Théorie littéraire
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La littérature engagée a ses hauts faits, ses hérauts, ses heures de gloire , elle a bâti la renommée internationale d'une certaine littérature française, mais suscité aussi des controverses et essuyé bien des critiques. Une chose est sûre, cette littérature a donné lieu à une production aussi riche qu'inventive qui prend au sérieux des questions fondamentales : pourquoi écrit-on ? Quels effets peut avoir la littérature sur nous et sur le monde ? Quel est le rôle de l'écrivain dans la cité ? Et, in fine, peut-on vraiment faire de la politique avec des oeuvres littéraires ? De Christine de Pizan à Bertolt Brecht ou Jean-Paul Sartre sans oublier Voltaire et Olympe de Gouges, Sylvie Servoise trace le cheminement de l'engagement littéraire depuis ses prémices à la fin du Moyen Âge jusqu'à nos jours. Elle montre à la fois comment la notion a évolué, dans sa forme et dans ses objets, et comment elle s'inscrit dans une dynamique pérenne : pour l'écrivain, s'engager, c'est toujours s'exposer, dénoncer ou défendre, agir et faire agir.
Simon Leys (1935-2014) reste pour la postérité l'auteur des célèbres Habits neufs du président Mao, ouvrage dans lequel il osa dire, alors seul, que le Grand Timonier était nu et sa Révolution culturelle une meurtrière imposture. Il est cependant beaucoup plus que le pourfendeur du délire maoïste : il fut ce maître de conduite par mauvais temps auquel cet essai est consacré. Réfractaire aux modes et aux idéologies, embrassant d'une même passion la Chine d'hier et la Chine vivante, lecteur universel, navigateur entre les mondes, héritier de la lucidité de Milosz, de l'ironie de Lu Xun et de l'humour catholique de Chesterton, Simon Leys incarne l'alliance rare entre l'exigence de vivre dans la vérité et l'amour de la création - celle qui permet d'accorder des anges avec des cachalots et le cauchemar de l'Histoire avec le bonheur des petits poissons de Zhuangzi ou les moeurs du crapaud ordinaire célébrées par Orwell.
Du 20 au 23 novembre 1989, le grand poète italien Franco Fortini, également traducteur et critique littéraire, fut invité par l'Institut de Philosophie de l'université de Naples à donner quatre Leçons sur la traduction ; au cours des mois précédents, il avait tenu à Sienne une série de séminaires sur Les poètes traducteurs dont ce cycle de conférences, plus théorique, reprend des éléments. Fortini n'eut pas le temps d'écrire avant sa mort le livre sur la traduction dont il avait le projet. Mais le texte des Leçons de Naples, conservé dans ses archives et publié en 2011, en est bien plus que l'esquisse, d'autant qu'il est augmenté de plusieurs annexes. Théoricien de la littérature (qu'il enseignait à l'université de Sienne), longtemps proche de Roland Barthes, aussi informé des positions d'Henri Meschonnic que des recherches du Cercle linguistique de Prague, mobilisant avec aisance l'héritage philosophique de Schleiermacher, de Goethe ou de Benedetto Croce, Franco Fortini part ici de sa propre expérience de traducteur et de lecteur. Il suggère notamment de considérer les traductions poétiques comme des oeuvres autonomes, sans se contenter d'évaluer leur rapport au textes-source. Si les exemples sur lesquels il s'appuie sont surtout empruntés à l'histoire des traductions italiennes, les traducteurs du présent volume ont veillé à permettre au lecteur français qui ne connaît pas l'italien de suivre sans difficulté ses analyses.
Entre les blocs du 93 et les vignobles du Médoc, Approcher les étoiles tisse le destin de Hafid, rêveur de rap, et de Sarah, étudiante en soins. Deux vies que tout oppose, mais que l’espoir pourrait rapprocher.
En écho à l'étude des enjeux pratiques de la lecture par la théorie littéraire, les récits contemporains s'emparent des figures de lecteurs et de lectrices pour représenter, depuis la fiction, les pratiques interprétatives actuelles. Les années 1990 à 2010 opèrent ainsi un changement de régime de lisibilité : contre le partage des lectures savantes et courantes, les imaginaires narratifs de la lecture interrogent les usages des textes, et renégocient la place de l'herméneutique traditionnelle et de ses pratiques de déchiffrement. Motif littéraire autant qu'objet théorique, les figures contemporaines de la lecture attestent de la fonction critique des fictions, dans un contexte médiatique et numérique en mouvement qui valorise, jusqu'à l'injonction, la question de l'efficacité. En témoignent - parmi d'autres - les textes d'Arno Bertina, Éric Chevillard, Christine Montalbetti, Emmanuelle Pireyre, Olivia Rosenthal, Pierre Senges, Camille de Toledo, ou encore des oulipiens Jacques Roubaud, Anne F. Garréta et Paul Fournel.
Comment les livres deviennent-ils des personnages à part entière dans les romans d’Alain Mabanckou ? La littérature et son double explore cette question en révélant comment l’objet-livre, entre symbole et miroir.
Et si la scénographie n’était pas qu’une question d’espace, mais une science des émotions et des imaginaires ?
Publié en 1991, Eau de café marque un tournant dans l’œuvre de Raphaël Confiant : premier roman en français d’un auteur jusqu’alors créolophone, il incarne l’engagement pour la créolité et la coexistence des langues.
Quand nous parlons, à partir de ce que nous disons et de la manière dont nous le disons, les autres construisent une (bonne ou une mauvaise) image de nous : ils nous attribuent un ethos. Pour faire adhérer notre destinataire à notre point de vue et susciter sa sympathie, nous essayons donc de contrôler cette image. Des annonces sur les sites de rencontre aux prières, en passant par la propagande politique ou les romans, ce livre montre les multiples facettes de cette donnée incontournable.
L’allégorie, clé secrète de la poésie de Baudelaire, se révèle ici dans toute sa profondeur historique et littéraire.
Et si le chapitre était bien plus qu’une simple division ? Cet essai collectif explore, de la Bible aux récits numériques, comment le découpage chapitral façonne notre expérience de lecture, entre tension narrative et confort littéraire.
Et si la poésie de Rimbaud était avant tout une éthique de la liberté ? Arthur Rimbaud. Éthique du temps de l’immaturité explore comment le poète brise les cadres littéraires pour inviter le lecteur à une expérience radicale du sens.
Michel Leiris, écrivain et ethnologue, auteur de L'Âge d'homme et de l'autobiographie en quatre volumes, La Règle du jeu, appartenait à la génération fortement marquée par la Première Guerre mondiale et ses conséquences. Dès les années 1920, il s'engagea dans une démarche critique qui mettait en cause les fondements philosophiques du monde occidental. Il contestait la rationalité considérée comme le principe fondamental d'organisation de la société moderne et explorait les forces motrices irrationnelles et les courants sous-jacents. En recourant à la notion de « merveilleux », qui dans ses écrits littéraires et ethnographiques devient un outil d'analyse, Leiris explore « l'au-delà ». Cet ouvrage retrace les sources biographiques et intellectuelles de ce recours au merveilleux, et décrit les découvertes que l'usage de cette approche permit à Leiris de faire. La pensée leirisienne post-surréaliste réussit à éclairer l'habituel et l'ordinaire en faisant le détour par l'irréel, le fantastique et le fantomatique. L'exploration des frontières entre le rationnel et l'irrationnel et la distinction qu'il fait entre l'être humain et les morts-vivants, les zombis, les hommes-machines, font échos aux débats actuels de l'ère post-vérité.
Cet ouvrage remémore les relations tumultueuses d'Artaud avec le mouvement surréaliste. Retraçant l'histoire du surréalisme des origines nous tenterons d'analyser le contexte historique et idéologique dans lequel Artaud a progressivement construit sa propre conception de la révolution de l'esprit. Antonin Artaud se détournant de la position des surréalistes qui adhèrent en 1927 au Parti communiste devient le porte-parole d'une autre vision de révolution beaucoup plus existentielle.
Ils sont deux. Ils sont profs. Ils se détestent. Ensemble, ils ont 24 heures pour changer quatre tragédies en comédies. Marc-François Ventura, directeur imaginaire d'une scène nationale, doit suivre les dernières directives, urgentes, du ministère de la culture : ouvrir pour offrir aux masses l'indispensable divertissement auquel elles aspirent légitimement dans le sombre contexte que traverse le pays. Hélas, il est trop tard pour changer la programmation déjà prévue la saison précédente et qui ne compte que des tragédies. En dernier recours, il s'adresse à deux enseignants-chercheurs, l'un spécialiste de comédie et l'autre de tragédie, qui naturellement se détestent, pour le tirer de ce mauvais pas. Ils ont 24 heures, et un gros chèque, pour transformer OEdipe-Roi, Roméo et Juliette ou Andromaque en comédies. Quels sont nos classiques et peuvent-ils être chamboulés ? Qu'est-ce qu'une tragédie ? Comment faire rire ? Les réponses dans cet essai vif et surprenant aux allures de roman.
Comment traduire le poème oriental ? Comment transposer les profondeurs de la psyché humaine exprimées dans des langues, des formes, une pensée même, qui n'ont rien d'équivalent avec celles du français ? Selon quels critères ? Les auteurs de cet ouvrage répondent à ces interrogations en distinguant les éléments qui font la valeur esthétique de l'original. Pour eux, le traducteur recourt d'abord à l'analyse des jeux de composition, des modalités d'expression, des formes et des images qui jouent un rôle-clé dans l'univers de signification de l'original. Ayant acquis une connaissance intime du texte, il peut alors établir une relation cohérente entre le système de composition du poème et celui qui constitue le fond stylistique de la littérature de référence. Ces modèles, fort éloignés des théories littéraires que l'on connaît en Occident, constituent le « fonds » de l'imagination créatrice qu'il va mettre au service de la traduction. En essayant de mettre en relation deux modèles stylistiques, deux contextes linguistiques, culturels et langagiers, voire deux univers civilisationnels, le traducteur peut espérer satisfaire au goût esthétique du lecteur et lui donner à voir, à sentir et à aimer, à travers la traduction, les beautés du poème original, sa poésie. Second volet d'une recherche menée au sein du Réseau Asie « Lire et traduire les poésies orientales » (2005-2012), ce volume continue l'exploration du thème de l'amour, base anthropologique commune des oeuvres étudiées ; le champ d'études se limite aux poésies prémodernes de l'Asie orientale (chinois, coréen, japonais, vietnamien), de l'Inde (avhadi, kannada, sanskrit, ourdou, télougou) et de la Perse ; les travaux se développent à travers une discussion entre des praticiens de la traduction et des spécialistes du langage.
Afin de comprendre ce qu'implique l'acte de traduire, il convient de déconstruire le processus dans tous ses états, car il s'avère essentiellement pluriel. Où traduit-on? Les champs de l'édition, de la critique et de l'université se disputent une autorité qu'ils refusent aux traducteurs, priés de faire preuve de modestie et de rester transparents. Qui traduit quand on traduit ? Les acteurs de la traduction sont étrangement nombreux, qui interviennent non seulement sur le paratexte, mais dans le texte lui-même. Des conceptions obsolètes de la langue et de l'Ainsi Nommée Littérature imposent des choix qui concourent trop souvent à l'annexion de l'original. Que traduit-on quand on traduit ? Il est temps de dégager le traduire des déterminations linguistiques pour considérer l'objet à traduire dans tous ses états: texte, livre, marchandise. Une fois définie le « traduire » comme une opération fondamentalement littéraire, il convient de définir des méthodologies pour procéder à un transfert de socialité dans une opération unique. A chaque trace, indice et valeur doit correspondre dans le texte traduit une trace, un indice, une valeur. Y compris ce que révèlent les rythmes, la matérialité, l'histoire des Ainsi nommées littératures, trop souvent gommés.
Aussitôt après la prise de pouvoir par Hitler, en janvier 1933, la majeure partie des intellectuels allemands (scientifiques, philosophes, écrivains, artistes) quitte le pays. Les raisons de cet exil, essentiellement vers d'autres pays d'Europe jusqu'en 1939, sont le plus souvent non pas raciales, mais politiques. Pour certains, il y va de la vie ou de la mort. L'Allemagne n'en continue pas moins à publier des livres, à jouer des pièces, à donner des concerts, des cours à l'Université etc... Parmi les intellectuels restés au pays figurent des noms célèbres : le poète Gottfried Benn, le philosophe Martin Heidegger ou le Prix Nobel de littérature Gerhart Hauptmann. Qu'est-ce qui pousse ces intellectuels à se mettre au service des nazis : une conviction politique, le simple l'opportunisme ? Les exilés observent avec une extrême attention les faits et gestes de leurs collègues en Allemagne afin de tracer une frontière symbolique entre les « véritables intellectuels » et les « traîtres ». À relever d'un discours d'une extrême sévérité, plus tard adoucie il est vrai par une plus juste compréhension, la condamnation des « renégats » pose la question des modalités de la lutte contre un discours totalitaire : est-il possible de s'opposer à un langage perverti, sans tomber dans les travers mêmes que l'on dénonce ? La question se double d'une autre : peut-on, de l'extérieur et sur des critères uniquement politiques, juger de qui est un traître et qui est un opposant ? Le livre éclaire ici le problème de la culpabilité dans un régime totalitaire.
Les fleuves d'Afrique ont été déterminants dans la conquête du Sud par l'Occident. Depuis la découverte du Congo, en particulier, la face du monde a changé et ce fleuve est devenu une source d'inspiration inépuisable pour les auteurs. Les écrivains d'Afrique en font une force ou un refuge pouvant leur permettre de résister face à l'impérialisme ou, du moins, ils se servent des fleuves pour révéler une force ou une puissance qui n'a rien à voir avec la puissance technologique occidentale. Les poètes, quant à eux, réservent aux fleuves un traitement particulier, qui donne à voir leur capacité à s'élever au-dessus de la confrontation Nord-Sud, en particulier les poètes de la Fleuvitude, cette nouvelle dynamique littéraire née au Congo-Brazzaville. Ils font du fleuve leur credo et croient en l'avènement d'un ordre nouveau, susceptible de renverser l'ordre capitaliste. Les fleuves sont, par ailleurs, révélateurs d'une crise écologique qui nécessite des efforts collectifs. Liss Kihindou étudie dans cet ouvrage la puissance narrative et lyrique des fleuves, en croisant les regards que portent sur eux les auteurs africains et occidentaux.
L'oeuvre d'Henri Michaux est traversée par une tension fondamentale entre désordre et harmonie. Cet ouvrage propose de la relire à partir du concept de « chaosmos ». Forgée par James Joyce et théorisée par Gilles Deleuze et Félix Guattari, cette notion dissout l'opposition entre chaos et cosmos pour faire apparaître un univers paradoxal où, par une osmose féconde, l'ordre se découvre au coeur même du flux. Le parcours critique se construit autour d'une triple correspondance : le Moi, le Monde et le Mot, faisant écho au triptyque chaos, cosmos et chaosmos. Depuis le « moi-boule » - dont les résonances conduisent aussi bien à Platon qu'à Zhuangzi - jusqu'à la métamorphose infinie du sujet, à travers les récits de voyage où la monotonie sud-américaine s'efface devant la révélation de l'« être centré » hindou et de la sagesse taoïste, jusqu'au « chaoïde » des langages où le verbe et le trait s'unissent pour donner forme à l'informe, c'est toute la poétique michaldienne qui déploie la souveraine ouverture d'une création en perpétuel devenir.
Dans Le nom du poème, Fernand Salzmann se penche sur le nom propre de la femme célébrée par Aragon, Elsa, pour proposer une nouvelle trajectoire de l'entreprise littéraire de cet auteur lue sous l'angle du pétrarquisme. La place du poète florentin semble marginale dans l'oeuvre d'Aragon, laquelle est plus volontiers reliée à la tradition de la lyrique courtoise. Pourtant, le pétrarquisme est central, à condition de le lire non pas comme une imitation de Pétrarque, mais comme une forme particulière de subjectivation que le chant amoureux engage. Si Elsa est à Aragon ce que Laure est à Pétrarque, il faut comprendre quelles structures sous-jacentes du Canzoniere resurgissent dans l'oeuvre de l'écrivain, et sous quelles formes. L'analyse du Fou d'Elsa (1963), recueil culminant dans la poésie d'Aragon, occupe une place importante dans la réflexion, car on y voit comment l'écriture du nom propre chez cet auteur s'articule à trois imaginaires dont elle procède et qu'elle convoque : l'imaginaire du poème, l'imaginaire de l'art, l'imaginaire de l'amour.
Et si la littérature pouvait révéler les secrets de notre société ? Dans l'atelier de la sociocritique invite à explorer comment les textes, du Moyen Âge à nos jours, reflètent et transforment l'imaginaire collectif.
Le langage de Beckett, entre silence et subversion : une plongée dans l'esthétique du désordre qui interroge notre rapport au monde. Pourquoi nos mots échouent-ils à dire l'essentiel ?
Et si La Comédie humaine se révélait aussi par ses bruits ? Jean-François Richer explore l’univers sonore méconnu de Balzac, où chaque cloche, pas ou cri dessine une société en mouvement. Une lecture inédite qui change notre écoute de l’œuvre.
Entre 1928 et 1971, André Dhôtel a produit une oeuvre romanesque de plus de soixante ouvrages, entre romans et recueils de nouvelles. Mais c'est une oeuvre qui reste largement méconnue, dont le récit Le Pays où l'on n'arrive jamais, prix Femina 1955, masque l'hybridité et la richesse d'une écriture autant fictionnelle que théorique, qui met en partage roman et poésie. Saisir l'éphémère, l'impossible, percevoir dans l'insignifiance et la banalité du quotidien, le surgissement de la beauté : pour les personnages dhôteliens coutumiers de l'égarement géographique, de la marginalité sociale, du mensonge, mais aussi de la rêverie et de l'humour, ce sont autant de ravissements qui peuvent relever de l'expérience poétique et inviter à la révélation d'un autre monde, toujours proche du merveilleux.
Et si la prostitution était le miroir grossissant de nos propres échanges sociaux ? Le désastre de la rencontre explore, à travers la littérature du XIXe siècle à nos jours.
Et si la magie naturelle avait façonné l’athéisme moderne ? Magie naturelle et libre pensée révèle comment des esprits audacieux, comme Gabriel Naudé et Charles Sorel.
Du Moyen Âge au XXe siècle, Soixante études sur le style de textes français offre une plongée inédite dans l’art de l’analyse stylistique.
Et si le potin et la rumeur étaient les ciments invisibles de nos sociétés ? Rumeur, potin et parole oiseuse dans le théâtre contemporain d’expression française déploie une analyse inédite de ces discours furtifs.
Le scénario n’est pas qu’un simple texte : c’est un objet vivant, entre littérature et création visuelle.
Des deux visages de Janus de la littérature, cet ouvrage s'attache à celui tourné vers l'avenir, celui que l'on scrute au moment d'écrire et de se projeter vers l'oeuvre à bâtir. Il prend le parti fort de définir le littéraire de manière prospective, par une vaste enquête historique et critique, d'Aristote à John Dewey, des écrivains classiques à ceux et celles qui le seront. L'enquête se déploie au fil d'infinitifs à actualiser qui désignent des gestes d'écriture et s'organise en quatre grandes questions : Quelles conceptions de la création ? Quel redéploiement des repères littéraires ? Quel cadre génératif ? Quelles politiques du littéraire ? Cette étude novatrice construit un paradigme qui pourra accompagner toutes les pratiques de l'écriture créative et les cursus littéraires dédiés aux écrivain·es. L'ouvrage répond aux interrogations contemporaines sur la bascule dans la praxis, la culture de la production et la tentation du littéraire. Il offre de solides repères pratiques et théoriques pour la recherchecréation.
Cet essai se propose de parcourir, de façon exhaustive, la littérature coloniale portugaise des années 1920 en rapport avec le Mozambique. Les récits à l'étude montrent comment la perception morphologique de l'autre, sur la base d'un référentiel géographique, se trouve directement liée aux représentations de la pensée raciale portugaise développées dans une large mesure à partir de la mythologie aryenne et du darwinisme social. Les notions de « lutte des races » et de sélection des communautés les plus aptes contribuent à l'élaboration d'une « stratégie de la cruauté » et au déclenchement de flux de mort d'une grande intensité. Le double processus de déterritorialisation des populations, par le biais des conquêtes, et de leur reterritorialisation, avec la transformation sociale de l'espace, prend place dans un contexte politique totalitaire. L'instauration de la dictature raciale et la généralisation de la terreur engendrent l'astreinte des colonisés à une condition de servitude économique et sexuelle. Le désir colonial permet aussi l'émergence de formes d'hybridité sociale ou culturelle, immédiatement contrées par le développement d'une politique de domesticité coloniale.