Raymond léopol Bruckberger
Raymond léopol Bruckberger
« Quant aux méchants et aux imposteurs, ils ne feront qu'aller de mal en pis, faisant des dupes, eux-mêmes dupés. Mais toi, reste ferme dans ce qui t'a été enseigné et que tu as reçu comme certains. Tu sais de qui tu l'as appris... « Je t'adjure, en présence de Dieu et du Christ Jésus, lui qui viendra juger les vivants et les morts, je t'adjure, au nom de son Apparition et de son Royaume à venir, de proclamer et répandre la Parole, de revenir à la charge à temps et à contretemps, de remettre toutes choses à leurs places et les gens de même. Menace, encourage, toujours avec patience et le souci d'éclairer. « Le temps viendra où surgiront de partout des bonshommes qui ne supporteront plus la saine doctrine. Ils flotteront de-ci, de-là au gré de leurs convoitises. Pour se faire chatouiller les oreilles, ils se donneront pêle-mêle toutes sortes de maîtres. Ils détourneront leurs oreilles de la vérité et s'orienteront vers les fables. » Telles furent, à la naissance du christianisme, les prédictions et les recommandations de l'Apôtre Paul à l'un de ses disciples. Nous voilà avertis, c'est aujourd'hui le temps des fables. On dirait ces paroles écrites pour un publiciste catholique de notre époque. Le Père Bruckberger les a prises au pied de la lettre. Ce livre, L'âne et le boeuf, rassemble ses articles, publiés ici et là sur plusieurs années, particulièrement dans le Journal du Dimanche et dans l'Aurore. Une introduction de Jean Dutourd retrace le désarroi du Chrétien d'aujourd'hui, qui ne trouve plus la main amie du prêtre pour le conduire, qui est tout seul, en butte aux tentations de l'athéisme devant le terrifiant mystère de Dieu. On reconnaîtra dans ce livre une solidité de doctrine, une intelligence de notre époque, exprimées dans le style d'une modernité percutante. N'est-ce pas, chez nous, la qualité traditionnelle des polémistes catholiques ? Il faut toujours redire, d'une manière nouvelle, ce qui a été transmis dès l'origine, et doit être à tout prix maintenu. Redire quoi ? La Présence du Christ dans son Église, dans ses Sacrements, dans sa Parole. Sans cette Présence vivante et communiquée, le christianisme n'est qu'un moralisme repoussant, une baudruche, une imposture. Revenons à la Source, tels que nous sommes, hommes du XXe siècle.
« Il était une fois un évêque, un seul, tout seul... » Ainsi commence la nouvelle oeuvre du Père Bruckberger. Qui est cet évêque ? L'auteur l'a-t-il connu ? Est-il un produit de son imagination ? Se contente-t-il d'en espérer l'avènement ? Car ces homélies prononcées par Mgr Alain Vazelle, évêque de Saint-Flour, au cours de la Semaine sainte, et de la Semaine pascale de l'année 197... sont autant de pamphlets où, sous la plume incisive, ardente, truculente de ce « dominique de choc », les plus grands problèmes qui agitent l'Église contemporaine nous brûlent l'âme et les doigts. Voici les deux premières de ces homélies, avec lesquelles le Père Bruckberger part pour une longue croisade. Ce volume est, en effet, le premier d'une série qui nous promet instruction et divertissements d'estoc et de taille. En vérité, le Père Bruckberger, fait parler son évêque, tout comme Georges Bernanos prêta sa plume à son curé de campagne.
Dès les premières pages, on comprendra que ce livre n'est pas un ouvrage de politique. D'une manière générale, le discours politique m'ennuie. Pourtant, ce livre peut avoir une signification politique, par les conclusions éventuelles que chaque lecteur en tirera. On est pour ou contre le capitalisme, mais on ne sait guère ce qu'est le capitalisme. Même le socialisme se définit en contradiction avec le capitalisme. Mais comme on ignore ce qu'est le capitalisme, on n'en sait pas davantage sur le socialisme. On parle, on parle beaucoup, mais une des plaies de notre époque, est qu'on ne sache pas le sens des mots qui reviennent constamment dans la discussion, pour lesquels on en viendrait parfois aux mains, que ce soit au Café du Commerce, au Parlement, ou même à l'université. Le Littré donne du mot « Capital » cette toute première définition : « Où il s'agit de la tête ou de la vie ». Immédiatement, et par rapport à nos médiocres querelles, on a pris du champ, on respire mieux. Ce livre est une redéfinition, une défense, une illustration du mot « Capitalisme ». J'aurai du moins rendu ce service à mes contemporains, d'avoir mis en pleine lumière la riche signification d'un mot, d'un seul mot, dont on s'acharne - depuis des siècles - à obscurcir le sens originel. Le capitalisme, c'est la générosité de la vie, et un capitaliste, c'est d'abord une tête chercheuse.
De tous temps, les hommes ont mêlé Dieu à la politique. Chacun a voulu le mettre dans son camp. Durant les guerres, on le sommait de prendre parti. Jeanne d'Arc prenait conseil de Dieu, mais c'est aussi au nom de Dieu qu'elle fut jugée, condamnée, brûlée. Aujourd'hui, la confusion est extrême sur le sujet. Pendant des millénaires, la religion a tenu lieu de politique. Aujourd'hui, la politique risque de devenir notre seule religion. Dans son langage limpide, avec sa verve et son intrépidité coutumières, le Père Bruckberger élucide les rapports entre Dieu et César, entre l'Église et la Révolution, et il harangue les évêques de France.
Rompant avec le côté éthéré de la Vierge telle qu'elle est souvent présentée dans la catéchèse catholique, le père Bruckberger propose une vision originale de la mère de Jésus dont il fait l'exemplaire de l'humilité, celle qui accepte de se soumettre à la volonté divine pour le meilleur et pour le pire. Essai tonique, réflexion au fil de la plume, cette Marie, mère de Jésus-Christ s'adresse à tous car, dit le père R.-L. Bruckberger, entre l'inflation sentimentale catholique et le rationalisme desséchant protestant, il y a la place pour une piété mariale authentique, basée avant tout sur la foi sans pour autant larmoyer, et sur le questionnement, seule manière de s'enrichier et de vivifier cette foi.
Au moment où elle va rencontrer Jésus, Marie-Madeleine est dans tout l'éclat de sa jeunesse, dans toute la gloire de sa beauté. Elle vit sans frein, à bride abattue, elle est libre. Elle est hors-la-loi et s'en trouve fort bien. Autour d'elle, toute une société la condamne, et en premier lieu les gardiens de la loi, Scribes et Pharisiens, auxquels elle fait horreur. Elle récuse le jugement des juges. Libre, est-elle heureuse? Il y a toujours un moment de bonheur, quand on secoue le joug et qu'on le brise. Pour elle, le moment a peut-être duré longtemps. Les peintres, esclaves de leur oeil, l'ont toujours représentée avec une opulente chevelure blonde, un long manteau de pourpre, comme une impératrice. Elle est l'Impératrice des désirs. Heureuse, Marie-Madeleine l'était sans doute moins qu'elle ne voulait le paraître. Sinon, comment aurait-elle eu le courage, ou même l'idée, d'aller à la rencontre de Jésus, cherchant auprès de lui ce que nul homme ne lui avait jamais donné? Le père Bruckberger nous raconte de sa manière incomparable l'histoire de Marie-Madeleine dont il nous donne, comme dans Marie, mère de Jésus-Christ, une image originale et neuve: celle de la femme orgueilleuse dont le destin bascule, qui se soumet d'un coup et devient l'une des plus proches de Jésus.