Brice Matthieussent
Brice Matthieussent
Napoléon : « Commander, c'est parler aux yeux. » Les regards de la foule convergent sur l'empereur, l'officiant ou l'oeuvre d'art et lui confèrent une aura. Ainsi se cristallise un culte. À l'inverse, dans le panopticon carcéral de Jeremy Bentham, tous les prisonniers sont exposés au regard centrifuge du surveillant. Ces deux dispositifs optiques renvoient à deux types de société qu'ont analysés, chacun de son côté, Benjamin et Foucault. Mais dans la scène inaugurale de L'Épiphanie chrétienne ou dans l'icône byzantine, le culte et l'exposition ne sont-ils pas indissociables ? Tout comme dans ce phénomène majeur du XIXe siècle qu'est l'Exposition universelle. Zola et Manet ont leur mot à dire sur cet éclairage global du monde et sur le « déclin de l'aura » de l'oeuvre d'art que Benjamin associe à la naissance de la photographie. Enfin, Warhol confirme de manière éclatante les thèses de Benjamin sur l'image reproductible ; mais il annonce aussi le culte de la seule exposition en notre présente époque de souveraineté de la technique. B.M.
"L'idée d'un "petit éloge" ou d'un éloge mesuré, raisonnable, de l'Amérique me semble incongrue, voire erronée : j'aime ce pays avec passion et un autre en moi déteste furieusement certains aspects du même pays. Voilà pourquoi nous sommes deux, pourquoi nous parlerons à deux, l'un critiquant l'oeuvre de Dieu, l'autre défendant la part du Diable, mais tous deux dialoguant sans jamais avoir recours à l'insulte ni à la vocifération, nos échanges témoignant d'une confiance partagée en l'oreille de l'autre. Ainsi, loin des diatribes et des échauffourées, notre entretien évoquera davantage une conversation, chacun écoutant l'autre, chacun plaidant sa cause à tour de rôle en tenant compte des arguments de l'autre. Par quoi commençons-nous ?" Ouvrant un dialogue avec lui-même autant qu'avec quelques immenses voix de la littérature américaine - Whitman, Dickinson, Kerouac, Harrison... -, Brice Matthieussent compose, attentif à ses multiplicités, un éloge de l'Amérique en forme d'archipel.
"L'idée d'un "petit éloge" ou d'un éloge mesuré, raisonnable, de l'Amérique me semble incongrue, voire erronée : j'aime ce pays avec passion et un autre en moi déteste furieusement certains aspects du même pays. Voilà pourquoi nous sommes deux, pourquoi nous parlerons à deux, l'un critiquant l'oeuvre de Dieu, l'autre défendant la part du Diable, mais tous deux dialoguant sans jamais avoir recours à l'insulte ni à la vocifération, nos échanges témoignant d'une confiance partagée en l'oreille de l'autre. Ainsi, loin des diatribes et des échauffourées, notre entretien évoquera davantage une conversation, chacun écoutant l'autre, chacun plaidant sa cause à tour de rôle en tenant compte des arguments de l'autre. Par quoi commençons-nous ?" Ouvrant un dialogue avec lui-même autant qu'avec quelques immenses voix de la littérature américaine - Whitman, Dickinson, Kerouac, Harrison... -, Brice Matthieussent compose, attentif à ses multiplicités, un éloge de l'Amérique en forme d'archipel.
Ils sont quatre amis à se retrouver rituellement depuis des années, chaque premier samedi du mois, dans un petit restaurant vietnamien de Paris. Tous ont en commun les souvenirs d'une ancienne vie passée sur le continent asiatique. Ce soir-là, c'est Marco qui prend la parole - et il ne la lâchera plus. Sous le regard tour à tour intrigué, amusé ou inquiet de ses trois comparses, il plonge au coeur de ses ténèbres les plus intimes. Son récit va les ramener au temps du Vietnam des années 1970. Marco, alors tout jeune homme, revenu de l'utopie hippie et incertain de son avenir, inspiré par la figure de Malraux, avait décidé de partir jouer à l'aventurier au bout du monde, dans l'espoir de trouver un sens à son existence. Là-bas, deux rencontres cruciales, aussi belles que terribles, vont le bouleverser à jamais. Un roman d'initiation et d'amitié en forme de subtil hommage aux grands classiques de Joseph Conrad.
« J'ai perdu à la loyale, sans avoir recours au moindre stratagème douteux ni à la moindre tricherie. Après le dernier point du second set, une ivresse sans précédent m'a submergé, plus grisante que celle de mes nuits ; j'ai lâché ma raquette, je me suis laissé tomber à genoux, pris la tête entre les mains sans arriver à y croire, puis j'ai embrassé les fissures de ce court bosselé où, en perdant mon dernier match, je venais de gagner un avenir radieux. J'avais les larmes aux yeux quand je me suis relevé pour rejoindre le Nippon décontenancé près du filet. Il a dû attribuer mes pleurs à la déception, à l'humiliation. Mais en même temps que les larmes ruisselaient sur mes joues, j'arborais un sourire éclatant. J'étais aux anges. »En suivant un joueur de tennis prodige, Brice Matthieussent nous offre un roman sur nos pulsions et notre désir de chute.Brice Matthieussent est traducteur de plus de deux cents livres, notamment de Jim Harrison, Thomas Pynchon et Bret Easton Ellis. Il a publié cinq romans dont Vengeance du traducteur, prix du Style.
Ribouldingue est un ancien Pied Nickelé. Personnage de bande dessinée, il vient d'accéder à la 3D. Pataquès, son complice, est atteint d'une étrange fièvre logorrhéique : il est dévoré de comparaisons comme on l'est de poux.Ensemble, ils parlent de tout et de rien. Des tableaux qui les entourent. De l'histoire de la France. De leurs aventures passées.De ce tunnel dans le mur, qui mène on ne sait où.D'une salle de concert. Alors que la fête bat son plein, des hommes font irruption, armés de fusils d'assaut...Les fascismes veulent la mort de toutes les histoires, sauf de la leur. Contre de telles prisons, Brice Matthieussent nous offre un roman foisonnant, explosif et grinçant, en hommage à l'imagination. Brice Matthieussent est né en 1950 à Paris. Écrivain, éditeur, traducteur de quelque deux cents oeuvres américaines (dont celles de Charles Bukowski, Jim Harrison ou Henry David Thoreau), mais aussi professeur d'histoire de l'art contemporain à l'École supérieure des beaux-arts de Marseille depuis 1990, il a publié quatre romans chez P.O.L. Vengeance du traducteur a reçu le Prix du Style en 2009.
Lu-xuo-sa : ces trois syllabes légèrement nauséeuses pourraient désigner une maladie - J'ai attrapé une Luxuosa carabinée -, ou bien, à l'inverse, un médicament - As-tu pris ton Luxuosa ?. C'est ici le nom d'un gigantesque paquebot de croisière où, sans savoir pourquoi, embarque Lola, belle grue cendrée, sagace et indépendante, chaussée de Converse et portant un sac Tati à rayures rouges et blanches.Comme dans W de Georges Perec, deux récits alternent, chacun trouvant son sens dans le miroir de l'autre : au fil de diverses rencontres, agréables ou terrifiantes, Lola s'aperçoit que ce bâtiment, à la fois centre commercial et base de loisirs, est régi par un plan business et un système infantilisant Playmobil®. Dans le second récit, imbriqué au premier comme les nuits succèdent aux jours, les cauchemars de Lola tissent une trame sans défaut : y figurent un camp de prisonniers, un centre de tri, un navire évoquant le Luxuosa, d'anodines séances de gymnastique dégénérant en torture collective, un casino sanglant donnant sur un aquarium à requins. Une seule pensée obsède alors Lola : s'évader. Sur le mode du conte ou de l'allégorie, ce livre est une fable contemporaine dont la morale serait, pour paraphraser une formule célèbre : Un spectre hante le monde : les loisirs. Car une utopie inversée cul par-dessus tête se profile à l'horizon de ces pages : dans le meilleur des mondes possible, nous serons bientôt tous sous Luxuosa.