Pierre Charras
Pierre Charras
Quand ça frotte, que ça s'enraye et qu'il faut agir vite, on (le parti) envoie Goneau, Christian Goneau, un rondouillard teigneux et ficelle qui sait « trouver la faille, se méfier du contre et taper dur » ; « le contraire d'une dentellière », plutôt un « vidangeur » de la politique. Car cet expert en nature humaine que les femmes effraient est aussi un grand marrant. C'est ainsi qu'il débarque, le 12 juin 1995, entre les deux tours des municipales, dans une ville (peu importe laquelle) dont le maire, Michaux, en place depuis vingt-cinq ans, est en train d'avaler son écharpe, mis en ballottage par un chevau-léger de l'opposition. Goneau prend pied, rencontre, à défaut du maire étrangement invisible, Sylvie (la mystérieuse chef de cabinet) et Péron (le secrétaire général très investi)... Il hume, rôde, élabore. Tout cela fleure bon le ragoût provincial chabrolien. Mais soudain tout bascule et Au nom du pire, roman posthume de Pierre Charras, passe de la mascarade à la tragédie. Par l'effet d'un simple discours, tout se tend, s'électrise, la plus sombre mémoire que l'on avait tue revient en force : celle qui va de l'Occupation aux lendemains qui devaient chanter. Avec ce roman, Pierre Charras, homme d'une oeuvre « lucide, profonde et désabusée » comme l'écrit Philippe Claudel dans son fervent prologue, donne à la fois une grande leçon d'écriture - maîtrisant en virtuose la conduite (et les changements de cap) de son récit - et un coup de sonde redoutable dans le pire de la mémoire collective française, la pelant à vif, jusqu'à son coeur noir. « Les enfants des bourreaux sont des enfants, pas des bourreaux », nous dit l'exergue. Message reçu.
Le ciel est plein d'anciennes étoiles aujourd'hui éteintes, que nous voyons encore alors qu'elles ne sont plus là. Il fait froid dans le ciel, et c'est depuis ce froid que le narrateur, peintre à succès, nous parle. Pour un peu, on pourrait le considérer comme une sorte d'étoile perdue dans l'obscurité. Une étoile éteinte, qui a brillé jadis. Mais cela ne sert pas à grand chose de briller lorsqu 'à l'intérieur de soi, tout est mort depuis longtemps. Ce livre est une histoire d'étoiles et d'envol. Une histoire d'oiseau. Une histoire de vin. Une histoire de grand-père aussi, car sans doute est-ce parce qu'enfant le narrateur a vu s'envoler son grand-père, quitter terre grâce au vin, qu'il a voulu ensuite, à l'âge adulte, suivre le même chemin : le chemin du vin et celui du ciel. Bien loin au fond de celui des hommes. C'est si difficile d'être un homme, de le devenir et de le rester.
Voici un homme qui reçoit la révélation de sa singularité en regardant des toiles de Bacon, qui au lieu de le blesser, vont prendre en charge ses propres douleurs. Il sortira de l'exposition libéré de ses terreurs.
Et j'ai découvert Thérèse, en même temps que je découvrais ma Messe en fa. Pendant les répétitions, j'avais écouté la messe et Thérèse et, là, je les entendais. Alors, en pleine béatitude, j'ai senti l'amour s'abattre sur moi, comme d'autres sont foudroyés par la beauté, la foi. À moins que ce ne soit de ma propre musique que je sois tombé amoureux. Ou de l'amour lui-même. Ou de Dieu. Bien que mort prématurément à trente et un ans, Franz Schubert aura eu le temps de composer plus de mille oeuvres, dont quelque six cents lieder. Par-delà les siècles, comme le génial témoin revenu d'un voyage dans le temps, Pierre Charras fait entendre au présent la voix du compositeur, au plus près du processus créatif, et dessine les contours d'une âme tourmentée.
Et j'ai découvert Thérèse, en même temps que je découvrais ma Messe en fa. Pendant les répétitions, j'avais écouté la messe et Thérèse et, là, je les entendais. Alors, en pleine béatitude, j'ai senti l'amour s'abattre sur moi, comme d'autres sont foudroyés par la beauté, la foi. À moins que ce ne soit de ma propre musique que je sois tombé amoureux. Ou de l'amour lui-même. Ou de Dieu. Bien que mort prématurément à trente et un ans, Franz Schubert aura eu le temps de composer plus de mille oeuvres, dont quelque six cents lieder. Par-delà les siècles, comme le génial témoin revenu d'un voyage dans le temps, Pierre Charras fait entendre au présent la voix du compositeur, au plus près du processus créatif, et dessine les contours d'une âme tourmentée.
Une journée dans la vie d'un d'un antihéros dipsomane. C'est le sujet du livre : une vie qui s'arrête. Plop ! À l'époque, l'auteur se forçait à penser qu'il y aurait du possible après le vin. C'était une période héroïque. Une convalescence. Une fière affirmation, aussi. Une « Sober Pride », si on veut. Et puis, petit à petit, écrire est devenu une façon de rester ivre. Une brume, une gomme, un bon moyen d'avoir l'impression de ne pas être là. Une morphine. Et il est vrai qu'un intoxiqué ne renonce pas réellement à son vice, il change de produit. C'est ainsi que dans le cas qui nous intéresse, l'écriture s'est substituée au vin blanc. On a soif d'écrire, bien sûr. Mais surtout, on a soif.
Lorsqu'on essaie d'écrire un roman, il y a toujours un moment où ça grippe. C'est alors qu'on se venge en disant très vite presque la même chose dans une nouvelle. La nouvelle, c'est le royaume de l'obsession, de l'idée fixe. Voyez vous-même avec ces huit nouvelles très noires.