Tiphaine Samoyault
Tiphaine Samoyault
Découvrez comment Les Misérables de Victor Hugo est devenu un classique mondial grâce à ses innombrables réécritures. Tiphaine Samoyault explore avec brio la métamorphose des œuvres, entre adaptations, traductions et polémiques.
Alors que la traduction assistée par ordinateur est sur le point de provoquer une mutation majeure dans nos façons de communiquer et dans notre relation aux langues, cet essai veut renouveler la pensée de la traduction. La sortir de l’éloge ou du consensus implique de ne plus voir en elle le seul espace de la rencontre heureuse entre les cultures mais de la comprendre comme une opération ambiguë, complexe, parfois négative. Tiphaine Samoyault étudie les histoires de violence dans lesquelles la traduction a pu jouer un rôle (la domination coloniale, les camps d’extermination, les sociétés d’apartheid, les régimes totalitaires), ainsi que des cas littéraires qui illustrent les violences propres à l’espace du traduire. Mais parce que la traduction a aussi à voir avec la justice et la justesse, avec l’imprévisibilité de la rencontre et les transformations dans l’espace et le temps, la séparation qu’elle entraîne peut s’inverser en réparation de la violence commise. Au-delà de la question de la traduction, ce livre s’adresse à toutes celles et à tous ceux qu’intéressent les dialogues entre les cultures, les littératures et les langues, et la possibilité politique de faire des mondes communs.
Figure centrale de la pensée de son temps, Roland Barthes (1915-1980) était aussi un être à la marge. Un père mort à la Première Guerre, l'amour inaltérable d'une mère, de longues années passées en sanatorium, la découverte précoce de son homosexualité lui donnent très tôt le sentiment de sa différence. Il a vécu à distance les grands événements de l'histoire contemporaine. Pourtant sa vie est prise dans le mouvement précipité, violent et intense de ce siècle qu'il a contribué à rendre intelligible. Fondée sur un matériau inédit jamais exploré jusqu'ici (archives, journaux, agendas), cette biographie de Barthes éclaire d'un jour nouveau ses engagements, ses refus, ses désirs. Elle détaille la quantité des objets dont il a parlé, les auteurs qu'il a défendus, les mythes qu'il a épinglés, les polémiques qui ont fait sa célébrité, l'écoute des langages de son temps. Et sa puissance d'anticipation : si on aime tant le lire encore, c'est qu'il a exploré des territoires originaux et qui sont aujourd'hui les nôtres. Le récit de sa vie donne de la substance et de la cohérence à la trajectoire de Barthes, conduite par le désir, la perspicacité et une extrême sensibilité à la matière du monde. À quoi on peut ajouter une forte réticence à tout discours d'autorité. En faisant reposer la pensée sur le fantasme, il a fait d'elle à la fois un art et une aventure. Entrer dans sa vie, approcher la forme de son existence aident à comprendre comment il fut écrivain et comment il fit de la littérature la vie même. Découvrez une vidéo de l'auteur discutant de son livre avec les libraires de la librairie Mollat en cliquant ici !
De la bête de cirque, elle offre le spectacle et elle ressent la honte qui est au fond des yeux : spectacle de ses engagements frénétiques, de son agitation vaine et de ses expériences ratées qui font d'elle un objet de suspicion, de curiosité ou de rejet ; honte d'appartenir à une génération qui n'est entrée dans l'histoire que par effraction, sans jamais parvenir à trouver sa place. Le récit commence en 1995 dans Sarajevo assiégée. En décembre 2010, après quinze ans d'absence, la narratrice revient pour la première fois dans la capitale bosniaque. Ce retour est l'occasion pour elle de réfléchir aux raisons de son implication dans cette guerre, à celles de son absence, à ses élans et ses retraits. Dans ce livre lucide et poignant, l'auteur trace obstinément la vérité, à la fois intime et politique, de l'expérience de l'engagement.
"Un chagrin, ça ne dure pas." La mort de sa meilleure amie, réveillant les souvenirs de plusieurs autres morts, conduit Marie à chercher dans la vie le souvenir de ses amis perdus. Dans un cimetière de campagne, devant la mer en Sicile, sur un pont de Paris, Marie explique comment elle s'en sort, comment elle se sent, comment elle survit. Et plusieurs aventures (un voyage en Italie, notamment, où elle choisit de visiter toutes les îles; quelques rencontres plus ou moins occasionnelles aussi), au cours desquelles elle écoute battre le monde et les manifestations d'une religion qui n'est plus appliquée à rien, lui permettent à la fois de se souvenir des morts et de se sentir en vie. Elle passe des contrats avec des personnes de son entourage afin de régler son existence comme de la musique, jusqu'au jour où elle s'aperçoit que certaines choses ne se mesurent pas: la mer, les sentiments, la poésie, la nuit. Elle apprend peu à peu à délivrer aux vivants l'indulgence qu'on a d'habitude pour les morts.