Philippe Josserand
Philippe Josserand
« Je suis historien. J'ai publié une biographie de Jacques de Molay en 2019. Elle fait à présent partie des travaux d'autorité sur les Templiers et leur dernier grand-maître. Et, pourtant, elle ne me suffit pas. Savons-nous toujours ce que sont les vies que nous, historiens, racontons ? L'énigme biographique survit inévitablement à l'écriture biographique. Ce constat est encore plus vrai lorsque la mort d'un personnage l'emporte sur sa vie, au point d'en conditionner le récit. C'est le cas de Jacques de Molay. Il me faut revenir à cette vie. Il me faut changer de méthode. Et faire parler les vivants et les morts. » Philippe Josserand Sous la plume de Philippe Josserand, sept proches de Jacques de Molay, contemporains du dignitaire ou de nous, racontent, chacun leur tour, à travers lettres, dialogue et monologues, « leur » Molay. De ces témoignages d'une vie en polyphonie ressort une inédite orchestration biographique qui conserve à l'histoire, par la littérature, la recherche de la vérité comme fin première.
11 mars 1314 : sur le bûcher, Jacques de Molay défie le roi et le pape avant de périr dans les flammes. Qui était vraiment ce dernier grand-maître des Templiers, devenu légende ?
La décennie 1250, qui voit la consolidation du processus de reconquête chrétienne avec l'intégration de l'Andalousie bétique au royaume de Castille, passe souvent pour le début d'un déclin des ordres militaires, dont la vocation de lutter contre les infidèles aurait dès lors perdu sa raison d'être. Le présent ouvrage remet en question cette idée reçue. Une analyse détaillée des sources, dont certaines restaient inédites, montre qu'après le milieu du XIIIe siècle les ordres militaires, alors moins étudiés qu'à leurs débuts, n'entrent nullement en décadence. Leur image auprès des contemporains demeure positive et, si leur profil religieux s'atténue au XIVe siècle, une ouverture croissante aux valeurs chevaleresques les rapproche de la noblesse. Inquiète d'une telle communauté d'intérêts susceptible d'entraver ses prétentions absolutistes, la monarchie castillane réagit en s'efforçant d'utiliser les milices pour affermir son propre pouvoir et les soumet à un patronage de fait qui, tout en pérennisant leur position sociale, les réduit bien avant l'époque des Rois Catholiques à une logique nationale étrangère au principe universel qui était le leur.
L'ego-histoire, en un peu plus de trente ans, a acquis un nom et collecté de beaux succès. Cet exercice qui fait dire à l'historien d'où il parle, en soulignant la façon dont il se situe dans l'acte de produire l'histoire, s'est même constitué en un genre. Agrégé d'histoire et ancien membre de l'École Normale Supérieure de Fontenay-Saint-Cloud et de la section scientifique de la Casa de Velázquez, Philippe Josserand est maître de conférences HDR en histoire du Moyen Âge à l'université de Nantes. Spécialiste internationalement reconnu de la croisade et des ordres religieux-militaires, il a coordonné avec Nicole Bériou Prier et combattre : dictionnaire européen des ordres militaires au Moyen Âge (Fayard, 2009) et codirigé À la rencontre de l'Autre au Moyen Âge : in memoriam Jacques Le Goff (PUR, 2017). Son Jacques de Molay : le dernier grand-maître des Templiers (Les Belles Lettres, 2019), a été récompensé par le prix d'histoire Daniel Ligou.