René Devisch
René Devisch
Pas de société sans rites, mais dans la nôtre ils sont souvent déchus, sclérosés, folklorisés. Pourtant, là aussi se cache sans doute une réserve de sens. Pour le comprendre il faudrait une pluralité d'approches. Celles retenues dans ce volume, fruit d'une session théologique tenue en mars 1995 à l'École des sciences philosophiques et religieuses des Facultés universitaires Saint-Louis, peuvent y introduire. L'anthropologue voit surgir ce que le rite opère : tisser ou restaurer des liens vitaux. L'exégète mesure la différence des rituels chrétiens, dont la référence inclut essentiellement la mémoire de l'événement libérateur. Le sociologue montre la persistance du champ rituel dans la religiosité dite populaire et le bricolage des « liturgies séculières ». Le théologien souligne la tension entre l'extériorité des rites et la responsabilité personnelle. L'indicatif de l'action rituelle tend vers l'impératif de l'éthique.
Après examen de sa rencontre anthropologique entre 1972 et 2003 avec les Yakaphones du sud-ouest du Congo et de Kinshasa, l'auteur esquisse leurs façons de résoudre les crises profondes : aliénation coloniale, discorde, deuil. Puis il analyse en quoi sa fascination pour l'autre culturel et leur commune humanité l'engage à discerner une altérité ou traumatisme au plus intime de soi jusque-là indicible.