Yasmina Foehr-Janssens
Yasmina Foehr-Janssens
Plus de quarante ans après un ouvrage paru dans la collection « Senefiance » consacré à La prière au Moyen Âge (1981), qui invitait des médiévistes importants de cette période à interroger la poétique de la prière, il ne se trouve aucune publication collective récente qui se soit donné l'objectif d'examiner l'oraison de langue d'oïl à partir d'un point de vue spécifiquement littéraire. Alors que les travaux d'histoire des idées et des croyances étudient régulièrement ces textes sous l'angle de leurs contenus spirituels et religieux, voire de leurs fonctions anthropologiques ou de leurs sources, ces oeuvres qui font pourtant partie intégrante du dynamisme de l'art littéraire médiéval restent encore souvent en marge de l'histoire des lettres - comme si leur dimension esthétique et formelle s'effaçait, aux yeux de la critique, devant le poids de leurs ambitions et de leurs destinations religieuses. Réunissant des médiévistes s'étant illustrés dans l'analyse de ce corpus, ce dossier repense la poétique et l'esthétique de la prière telle qu'elle s'exprime dans les principaux genres littéraires du Moyen Âge français (récit, poésie, chanson, théâtre). Il attire l'attention sur les prières originales de langue d'oïl, celles qui se posent à distance des cadres de la liturgie officielle et des modèles latins consacrés afin de proposer une expérience artistique et spirituelle nouvelle, qui soit propre à la jeune littérature française.
Comment penser, en regard des amours de Tristan ou de Lancelot, une histoire amoureuse de la jeune fille conçue comme personnage littéraire à part entière ? Il s'agit ici de saisir sur le vif, entre les lignes du jeu érotique de la fin'amor, les contours de ce personnage féminin juvénile, et, surtout, de ses émois. Au contraire de la dame courtoise corsetée par les devoirs de sa souveraineté, la pucelle ou la demoiselle, aspirante aux mirages de l'amour, jouit d'un semblant de liberté, si tant est que l'on puisse qualifier ainsi le devoir d'innocence et de réserve auquel elle est tenue. Dans les textes romanesques du XIIe siècle français, on voit surgir, en lieu et place des stéréotypes attendus, une grande variété de figures souvent évanescentes qui dessinent, comme en une série d'instantanés, le portrait d'une créature littéraire en mouvement. La jeune fille amoureuse esquisse une danse furtive qui évoque son désir d'évasion et son espoir d'un amour gémellaire. C'est une valse avec l'absolu qui l'emporte bien vite au-delà des limites de son statut précaire.
Dès le XIIIe siècle, de nombreuses oeuvres mettent en scène la persécution de l'innocence féminine. Ce livre veut faire le pari de consacrer aux histoires de femmes persécutées une étude proprement littéraire. Il s'agit, dans un premier temps, de déceler, dans les textes, l'émergence d'un discours sur l'héroïsme au féminin que l'on a délibérément décidé d'inscrire sous l'autorité d'un archétype culturel et littéraire prestigieux, celui de la veuve. La seconde partie de l'ouvrage est consacrée à l'étude attentive de trois oeuvres de la fin du XIIIe et du début du XIVe siècle, le Roman de Cassidorus, Berthe aux grands pieds d'Adenet le roi et le Roman du comte d'Anjou de Jean Maillart. Ces oeuvres témoignent, chacune à leur manière, de la fécondité du thème choisi.