nature, requiert de commencer chaque recherche métaphysique par une prime épreuve de l'obscur, puis d'aimer le réel afin de s'y accorder rationnellement, même si, parfois, chaque accord pourra être malheureusement altéré par les écarts délirants de quelques actions intellectuelles ou sensibles.
C'est par-delà une méthode phénoménologique qui fait prévaloir la visibilité aux dépens de l'invisible que surgissent quelques lueurs philosophiques nées d'une intention consciente de voir (ou d'entendre) sans se fixer comme projet de maîtriser tout ce qui apparaît, mais en désirant trouver de multiples cohérences dans ce qui est dispersé. En effet chacune de ces lueurs est une promesse de nouvelles aurores qui ne demeurent jamais séparées de l'infinité obscure de la Nature, en empêchant de réduire l'invisible au visible, la sérénité silencieuse de la pensée aux seuls bruissements terrestres...
L'art de Cézanne exprime un vigoureux et exaltant désir de vérité qui le rattache à la nature. Il dépasse pour cela les données du monde en rapportant les forces obscures de la sensibilité aux lumières d'une logique aérienne et colorée. Cette peinture a ainsi transfiguré les naissantes et confuses vibrations des choses en fonction des sensations colorantes et des structures du monde selon trois perspectives : d'abord d'une manière symbolique ; ensuite esthétique et enfin métaphysique, en des vérités analogiques qui accompagnent les forces du désir vers quelques sublimations salutaires.
L'amour naît ordinairement de l'accueil et de la reconnaissance chaleureuse d'une inaliénable altérité. Cet accueil singulier permet de fonder une ouverture fructueuse sur le monde pour le connaître ou bien pour en aimer les plus mystérieux lointains. Sachant que les multiples expériences de l'amour ne peuvent pas être rapportées à un seul concept, elles ont été problématisées, hors de toute finalité éclectique ou théologique, d'une manière perspectiviste et naturaliste, en fonction de trois points de vue. Le premier, empirique, interprète les diverses épreuves de l'amour. À l'opposé, le deuxième point de vue considère l'amour créatif des êtres humains soit dans leurs rêves du grand amour, soit dans leurs douces relations accueillantes, partagées ou sublimées. Le troisième point de vue, rationaliste, cherche comment l'amour peut et doit être vertueux.