Pierre Frappat
Pierre Frappat
« Tout ce qui me rappelle Grenoble me fait horreur ; non, horreur est trop noble, mal au coeur ». Un siècle après la petite phrase de Stendhal, l'enfant le plus célèbre du pays, la ville est couverte d'éloges. Grenoble, c'est Brasilia, la métropole de l'an 2000, la ville où tout est possible, l'imagination au pouvoir. Centres de recherche, technologie de pointe, innovations sociales et municipalité progressiste, universitaires et jeunes cadres bronzés dévalant les pistes enneigées : en 20 ans, un mythe s'est forgé. La réalité est moins simple. Les trois pouvoirs qui tiennent la ville : industrie, municipalité, presse, sont remis en cause. Tandis que les grandes familles cèdent la place aux nouveaux maîtres des affaires : jeunes patrons et multinationales, l'expérience Dubedout se banalise et le monopole de l'information est contesté. Ébranlée par la crise économique et urbaine, Grenoble doute de son avenir. Le mythe dissipé, vient le temps de la modestie. Pierre Frappat, grenoblois, connaît sa ville. Après avoir exercé des responsabilités dans la municipalité, animé la revue locale Ville ouverte, il a mené l'enquête la plus minutieuse, la plus complète, la plus passionnante jamais publiée sur Grenoble.
Comment inventer si on ne doute pas de soi-même, si on n'écoute pas ce qui se pense et se dit hors de nos chapelles ? La crise actuelle nous apprend ce que nous savions déjà : nous avons encore tant de choses à apprendre, dans tous les domaines des sciences dures et des sciences sociales. Alors, restons humbles et modestes. Peut-être trouverons-nous des solutions aux problèmes gigantesques qui nous assaillent en avançant par tâtonnements. Cela s'appelle le pragmatisme, loin des certitudes et des dogmes.