Roland Junod
Roland Junod
À quoi sert la pensée critique ? On aime à croire qu'elle est le fondement de nos démocraties. Qu'elle pourrait nous aider à affronter la violence du monde, à rompre l'enfermement de l'activité humaine dans une rationalité purement gestionnaire, à dépasser un sentiment d'isolement. Ou encore, qu'elle nous permet de redécouvrir et d'éclairer les chemins d'une activité professionnelle ou d'une action plus globale qui revivifient le projet d'un monde plus humain. Mais comment une pensée critique se forge-t-elle ? Se transmet-elle ? S'enseigne-t-elle ? Peut-on s'y exercer ? À travers une multiplicité de thèmes, de points de vue et de formes d'expression, les contributeurs au présent ouvrage - enseignants, militants, chercheurs, étudiants en travail social - posent autant de regards critiques sur le monde et abordent ces questions selon une diversité de pensées que la coopération instaurée entre eux a voulu respecter. La pensée critique se nourrit et s'exprime ainsi à la fois sous forme de témoignages, de rêves, de projets politiques, de qualités humaines et intellectuelles. Ce florilège est encadré par deux textes plus théoriques&nsbp;: un premier qui offre un plaidoyer pour l'enseignement d'une pensée critique et un second qui questionne le thème au regard des notions de normes et d'éthique.
Le génocide des Tutsi du Rwanda en 1994 a été qualifié très justement de génocide de proximité. Dans un tel contexte, une politique de réconciliation volontaire impulsée d'en haut, travail de longue haleine, ne peut porter ses fruits qu'en allant à la rencontre d'un mouvement ascendant émergeant des communautés de base. C'est là que se conjuguent, étroitement imbriqués dans le quotidien, les enjeux de la reconstruction : la lutte contre la pauvreté, la restauration de la confiance, le partage des récits qui joue un rôle décisif tant au niveau national que dans les relations intrafamiliales et entre voisins. Comment, en s'associant au sein de communautés, affronte-t-on l'ensemble de ces enjeux ? C'est ce que des chercheurs du Centre de gestion de conflits de Butare et de la Haute école de travail social de Genève ont voulu éclairer à travers la coopération qu'ils ont instaurée avec trois associations de la société civile, impliquant différents groupes divisés par le génocide. En développant une recherche-action, les chercheurs ont mis en place au sein de trois projets pilotes, un dispositif de formation des acteurs et de renforcement de leurs capacités pour qu'au-delà de la réconciliation, ceux-ci tracent le chemin d'une véritable citoyenneté démocratique.