Raymond Boudon
Raymond Boudon
Selon une boutade d'Amartya Sen, la théorie économique traite l'homo oeconomicus comme un rational idiot : c'est parce qu'il est un calculateur rationnel qu'il produit dans maintes circonstances des résultats indésirables, non seulement d'un point de vue collectif, mais même de son propre point de vue. En outre, ce modèle rend inintelligible une multitude de comportements pourtant banals, comme le vote. S'inspirant de la boutade de Sen, on peut avancer que la sociologie, la science politique, la psychosociologie et l'anthropologie prêtent souvent a contrario à leur homo sociologicus les traits d'un irrational idiot, croyant ce qu'il croit ou faisant ce qu'il fait sous l'effet de forces sociales et culturelles, de forces psychologiques ou de forces biologiques : par exemple parce que c'est ce qu'on croit ou fait autour de lui. Les deux modèles ont un intérêt scientifique qui transcende les disciplines particulières. Cela explique qu'ils soient solidement installés. Mais ils sont souvent utilisés à contre-emploi. Or, comme l'ont enseigné les plus grands, les sciences sociales ne sont pas condamnées à un dilemme porteur à la fois d'inefficacité scientifique et d'une représentation schizophrénique de l'acteur social.
Comment expliquer les croyances collectives ? Comment rendre compte de l'émergence de l'action collective ? Ces contributions tirent parti de disciplines comme : l'éthologie, l'anthropologie cognitives, des théories de la décision et de l'argumentation à la philosophie de l'esprit. Se trouvent ainsi mis en question le modèle utilitariste du choix rationnel et les paradigmes de la sociologie. « Copyright Electre »
La coopération peut-elle émerger spontanément entre des individus égoïstes gouvernés uniquement par la rationalité économique ? Cette question traverse toute la théorie économique depuis ses origines et se trouve renouvelée par les développements récents de la théorie des jeux. La thèse défendue par Laurent Cordonnier est que les conditions à réunir pour fournir une réponse affirmative à cette question, sont si exigeantes qu'il convient d'envisager d'amender la figure de l'homo oeconomicus si l'on tient à faire place à la possibilité de l'émergence de la coopération, même dans les situations économiques les plus simples, tel l'échange de deux biens entre deux individus. L'ouvrage se déroule comme une discussion autour du fameux dilemme du prisonnier. Ce jeu permet, en effet, d'organiser une confrontation entre les principes d'action à l'oeuvre dans la réciprocité archaïque - le don-contredon - et la rationalité économique qui est censée fournir le principe de l'échange marchand. D'où il ressort qu'on ne saurait concevoir, dans bien des cas, la coopération entre les individus sans leur prêter une certaine autonomie ou capacité d'initiative. Des qualités qui définissent les individus en opposition à l'agent réactif de la théorie économique, qui attend toujours que les contraintes de son environnement lui indiquent ce qu'il a de mieux à faire.
Les itinéraires rassemblés dans cet ouvrage, ces "histoires" mises bout à bout, dessinent un paysage intellectuel, une gestalt, un contexte à partir duquel on voit émerger, au-delà de la présentation des auteurs, des questions théoriques, des objets de connaissance, des débats épistémologiques.
Et si la sociologie devenait enfin une science à part entière ? Une introduction à la sociologie de Raymond Boudon et Renaud Fillieule propose une plongée claire et accessible dans les méthodes et les débats qui animent la discipline.
Comment décrire les phénomènes sociaux ? Comment les expliquer ensuite ? Les méthodes dont le sociologue dispose répondent de manière différente à ces questions, selon l'angle sous lequel elles les abordent. L'analyse causale, l'individualisme méthodologique et la rationalité cognitive constituent les trois grandes méthodes sociologiques, décrites avec clarté et illustrées par de nombreux exemples dans cet ouvrage de référence.
Le relativisme a représenté depuis l'Antiquité une philosophie parmi d'autres. Or, avec la "mort de Dieu", il est devenu LA philosophie dominante du monde occidental, ce qui invite à en mieux définir les contours. Il existe différentes variantes du relativisme : pour le relativisme normatif, les normes et les valeurs sont des conventions culturelles et toutes les cultures se valent. Pour le relativisme cognitif, il n'y a pas de connaissance certaine, même en science. Si un "bon" relativisme favorise le respect de l'Autre, le "mauvais" engendre une perte des repères intellectuels, alimente le nihilisme et nuit à la démocratie. Ce relativisme postmoderne ne résiste pas à la critique minutieuse conduite par l'auteur.
La sociologie exerce sur la vie des idées dans les démocraties modernes une influence importante, mais ambiguë. Dans sa dimension scientifique, elle a réalisé une remarquable percée dans l'explication des phénomènes politiques, moraux et religieux. Elle a montré que la souveraineté du peuple dans une démocratie représentative n'a rien d'utopique, mais aussi que les démocraties représentatives sont menacées par une dérive oligarchique, et expliqué pourquoi la France l'est davantage que ses voisines. Elle a enrichi la réflexion philosophique sur le sens moral et permis d'expliquer les changements tendanciels de la sensibilité morale. Elle a proposé une explication des croyances religieuses et une vision des relations entre religion et modernité qui contraste avec celle de la philosophie des Lumières. Malheureusement, ces percées de la sociologie scientifique restent trop peu visibles.
Cet ouvrage réunit les interventions de chercheurs, juristes, professeurs en philosophie, sociologie français et étrangers qui se sont tenues à l'Académie des Sciences morales et politiques à l'occasion du 150e anniversaire de la naissance d'Emile Durkheim. Placé sous le patronage de Raymond Boudon, ce colloque a ceci d'original qu'il revient sur l'oeuvre de Durkheim pour en balayer les idées reçues.
SOMMAIRE Déclin des valeurs ? -- Ce que nous disent les données -- Continuité et changement des valeurs -- Structuration fine et persistante des valeurs --- Le poids de l'éducation -- En bref --- Outils pour une interprétation globale de ces phénomènes
Cet ouvrage est d'abord une critique du relativisme régnant s'agissant des valeurs morales et aussi de la connaissance. La morale serait affaire de mode ou de convention. La connaissance scientifique ne nous proposerait pas une représentation du monde plus fiable que les mythes archaïques. Ces thèmes relativistes jouissent aux Etats-Unis comme en Europe du statut d'idées établies. Pourtant, ces théories relativistes contredisent les observations les plus irrécusables. Aujourd'hui comme hier, les individus passent le plus clair de leur temps à porter avec conviction des appréciations morales. Toute décision gouvernementale est soupesée, jugée, approuvée ou condamnée avec parfois un bel ensemble. On observe donc une discordance notoire entre le discours de nombre de philosophes et de sociologues sur la morale, et l'existence de sentiments moraux forts et souvent consensuels. Pourquoi ce relativisme? Il résulte de mouvements de pensée (marxisme, nietzschéisme, freudisme, durkheimisme) qui proposent de voir dans les valeurs des illusions. Leur influence, associée à celle de l'empirisme et du positivisme qui introduisent un gouffre béant entre l'être et le devoir-être, confirme l'idée que les valeurs ne sauraient être fondées de façon objective. La certitude morale ne serait qu'une illusion produite par des forces sociales ou psychiques agissant à l'insu des individus. Ce relativisme normatif représente-t-il un horizon indépassable? Certainement pas. D'autres courants des scienes humaines, tels le contractualisme, l'utilitarisme et la théorie de l'action le rejettent. S'appuyant sur une critique constructive de ces travaux, la théorie cognitiviste développée ici tente de les généraliser, de les synthétiser, de les dépasser et de proposer une explication de l'origine des sentiments moraux et des jugements de valeur. De son côté, le relativisme cognitif est, lui aussi, résistible. Les voies de la connaissance ordinaire comme celles de la connaissance scientifique sont complexes. Mais cela n'impose pas de renoncer aux notions de vérité et d'objectivité. Comme le juste, le vrai existe. Raymond Boudon, de l'Académie des sciences morales et politiques, est professeur à la Sorbonne. Il est l'auteur, entre autres ouvrages, de L'Inégalité des chances, d'Effets pervers et ordre social, de La Place du désordre, de L'Idéologie ou l'origine des idées reçues, et de L'Art de se persuader.