Christophe Dejours
Christophe Dejours
Cet ouvrage propose une lecture contemporaine des théories du corps en psychanalyse. Partant du constat qu'il n'existe pas d'articulation ni de synthèse possible entre le fonctionnement psychique et les phénomènes biologiques, et qu'il faut renoncer à faire du cerveau le siège de l'esprit, il s'agit d'envisager le corps tout entier comme point de départ du fonctionnement psychique et de la pensée. Non pas le corps biologique, mais le corps habité, le corps vécu, le corps érogène, c'està-dire un deuxième corps. Présentant les oeuvres des psychanalystes qui ont été en quelque sorte les défricheurs d'une métapsychologie du corps, ce livre en propose une relecture, et montre pourquoi tous les praticiens qui se confrontent aux pathologies graves ont besoin d'en passer par une théorie du corps.
Que permet l'écoute du travail ? Dans cet ouvrage, Christophe Dejours, inventeur de la psychodynamique du travail, encourage six psychologues à investiguer, chacun·e par une étude de cas, la centralité du travail dans la cure thérapeutique. Inviter le·la patient·e à raconter son travail, c'est faire surgir des résonances symboliques avec son histoire intime et lui permettre de déchiffrer les coordonnées de son désir : au travail, on se travaille. L'écoute clinique du travail conduit ainsi à mettre au jour les conflits auxquels le sujet se confronte, les rapports de pouvoir et de domination à l'oeuvre, faisant de tout travail un «travail vivant» ancré dans la vie subjective et affective de chacun. En somme, l'écoute du travail ouvre la possibilité d'emprunter de nouveaux chemins cliniques.
Le « facteur humain » est l'expression par laquelle les spécialistes de la sécurité des personnes et de la sûreté des installations désignent le comportement des hommes au travail. Il est fréquemment invoqué dans l'analyse des catastrophes industrielles, des accidents du travail et dans les procès ou les commissions d'enquête. On lui associe l'idée de faute. Paradoxalement, cette conception négative de l'intervention humaine repose sur une confiance sans faille dans la technique et sur une méconnaissance des sciences humaines. Cet ouvrage récapitule les progrès réalisés dans les sciences de l'homme au travail, afin de formuler une doctrine plus nuancée que celle de l'école des « human factors », dans les années 1950.
Dans la pensée de Laplanche, « sexual » et narcissime correspondent à deux formes de la sexualité au sens psychanalytique du terme : le sexual en incarne la forme anarchique tandis que le narcissisme en présente l'aspect investi de façon plus ou moins stable dans le moi comme objet d'amour. Ils ont une origine commune, l'excitation autoérotique provenant de l'attaque pulsionnelle, mais des destins différents déterminés par les principes opposés de l'énergie qui les animent : principe de déliaison et principe de liaison. Cet ouvrage explore différents aspects du concept de narcissisme dans l'oeuvre de Laplanche : sa position dans la métapsychologie, ses rapports avec la symbolisation, avec la subjectivation, avec les processus de liaison et leurs manifestations psychopathologiques. Il examine aussi l'incidence de cette notion dans le travail clinique et ses relations avec la tendresse et l'amour.
Pourquoi le travail conduit-il certains d'entre nous à se suicider ? Que signifient ces actes, quel message adressent-ils à ceux qui restent ? Que s'est-il passé dans le monde du travail pour que des suicides soient perpétrés jusque sur les lieux du travail ? En quoi consistaient les protections qui permettaient naguère de conjurer ce fléau ? Que faire après un suicide ? Quelles investigations convient-il de mettre en oeuvre pour élucider les étapes du processus conduisant à la mort ? Quelles transformations de l'organisation du travail peut-on envisager pour reconstruire le tissu social et les solidarités sans lesquelles il n'y a pas de prévention du suicide possible ? Ce livre rassemble les principales données cliniques et théoriques sur le suicide au travail. Prenant appui sur une intervention menée après plusieurs suicides sur un même site, les auteurs proposent une série de principes sur lesquels il est possible de fonder une action rationnelle.
Dans un contexte africain marqué par la décentralisation et les exigences croissantes du développement local, ce livre analyse avec rigueur les mécanismes de financement des collectivités territoriales au Mali. Malgré la reconnaissance constitutionnelle de l'autonomie financière des entités locales, celles-ci demeurent confrontées à une insuffisance chronique de ressources propres, à une faible capacité de recouvrement fiscal et à une forte dépendance vis-à-vis de l'État central. S'appuyant sur une analyse juridique, institutionnelle et financière approfondie, l'ouvrage met en lumière les limites structurelles des systèmes fiscaux locaux et l'impact des contrôles administratifs sur la capacité d'investissement des collectivités territoriales. Il explore également les déséquilibres entre dépenses de fonctionnement et dépenses d'investissement, frein majeur à un développement territorial durable. Au-delà du constat, l'auteur propose des pistes innovantes pour renforcer la mobilisation des ressources locales : amélioration du système fiscal, mécanismes de solidarité financière, partenariats public-privé et diversification des sources de financement. Cette réflexion offre ainsi un cadre analytique solide et des perspectives opérationnelles pour repenser le financement du développement local au Mali et, plus largement, dans les États africains francophones engagés dans la décentralisation.
La psychopathologie du travail étudie les processus en cause dans le déclenchement des troubles psychiatriques liés aux contraintes de travail. Dans cet ouvrage sont présentées six observations cliniques : une décompensation psychosomatique grave (état de mal asthmatique), une bouffée délirante, un état confuso-démentiel, un trouble de la sexualité, deux décompensations successives chez une victime de harcèlement professionnel et chez son agresseur, un suicide. Chacune d'elles est étudiée dans le détail depuis l'étiologie jusqu'au traitement pour faire apparaître les différences entre l'analyse conventionnelle et l'interprétation des données à la lumière de la référence au travail. Elles ont été rédigées par des psychiatres et des psychanalystes qui ont participé aux recherches menées au laboratoire spécialisé du Conservatoire national des arts et métiers. Elles peuvent servir de matériel de base dans la formation des praticiens et des étudiants et permettront aux différents professionnels et chercheurs impliqués dans le monde du travail de comprendre en quoi consiste cette pathologie mentale liée au travail qui caractérise l'évolution de la société dans la période contemporaine.
Suicides en entreprise, burn-out, harcèlement sexuel et moral, dégradation des conditions de travail et de la santé mentale des employés, surcharge, crise de la vocation... Tous ces symptômes témoignent d'un profond malaise et font du 21ème siècle une ère de souffrance psychique sans précédent dans le monde du travail. De quoi cette souffrance est-elle le nom ? C'est tout l'enjeu de cet essai, co-écrit par Christophe Dejours, psychiatre et psychanalyste, fondateur de la psychodynamique du travail, et Gabriel Perez, enseignant en philosophie, psychologue et syndicaliste. Ensemble, ils analysent les mutations de l'organisation du travail et leurs conséquences sur la vie psychique des travailleurs : introduction de nouveaux dispositifs de gestion et de domination dans les secteurs privé comme public, plateformisation des services, développement d'une « domination logiciel », mesures des performances quantitatives, concurrence généralisée. Une bascule s'est opérée : si le travail a longtemps constitué un vecteur privilégié pour bâtir un « monde commun » entre les individus, il est à présent l'épicentre à partir duquel le « monde commun » est en train de se déliter. Car voilà que les organisations du travail contraignent désormais les travailleurs à accomplir des actions que leur sens moral réprouve. A ce conflit entre les prescriptions du travail et le sens moral des travailleurs, Christophe Dejours donne le nom de souffrance éthique. Souffrance singulière de l'individu, elle témoigne par sa nature même de l'effondrement des collectifs de travail et des capacités de résistance des travailleurs. La clinique du travail devient alors la grille d'intelligibilité pour saisir la portée politique du néolibéralisme. Pourquoi les travailleurs peinent-ils autant à résister à la banalité du mal et de l'injustice sociale ? Comment redonner au travail un horizon au service de l'avenir et des rapports entre les générations ? C'est précisément la tâche que s'assigne cet essai qui assume d'entendre la souffrance éthique comme un symptôme politique.
Ce recueil inédit mêle lettres de civils, textes d'écrivains ou d'historiens, discours d'hommes politiques et chansons contemporaines, de Zola à Polnareff en passant par Hugo, Josephine Baker, Simone Veil, etc. Autant de femmes et d'hommes qui ont fait vivre à travers leurs mots les idéaux de liberté, d'égalité, de fraternité, dont le rayonnement devient la cible des fanatiques. Au fil de ces textes, le livre rejoue les grands moments de la France, ses combats pour la liberté, ses heures sombres de guerre et d'obscurantisme, ses défis relevés depuis toujours. Hommage à la France, mais aussi réflexion sur l'appartenance à la nation et clé de lecture du monde contemporain, cet ouvrage est autant destiné aux lecteurs de tous âges qu'aux enseignants à la recherche de textes fondamentaux sur lesquels appuyer leur dialogue avec les nouvelles générations.
Voici un livre sur la banalité du génie. Ce qu'on appelle la sublimation et qu'on a longtemps cru réservée aux "grands hommes", artistes ou créateurs, est à la base d'une de nos activités les plus quotidiennes : le travail, et plus particulièrement le travail de qualité. C'est cette intelligence-là qui fait que nous avons plaisir à oeuvrer, elle qui donne un sens à nos actes et nos pensées, elle qui nous rend créatifs. Sans elle, nous souffrons au travail. Son ennemi a un nom : l'organisation néolibérale du travail, qui nous plonge dans la servitude et nous déshumanise. Après "Souffrance en France", Christophe Dejours explore, avec "Ce qu'il y a de meilleur en nous", la force qui nous permet de ne pas subir le travail.
Les Français souffrent et ne le disent pas. Comment faisons-nous pour tolérer le sort réservé à ces chômeurs et ces "nouveaux pauvres" dont le nombre ne cesse de croître ? Et comment parvenons-nous, dans le même temps, à accepter sans protester des contraintes de travail toujours plus dures dont nous savons pourtant qu'elles mettent en danger notre intégrité mentale et physique ? Christophe Dejours, spécialiste du travail, découvre à l'origine de ce consentement et de cet étrange silence la peur ; puis la honte quand, pour faire fonctionner la machine néolibérale, nous finissons par commettre des actes que pourtant nous réprouvons. Il révèle comment, pour pouvoir endurer la souffrance (subie et infligée) sans perdre la raison, on se protège. Marquer ses distances par rapport aux victimes du système est un bon moyen pour nier la peur en soi et débarrasser sa conscience de sa responsabilité vis-à-vis d'autrui. A la lumière du concept de distorsion communi-cationnelle de Jürgen Habermas et surtout de celui de banalité du mal de Hannah Arendt, Christophe Dejours, patiemment, met au jour le processus qui fonctionne comme un piège. Alors la souffrance devient pensable. Et une autre conception de l'action possible.
Nous vivons simultanément dans deux corps : le corps biologique et le corps érotique. L'un relève de l'inné ; c'est le corps biologique. A partir de lui se construit progressivement l'autre corps, le corps érotique, qui relève donc de l'acquis. Ce livre explique le processur par lequel le corps érotique se décolle peu à peu du corps biologique. De la qualité et de la progression de ce processus dépend l'avènement du corps érogène, qui est l'une des formes sous laquelle l'enfance est mémorisée dans l'adulte. Que se passe-t-il quand ce processus rencontre des obstacles qui le mettent en échec ? Une vulnérabilité du corps s'installe, qui peut se manifester par la formation de symptômes psychopathologiques, mais aussi par des aménagements défensifs réduisant la sensibilité à la souffrance (la sienne comme celle d'autrui), par exemple dans le cas des psychopathes. Peut-on alors, sur cette base, former une conception psychanalytique du sens moral ?