Hélène Charpentier
Hélène Charpentier
D'après Jean Delumeau, "il y a unanimité chez les historiens pour estimer qu'il se produisit en Europe à partir du xive siècle un renforcement et une plus large diffusion de la crainte des derniers temps". Parmi les tenants les plus célèbres de cette doctrine - que tous ne partagent pas - se range Huizinga qui souligne qu' "au déclin du Moyen Âge, la vie s'emplit d'une sombre mélancolie. (...) Le monde s'acheminait vers sa fin, et toute chose terrestre vers la corruption". Les raisons de tant de pessimisme sont évidentes. Le quatorzième et le quinzième siècles connurent une suite de désastres qui n'épargnèrent personne en Europe. En France, la Guerre de Cent Ans éprouva cruellement la population civile ; la peste qui, en 1348, avait décimé par endroits un tiers de la population, réapparut régulièrement ça et là avec d'autres maladies tout aussi mortelles ; les disettes, dues à la détérioriation des conditions climatologiques, devinrent de plus en plus fréquentes ; enfin, le Grand Schisme, qui commença en 1378, ne constitua pas seulement un drame de conscience pour les chrétiens, mais marqua, à leurs yeux, "la rentrée dans un âge apocalyptique".
Au Moyen Âge vivre, c'est se battre et survivre, triompher d'obstacles constamment présents et incessamment renouvelés : tourbillon de violence et d'agressivité pratiquant une impitoyable sélection naturelle. La longévité des individus suppose un débordement de vitalité intacte. L'obligation d'une vie dans l'instant privilégie la force de l'âge, la saine maturité ; dès lors, la vieillesse se réduit à un triste épilogue, l'enfance étant conçue comme un fade préambule.