Elizabeth Ewombe-Moundo
Elizabeth Ewombe-Moundo
La jeune Liselotte Mannon Satish Tlanexpili découvre dans l'Atlas l'histoire d'un pays dénommé le Sinueux ou Le Grand Semblant. Son désir de le visiter s'accomplit alors dans un rêve entraînant d'où surgit un univers étrange et pourtant si proche de maints pays africains. Au Sinueux en effet, tour n'est que brillance de surface depuis le jour où, promettant monts et merveilles, Parfait Leurre (nom très symbolique) s'institue « Père de la Nation », et plonge progressivement le pays dans le désastre : mensonge électoral avec droit de vote aux morts, généralisation de la pensée unique, assèchement des caisses de l'État, corruption, alcool, sexe, amours contre-nature, invasion des confréries religieuses. Face aux grondements de la rue, le chef de l'État s'enferme dans une interminable lune de miel avec la belle Mirabella, Baron Perruchot étant là pour masquer ses multiples absences à coups de mensonges médiatiques et d'autres thuriféraires pour appliquer les recettes habituelles : rite expiatoire des arrestations, dons offerts par la première dame, forums et discours qui occultent les questions essentielles. Heureusement qu'en sortant de son rêve, Liselotte apprend qu'il reste « une carte à jouer ». Laquelle ? En somme, un très beau roman où délectation poétique et conscience de justice se côtoient et nous invitent instamment à inventer l'avenir.
Si comme le dit Bakhtine, la polyphonie, le carnaval et la parodie sont les caractéristiques majeures du genre romanesque, alors ce récit d'Elizabeth Moundo est un vrai roman. En effet, on y trouve tant au niveau de l'intrigue, de la narration et du style une diversité de péripéties, de points de vue et de tons qu'on trouve rarement dans un seul texte et le tout fondu dans une syntaxe qui donne au récit une cohérence et une vraisemblance qui forcent l'adhésion involontaire du lecteur. Voici un roman qui tient du polar, du récit fantastique, du roman satirique, du récit d'amour avec une intrigue d'enquête policière, avec comme personnages les escaliers, les rampes, les chats et les humains, avec des couples qui vivent et meurent d'amour inachevé dans une cité en une nuit ou l'ordre du monde est inversé : « L'horloge de l'hôtel de ville venait de sonner minuit, inaugurant la nuit du monde à l'envers... Toute la population de Bidonville, sans distinction de sexe, de race, de couleur, de religion ou même d'espèce - faune, flore, minéraux... - pour cette nuit parmi les nuits, ne fit qu'une seule âme. Tous se préparaient pour les transes et autres plaisirs qu'offre le carnaval. Les cracheurs de feu soufflaient les flammes de toute la force de leurs poumons. Les illusionnistes illusionnaient. Les animaux grognaient, courant de toutes leurs pattes, pour suivre le carnaval. Les poulaillers s'étaient vidés. De partout on entendait le caquètement joyeux des volatiles. Les chiens aboyaient au rythme des tambours et trompettes. Un âne, dans la bousculade, évitait de justesse le coup d'aile d'un pigeon qui volait au secours d'un loup. Piggy la cochonne, couchée sur le dos, ravie du spectacle, se tordait de rire, battant des pattes et se tenant l'estomac... ».
Treize nouvelles où l’on explore les confins de l’âme et les limites de l’être. L’emmurement d’Elizabeth Ewombe-Moundo plonge le lecteur dans un huis clos mental, entre silence et cri, réalité et rêve.
« Nettie ne se souvient plus que le repas est déjà dans lefour. Alors elle prend un autre plat et dispose à nouveau les couches delégumes, de viande hachée, avec un peu de crème et de fromage râpé. Nettierefait les gestes qui la rassurent. Au moins n'est-elle plus en train d'essayerde se rappeler. Georges secoue la tête. Bien sûr que non, elle ne se souviendrapas de la promesse d'il y a cinquante ans. Au fond, il a bien fait de lesappeler. Qu'ils viennent le plus vite possible, ça ne peut pas durer. C'esttrop douloureux de la voir comme ça. »
Ainsi commença la carrière de l'exterminatrice... ADA OBSERVAIT CALMEMENT le corps qui convulsait. Il ressemblait à un pantin aux prises avec un enfant peu soigneux. Quand il s'immobilisa, elle lui tira la paupière vers le haut et plongea son regard dans le sien. C'était donc vrai, la morphine rétrécissait la pupille, devenue une minuscule fente. Une douce vague de chaleur se répandit au creux de la poitrine puis dans le ventre de la jeune femme qui se surprit à caresser sa gorge et à déboutonner le haut de son corsage. Linné Lharsson est suédoise. Elle sait narrer des histoires avec le même talent que ses plus célèbres compatriotes. Celle d'Ada, élève infirmière, est terrifiante et sollicite une réflexion sur l'accompagnement des humains en fin de vie.