Quentin Lafay
Quentin Lafay
"Je me suis fait pirater. Toute mon existence est là, répandue sur Internet. Mes documents, l'ensemble de mes emails professionnels, tous mes courriels privés : des milliers de messages, reçus et envoyés. Depuis un moteur de recherche, n'importe qui est désormais en mesure d'accéder à ma correspondance privée, à douze années d'intimité. Demain, lorsqu'ils se réveilleront, mes parents pourront appréhender ma vie intime et sexuelle. Mon patron entreprendra peut-être l'archéologie des messages hargneux et absurdes que j'ai échangés à son propos avec des collègues ou des amis. Mes collègues saisiront mes photos de soirées, perceront à jour mes projets, mes goûts, mes opinions. Comme chacun, je vis de front une multitude de vies, disparates et compartimentées, faites de désirs antagonistes et d'intérêts incohérents. Mes amis découvriront les masques et les costumes variés que je porte lorsque je ne suis pas auprès d'eux ; ils verront l'étudiant que j'étais, l'amant que je suis devenu. Ma compagne, Sophie, aura accès à mes secrets, aux erreurs et aux tares que je tentais de lui cacher. Me voilà nu."
"Je me suis fait pirater. Toute mon existence est là, répandue sur Internet. Mes documents, l'ensemble de mes emails professionnels, tous mes courriels privés : des milliers de messages, reçus et envoyés. Depuis un moteur de recherche, n'importe qui est désormais en mesure d'accéder à ma correspondance privée, à douze années d'intimité. Demain, lorsqu'ils se réveilleront, mes parents pourront appréhender ma vie intime et sexuelle. Mon patron entreprendra peut-être l'archéologie des messages hargneux et absurdes que j'ai échangés à son propos avec des collègues ou des amis. Mes collègues saisiront mes photos de soirées, perceront à jour mes projets, mes goûts, mes opinions. Comme chacun, je vis de front une multitude de vies, disparates et compartimentées, faites de désirs antagonistes et d'intérêts incohérents. Mes amis découvriront les masques et les costumes variés que je porte lorsque je ne suis pas auprès d'eux ; ils verront l'étudiant que j'étais, l'amant que je suis devenu. Ma compagne, Sophie, aura accès à mes secrets, aux erreurs et aux tares que je tentais de lui cacher. Me voilà nu."
Ulysse aperçoit enfin la côte d'Ithaque, où l'attend sa dernière épreuve, peut-être la plus terrible... Mais, pour qu'il puisse reconquérir son trône, les dieux doivent lever la malédiction qui l'empêche de rentrer chez lui. Pourtant, Zeus et Poséidon ne parviennent pas à trouver un accord et la guerre semble inévitable. Ulysse sortira-t-il indemne de cet affrontement divin ?
"Entre l'heure à laquelle je fus nommé Ministre des Finances et l'instant de ma démission, six jours se sont écoulés. Je suis parti du ministère à pied, en catimini, alors que la nuit couvrait encore d'un voile sombre la capitale ensommeillée. Ce jour-là, si l'on m'avait retrouvé, si l'on m'avait forcé à justifier mon départ, j'aurais certainement invoqué des raisons politiques. J'aurais parlé de mon désaccord profond avec le Président de la République. J'aurais fait étalage de ma colère, j'aurais évoqué mon amertume face au Gouvernement qui, gangréné par le cynisme, cherchait alors à sortir la France de l'Union européenne. Disant cela, j'aurais tu l'essentiel. J'aurais passé sous silence l'amour que je portais à un être perdu, le malaise, les tensions qui n'ont cessé de me traverser durant ces six jours, le moule rigide dans lequel je n'ai pas su entrer. Aujourd'hui, je n'ai plus droit au beau rôle. Après quatre années de réflexion, je souhaite prendre le temps de relater ce qui m'a vraiment poussé à dire adieu au pouvoir."
"Entre l'heure à laquelle je fus nommé Ministre des Finances et l'instant de ma démission, six jours se sont écoulés. Je suis parti du ministère à pied, en catimini, alors que la nuit couvrait encore d'un voile sombre la capitale ensommeillée. Ce jour-là, si l'on m'avait retrouvé, si l'on m'avait forcé à justifier mon départ, j'aurais certainement invoqué des raisons politiques. J'aurais parlé de mon désaccord profond avec le Président de la République. J'aurais fait étalage de ma colère, j'aurais évoqué mon amertume face au Gouvernement qui, gangréné par le cynisme, cherchait alors à sortir la France de l'Union européenne. Disant cela, j'aurais tu l'essentiel. J'aurais passé sous silence l'amour que je portais à un être perdu, le malaise, les tensions qui n'ont cessé de me traverser durant ces six jours, le moule rigide dans lequel je n'ai pas su entrer. Aujourd'hui, je n'ai plus droit au beau rôle. Après quatre années de réflexion, je souhaite prendre le temps de relater ce qui m'a vraiment poussé à dire adieu au pouvoir."