Walter Moser
Walter Moser
Bousquet Joë - La Tisane de sarments : Contrairement à Iris et Petite Fumée où le médecin est victime de son patient, dans la Tisane de Sarments c'est Sabbas, le sorcier-contrebandier, qui mène la danse. Figure de Satan et passeur de mort, il fournit ce qu'on lui demande et, en particulier à Don Bernard Bassas, poète et troubadour, la tisane de sarments élaborée par sa femme dans la caverne de Corbière, drogue plus forte que toute autre, liqueur qui épuise les ressources de qui la boit. Maléfique, elle ouvre à l'expérience sensible mais, aussi, aux portes de la mort. «Au début, la tisane de sarments m'a aidé à trouver mes mots, après, c'est le besoin que j'avais de ce breuvage qui me talonnait.» Bien que présenté comme roman, ce récit est plus un conte poétique où les thèmes de l'identité, le miroir, la Vie, la Mort, la dépendance, thèmes bien connus des lecteurs de Bousquet, sont traités avec autant de sensibilité que d'hermétisme. Sabbas, vrai senhal de la poésie médiévale occitane, est un être de l'ordre de Satan - est-il mort, est-il vivant ? «C'est un homme affreusement pâle. Son visage et ses mains ont la couleur des racines d'iris.» La tisane de sarment, en occitan tisana de gabels, que l'on soit à Corbières ou ailleurs, c'est, littéralement, le vin. C'est sans doute d'autres drogues qu'évoque Joël Bousquet dans ce conte. De lui, il écrit : «Je ne suis en ce monde qu'une fable sur mes propres lèvres. Je suis quelqu'un qui a vu survivre en lui son être à la mort de l'homme. Oui, après un accident terrible, ma vie a pris la forme qu'il fallait pour se substituer à moi. Ce fut très singulier, ce qui se passa dans mon coeur ; la vie buvant l'oubli du monde à sa propre source... » (source de cette présentation : Françoise Haffner, Les figures du Passeur dans La Tisane de sarments de Joë Bousquet, Presses universitaires de Perpignan, 2003 , Open Éditions Books, 2013.) Joë Bousquet, né à Narbonne (Aude) le 19 mars 1897 et mort à Carcassonne (Aude) le 28 septembre 1950 à l'âge de 53 ans, est un poète et écrivain français. Immobilisé à vie par une blessure de guerre le 27 mai 1918, il a composé une oeuvre poétique romanesque. Elle mêle contes, journaux, poèmes, récits, romans, méditations philosophiques, où les mots seuls importent et la pensée impose son rythme. Pendant les 32 années où il vécut dans sa maison de Carcassonne, il reçut les visites des plus grands écrivains et artistes - Paul et Gala Éluard, Max Ernst, Louis Aragon et Elsa Triolet, Simone Weil, André Gide, Gaston Gallimard, Jean Paulhan.
Musil présente la particularité d'être reconnu comme un grand auteur de la littérature autrichienne par les spécialistes et d'avoir connu un large succès avec L'Homme sans qualités et surtout Les désarrois de l'élève Toerless, son premier roman, dont Volker Schlndorff a tiré un film récompensé au Festival de Cannes en 1966. L'Homme sans qualités est considéré comme une oeuvre pionnière du nouveau roman, à l'égal de l'Ulysse de Joyce. Traduit en français par un traducteur éminent, Philippe Jacottet, Musil eut son heure de gloire dans les années 1970 à 1990. Évoluant délibérément sur la frontière entre les sens et la rationalité, l'écriture et le monde romanesque de Musil ont fait de lui un auteur dont le monde des lettres francophone s'est emparé avec prédilection. Du côté allemand et autrichien l'effet de mode n'a jamais été aussi marqué, après la redécouverte de Musil suscitée par la première édition de L'Homme sans qualités par Adolf Frisé dans les années 1950 ; mais l'intérêt des spécialistes pour Musil n'a jamais faibli non plus. Musil, dans la période du regain d'intérêt pour la « modernité viennoise » et le débat « modernité/post-modernité », a retenu en France l'attention d'auteurs importants : outre le travail éditorial de Jean-Pierre Cometti sur le roman inachevé L'Homme sans qualités, il faut mentionner le philosophe Jacques Bouveresse (Robert Musil. L'homme probable, le hasard, la moyenne et l'escargot de l'histoire, Éditions de l'Eclat, 1993), le germaniste Jacques Le Rider ou le comparatiste Jacques Dugast (Musil. L'Homme sans qualités, PUF, 1992). L'ouvrage de Walter Moser, par sa profonde connaissance des deux mondes scientifiques, jette non seulement un pont mais il approfondit un aspect que l'approche d'histoire culturelle évoquait toujours sans le prendre à bras le corps : l'écriture de Musil. Sur ce terrain, on en restait en gros au jugement de Thomas Mann, selon lequel Musil était le Proust (ou le Joyce) autrichien. Mais on n'apprenait pas grand-chose de plus sur cette écriture. Walter Moser comble cette lacune.
Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.