Rozenn Le Berre
Rozenn Le Berre
Des mots pour dire la maladie. Le parcours à travers la maladie est rythmé par des mots qui ramènent au sensible, aux souffrances et parfois aux joies. De cette expérience naît une profonde introspection qui pousse à prendre conscience de la finitude mais aussi à relire son histoire de vie, ses relations. L'écriture, la parole, les mots peuvent être des remèdes pour traverser cette tempête. Ils attestent d'une présence vivante qui cherche à se ré-ancrer dans une vie bouleversée par l'épreuve. Cet ouvrage interroge les enjeux liés au langage et au récit des vécus de maladie, pour toutes les personnes concernées par l'expérience de la maladie : professionnels de santé, patient, proches. Un ouvrage qui interroge le rôle du langage dans la maladie en croisant récits, témoignages et réflexions. À PROPOS DES AUTEURS Pour écrire cet ouvrage, Rozenn Le Berre, docteure en philosophie, enseignante chercheuse au sein du Centre d'éthique médicale (ETHICS - EA 7446 - Institut Catholique de Lille) s'est entourée de six personnes confrontées au quotidien à la maladie. Qu'elles interviennent en tant que malade, médecin, psychologue ou encore biographe hospitalière, toutes évoquent la force des mots dans le contexte difficile de la maladie.
" "Je implore toi s'il vous plaît dormir couloir.' Ces mots, Mirjet ne me les dit pas. Il les écrit en albanais sur l'ordinateur et c'est Google Traduction qui me les dit. C'est plutôt marrant d'habitude, les traductions déformées par le logiciel. Là, ce n'est pas drôle du tout. Mirjet dit avoir dix-sept ans, mais tant qu'il n'est pas reconnu mineur isolé étranger, je ne peux pas lui trouver un hébergement. "Durant un an et demi, Rozenn Le Berre a été chargée d'accueillir de jeunes exilés arrivés en France sans leurs parents. De cette expérience, elle a tiré un récit de haute intensité littéraire où résonnent deux voix. La première, la sienne, est confinée à l'espace de son bureau où se présentent chaque jour des jeunes qui traînent des valises de souvenirs acides, mais que la fureur de vivre maintient debout. La seconde relate le voyage éprouvant de Souley, qui a décidé de faire l'aventure et doit arriver en France avant ses dix-huit ans.Ce livre nous emmène à la rencontre de jeunes filles et garçons malmenés par l'exil et le labyrinthe administratif français, mais qui parviennent petit à petit à se reconstruire, à sourire, à être pénibles et idiots comme des adolescents. À vivre au lieu de survivre.
Sa mère, c'est trop haut, je fais une dépression, là. Comme nous tous, Jordan est épuisé. Au loin apparaît enfin le refuge où nous allons passer la nuit. Nous nous engageons en silence dans un ultime effort, nous qui ne sommes pas des habitués de la randonnée.Je marche depuis plusieurs jours avec des éducateurs et des jeunes placés dans un foyer de la protection judiciaire de la jeunesse, parfois en alternative à l'incarcération.Il y a Lyam, le grand taiseux agile comme un chamois, Omar, celui qui rêve de biceps surdimensionnés et d'oublier quelques nuits de sa vie, et Jordan, qui lutte chaque jour pour ne pas s'écrouler. Arpenter les grands espaces, c'est échapper un temps à ce lieu où ils cohabitent, dans le nord de la France, avec d'autres adolescents. Des jeunes aux vies orageuses, remplies de plus de déceptions, de ruptures et de violences qu'une personne peut absorber en une vie entière. Tous les jours, des éducateurs et éducatrices les aident à ne pas chuter. D'une écriture précise, fine et sensible, l'autrice propose une plongée en apnée dans un foyer pour adolescents dits délinquants. Et ne nous y trompons pas : ces adolescences sur la crête racontent aussi quelque chose de nous, du passage fragile à l'âge adulte. Et de ce qui se passe quand on dérape en grandissant.
L'expérience de la maladie nous confronte aux limites du langage. Que peut-on dire de l'expérience de la maladie, de son accompagnement et de son soin ? Fruit d'une journée d'étude consacrée aux récits de maladie, entre philosophie, littérature et médecine, cet ouvrage réunit des chercheurs, soignants et patients. Il s'agit ici de questionner le rapport au « dire » de la maladie, en croisant les savoirs et les expériences. Que peut-on dire de la maladie ? La maladie peut-elle-même se dire ? En partant des difficultés qui conditionnent l'accès à la parole dans la maladie, les récits qui s'en dégagent questionnent, en miroir, ce que la maladie fait au langage, et ce que la parole peut faire dans la traversée de la maladie.