Revue agone
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Les experts et les consultants sont désormais omniprésents dans le monde du travail. Leur rôle est notamment central dans l'immense opération dite de « réorganisation » ou de « restructuration » des entreprises. Consultants, conseils et avocats de tout poil sont au service des patrons dans leurs efforts pour tirer plus de profit des salariés qu'ils emploient. Mais on les trouve aussi aux côtés des représentants qui défendent les intérêts des personnels. Quelles sont les nouvelles formes de l'expertise au service des patrons ? Et quelles ressources les syndicats ont-ils réussi à construire dans ce domaine ? Comment se mènent les batailles d'experts ? Les textes rassemblés dans ce numéro font la lumière sur des enjeux décisifs mais trop souvent rendus illisibles, précisément parce qu'ils sont réservés aux experts. Ils montrent aussi que l'essor d'un vrai marché syndical de l'expertise ne se fait pas toujours au bénéfice des salariés. Et ils insistent enfin sur l'importance des formes autonomes d'expertise que les militants et les professionnels doivent construire et mobiliser eux-mêmes pour se défendre efficacement face aux restructurations.
Une première tentative de reconstruire la raison, considérée comme base permettant de revendiquer l'égalité et de combattre l'injustice Dans beaucoup de milieux intellectuels, y compris à gauche et à l'extrême gauche, la raison est aujourd'hui traitée comme une ennemie. Instrument au service de l'État et du Capital, des polices, des bureaucraties et des technocraties, de la Science qui ne serait que technoscience, de l'Occident et de l'impérialisme, elle signifierait contrôle des corps et des esprits, exclusion et enfermement, écrasement des identités et des différences, ethnocentrisme et colonialisme, productivisme et destruction de la nature et de la Terre... Certes, la raison et l'universel ont servi de paravents à toutes sortes d'horreurs et d'oppressions. Mais les irrationalismes politiques et religieux en ont « justifié » bien d'autres. Et comment dénoncer l'injustice, revendiquer l'égalité et le respect des différences, comprendre la place de l'espèce humaine au milieu des autres et sur la Terre, sans s'appuyer sur la raison ? Pas une Raison supérieure, surplombante et totalisante, censée justifier l'ordre établi ou le cours de l'histoire. Mais la raison commune qui est en chacun, cette capacité de demander pourquoi et comment, de chercher ce qui est vrai et ce qui est mieux. Ce dossier veut ouvrir quelques pistes pour contribuer à l'immense projet de reconstruire la raison, notamment à travers une réévaluation critique de l'idée de « progrès » dans un dialogue avec Jacques Bouveresse, une analyse des modes de pensée irrationnels voire religieux dans l'extrême gauche française, une réflexion sur l'héritage des Lumières à partir de la dichotomie entre Lumières radicales et modérées mise en évidence par les travaux de Jonathan Israel, ou encore une confrontation avec le rationalisme mal connu de Hayek, aussi puissant philosophiquement que discutable dans ses principes et ses conséquences.
Derrière les discours sur le « dialogue social », ce livre révèle les stratégies réelles des employeurs pour contrôler, affaiblir ou neutraliser les syndicats et les mouvements collectifs.
Le paradoxe des écoles d'art est de se présenter comme des lieux d'apprentissage de ce qui ne s'apprend pas : le « talent » est ce que l'on possède à titre personnel. Et ce alors même que l'accès à la formation artistique est aujourd'hui un élément clé dans la construction des trajectoires professionnelles des artistes. Une vision courante de ces écoles est ainsi qu'elles se contentent de faire éclore les « talents » qu'elles repèrent, nourrissent et accompagnent. Prenant le contre-pied de cette conception individuelle de la réussite, ce volume montre que la classe sociale, le genre ou la « race » sont décisifs à l'entrée dans les formations comme au fil de la scolarité ou à sa sortie. À travers l'étude de multiples arts - cirque, théâtre, arts visuels, mode, musique et photographie - sont montrées les différentes manières dont les formations artistiques participent à la construction invisible et « naturelle » de ces inégalités qui se répercutent ensuite en profondeur dans les univers artistiques eux-mêmes.
« Quand vous portez un habit et que vous êtes sur un cheval, déjà vous ne voyez pas les choses de la même façon... Quand on est à cheval, on ne voit pas le chemin de la même façon, on ne voit pas la forêt de la même façon, on ne voit donc pas les gens de la même façon non plus. Et je pense qu'il faut être infiniment plus attentif et plus prudent quand on a justement et l'autorité et le cheval et le chapeau à plumes et la trompe et le machin... Vous voyez, je caricature un peu mais il faut faire beaucoup plus attention aux réactions des gens. Il faut pouvoir assumer une certaine légitimité. Et dans la chasse à courre, la légitimité, eh bien, c'est la culture, c'est l'éducation, c'est savoir sonner... » Jean Rives, maître d'équipage du Rallye du Rocher. Les représentations dominantes des espaces ruraux ignorent ses habitants au profit d'une esthétisation (une nature sans habitants) ou d'une stigmatisation (les ploucs). Vus des villes, ces espaces sont perçus comme des territoires essentiellement agricoles ou comme de simples lieux de détente pour vacanciers et résidents secondaires. Or les campagnes françaises se caractérisent d'abord par la présence massive de classes populaires, la proportion d'ouvriers augmentant à mesure que l'on s'éloigne des villes. Loin d'être des espaces pacifiés et unanimistes, les communes rurales et périurbaines connaissent des logiques de différenciation sociale et des conflits d'usage. A l'image des agriculteurs, groupe éclaté en différentes fractions, les campagnes sont traversées par des rapports de classe et des inégalités sociales. De la bourgeoisie agricole aux ouvriers ruraux, quels sont les groupes sociaux en présence et quelles relations entretiennent-ils ?
Ce livre éclaire la notion et la valeur centrales de participation dans le monde de la petite enfance. Il interroge, au regard de la qualité, de l'équité et de la diversité dans l'accueil et l'éducation des jeunes enfants, la participation des professionnels, des parents et des enfants. La participation est une composante essentielle d'une approche démocratique de l'éducation pour les jeunes enfants. La mise en œuvre des procédures de participation par les professionnels, les parents et la communauté est tout à la fois garantie et indicateur de qualité dans les services de la petite enfance. Des chercheurs, des professionnels, des formateurs, des responsables, des parents, des partenaires, impliqués dans le champ de la petite enfance (accueil collectif, familial, école maternelle, etc.) font part de leurs réflexions et de leurs expériences.
En Chine, la plupart des libéraux regardent les Chinois ordinaires avec bienveillance tant qu'ils contribuent au développement du marché en tant que consommateurs. Pour eux, le danger du nationalisme populaire est que les masses ne se contentent pas d'être trop critiques envers l'Ouest, mais qu'elles deviennent aussi trop mobilisées en tant que citoyens se détachant du rôle passif de consommateurs pour aller vers un rôle plus actif de militants. Ils craignent la participation populaire en rappelant toujours ses exemples négatifs, en voyant rarement le potentiel positif des mouvements sociaux comme condition de la démocratie. Ils ne croient qu'à la «porte ouverte» et au « système global ». La seule chose dont la Chine a besoin est d'entrer dans le « courant dominant » - c'est le terme qu'ils utilisent - et tout ira bien. Pour eux, l'intégration dans le système mondial est le seul chemin vers la démocratie. Ce numéro porte un regard sur la Chine vue de l'intérieur, débarrassé des écrans de l'orientalisme et de la fascination des performances économiques. Qu'il s'agisse de la question nationale, des mutations économiques et sociales ou de la vie artistique et intellectuelle, on y découvre des enjeux qui font échos à ceux auxquels nous sommes confrontés.