Jean-Claude Bibolet
Jean-Claude Bibolet
Si le geste peut se faire révélateur des sentiments intimes d'un personnage, l'absence de tout geste peut parfois s'avérer tout aussi significative. Hypnose, coup de foudre, pétrification, extase : autant d'attitudes qui peuvent dévoiler l'état d'âme du héros. Qu'on songe à la pétrification de Lancelot à la vue de Guenièvre, à l'extase de Perceval devant le sang de l'oie blessée sur la neige, à l'hypnose de Gauvain devant les gouttes tombées de la Lance flamboyante sur la table d'ivoire, au silence de Perceval au passage du Graal, à la paralysie de Lancelot devant la vision de la Coupe mystique.
Au Moyen Âge vivre, c'est se battre et survivre, triompher d'obstacles constamment présents et incessamment renouvelés : tourbillon de violence et d'agressivité pratiquant une impitoyable sélection naturelle. La longévité des individus suppose un débordement de vitalité intacte. L'obligation d'une vie dans l'instant privilégie la force de l'âge, la saine maturité ; dès lors, la vieillesse se réduit à un triste épilogue, l'enfance étant conçue comme un fade préambule.