Philippe Néméh-Nombré
Philippe Néméh-Nombré
Le 24 septembre 2019, la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse du Québec publiait une importante étude visant à documenter les expériences d'« actes haineux à caractère xénophobe, notamment islamophobe » (CDPDJQ, 2019). En donnant la parole aux personnes visées par de tels actes, ce rapport prend notamment la mesure des différentes agressions, discriminations et menaces dont les personnes racisées, et en particulier les femmes musulmanes, sont la cible au quotidien. Par-delà les expériences individuelles, la plupart des personnes interrogées expriment une détérioration significative des représentations et attitudes à leur égard dans les différents milieux où elles évoluent. Ces témoignages reflètent la montée, au cours des dix dernières années, des discours hostiles sur l'immigration et la diversité ethnoculturelle, raciale et religieuse au sein de différentes sociétés libérales occidentales. Dans un tel contexte, la multiplication des débats publics et des projets de loi stigmatisant les personnes racisées ou de confessions religieuses minoritaires participe à la banalisation des actes haineux et, plus largement, à la normalisation croissante des discours et des pratiques racistes et discriminatoires.
Seize temps noirs pour apprendre à dire kuei raconte ces moments et ces gestes dont on ne parle pas et qui pourtant illustrent les proximités et les solidarités entre les communautés noires et autochtones au Québec. Histoire, scènes, archives se recoupent, se répètent en seize fragments, comme autant d'improvisations musicales, pour réimaginer à partir d'une perspective noire, l'histoire et les possibilités de la rencontre des peuples au-delà de la violence coloniale. Les brèches et les fissures, les gestes militants et les imaginations radicales se déplacent, se replacent, se recomposent, s'ajustent. Quelle sera leur texture ?