Philippe Claudel
Philippe Claudel
La collection « Connaître une oeuvre » vous offre la possibilité de tout savoir des Âmes grises de Philippe Claudel grâce à une fiche de lecture aussi complète que détaillée. La rédaction, claire et accessible, a été confiée à un spécialiste universitaire. Cette fiche de lecture répond à une charte qualité mise en place par une équipe d'enseignants. Ce livre numérique contient un sommaire dynamique, la biographie de Philippe Claudel, la présentation de l'oeuvre, le résumé détaillé (chapitre par chapitre), les raisons du succès, les thèmes principaux et l'étude du mouvement littéraire de l'auteur. Notre travail éditorial vous offre un grand confort de lecture, spécialement développé pour la lecture numérique.
« Mon idée est toute simple, non ? Je suis étonné de ne pas y avoir pensé plus tôt. »Elon Musk
« Le fils avait changé. Il tournait en rond. À la maison. Sur le bateau. Dans sa tête. À ne plus guère sourire. À ne plus guère causer non plus. À rêver d'autre chose sans trop savoir quoi. À faire sa crise entre terre et mer. À force de vivre dans cette frange incertaine de pays, à se cogner entre deux infinis, on se chamboule l'esprit. On ne sait plus si on doit se jeter d'un côté ou de l'autre. On attend des mots mais ils ne viennent pas. Et lui, maladroit, qui ne savait pas comment parler au fils qui dérivait. Le questionner. L'aider. Le soutenir. Lui dire qu'il avait cette chance d'être un jour son propre maître. À jamais et pour toujours. Que le métier était dur peut-être, que les nuits étaient leurs jours, qu'ils vivaient à l'envers de tout, mais que chaque jour était nouveau. Que chaque aube n'avait rien de semblable avec la précédente. Que chaque marée n'était pas la soeur d'une autre. Que leur vie se composait de chapitres toujours neufs, écrits avec leur liberté et avec la beauté du monde. Qu'il lui dise bordel où trouver pareil feu ? » Le Rature est toujours le premier bateau à quitter le port et le dernier à y rentrer et le père sait qu'il est là à l'exacte place de la Terre où il doit être. Peu de paroles, des gestes surtout, toujours les mêmes, et une manière d'appréhender le monde, de lire le ciel, les nuages, les étoiles, ce langage est le sien. Le jour où il a emmené son fils pour une journée de pêche il s'en souvient comme d'un rêve. Son fils. Qui serait pêcheur comme lui l'était devenu. Après son père.Et pourtant, le fils est parti. Faut-il espérer son retour ? L'illustratrice Lucille Clerc a retranscrit toutes les nuances déployées par le texte pour lui faire écho et l'accompagner, jouant du dessin, des matières et techniques, gravure, encre, photos... Comment traduire, le froid, le manque, la tristesse mais aussi l'amour, la force des liens, la transmission, la joie de la complicité. Ses illustrations incarnent magnifiquement toute la sensibilité du récit.
« Ce qui me plaît dans la montagne comme dans l'écriture, c'est de me trouver confronté à quelque chose qui me dépasse, de façon humaine, et d'essayer d'y trouver ma voie, que ce soit sur une paroi ou dans un roman. » Passionné d'escalade et d'alpinisme, amoureux de littérature alpine, admirateur des pionniers des sommets, Philippe Claudel nourrit depuis l'enfance une passion viscérale pour le milieu d'altitude. Espace physique, mais aussi livresque, la montagne entretient de nombreuses analogies avec l'écriture : l'alpiniste et l'écrivain, des conquérants de l'inutile ? Tous deux se rejoignent dans ce lieu essentiel, empreint de passion et d'humilité. Dirigée par Fabrice Lardreau, la collection « versant intime » propose des rencontres avec de grandes figures des lettres, des arts, des sciences ou du voyage, passionnées par la montagne et, plus largement, par la nature. Elle invite le lecteur à pénétrer leur jardin secret et à découvrir leur rapport aux éléments, mais aussi leurs lectures, leurs voyages, et leur émerveillement devant la beauté (parfois fragile) du monde.
« Ce qui me plaît dans la montagne comme dans l'écriture, c'est de me trouver confronté à quelque chose qui me dépasse, de façon humaine, et d'essayer d'y trouver ma voie, que ce soit sur une paroi ou dans un roman. » Passionné d'escalade et d'alpinisme, amoureux de littérature alpine, admirateur des pionniers des sommets, Philippe Claudel nourrit depuis l'enfance une passion viscérale pour le milieu d'altitude. Espace physique, mais aussi livresque, la montagne entretient de nombreuses analogies avec l'écriture : l'alpiniste et l'écrivain, des conquérants de l'inutile ? Tous deux se rejoignent dans ce lieu essentiel, empreint de passion et d'humilité. Dirigée par Fabrice Lardreau, la collection « versant intime » propose des rencontres avec de grandes figures des lettres, des arts, des sciences ou du voyage, passionnées par la montagne et, plus largement, par la nature. Elle invite le lecteur à pénétrer leur jardin secret et à découvrir leur rapport aux éléments, mais aussi leurs lectures, leurs voyages, et leur émerveillement devant la beauté (parfois fragile) du monde.
Aux marches de l'Empire « à cent têtes et cent corps », sommeille une province minérale et nue où le froid, le givre, les bourrasques semblent ankyloser les habitants d'une bourgade qui ne signalait jusque-là ni notoriété historique, ni intérêt géographique, si ce n'est d'être placée à la frontière « d'un pays dont la bannière se frappait d'un croissant d'or », et dont la vitalité contraste avec l'épuisement ranci du village aux passions tristes.Un jour, le curé est découvert mort. La tête fracassée par une pierre. De quelle nature est le crime ? Qui pouvait en vouloir à ce curé d'une terre où les chrétiens et les musulmans vivaient depuis toujours en bonne entente ? Que faire, qui accuser, et qui entraver dans son action si, à partir de ce meurtre, s'ordonne toute une géométrie implacable d'actes criminels et de cruautés entre voisins ? Il y a un heureux : le Policier, Nourio, car « c'était fabuleux pour lui d'avoir une pareille affaire, dans ce lieu abandonné de toute fantaisie, de tout grain de sable, roulé dans l'ordinaire des jours ». Le voilà lancé dans d'inutiles recherches. À quoi sert de s'opposer au cours impétueux des choses ?Dans ce vieux monde de l'Empire qui s'affaisse, « dans un sommeil épais, s'enroulait dans sa léthargie comme un escargot fainéant bâille dans sa coquille », il y a tous les personnages, en chairs et en vices, qui conviennent au déroulement de la tragédie : chacun joue à merveille sa partition. Nourio, le Policier au teint olivâtre et aux pulsions incontrôlables. Baraj, l'Adjoint dont l'apparence de bête placide et musculeuse dissimule l'âme d'un enfant poète. Lémia, la fillette aux formes adolescentes dont les ombres et les pleins agacent les nerfs du Policier. Tant d'autres, et même les fantômes des temps passés, qui n'ont en commun, dans leur médiocrité âpre et satisfaite, dans le secret de leurs âmes, que d'agir en comparses du grand Effondrement de l'Empire. De suspens en rebondissements, l'intrigue haletante se double d'une grande réflexion sur nos errements contemporains, la volonté de quelques-uns de réécrire l'Histoire, la négation de certains crimes de masse et autres arrangements avec la réalité.
Philippe Claudel cite en exergue le si réaliste Thomas Bernhardt : « L'Allemagne a une haleine de gouffre. » Terrible formule qui trouve sa réalisation dans ce roman décomposé où les personnages reviennent, comme dans une ronde que même la mort ne peut interrompre. Un soldat (un déserteur ? un rescapé ?) croit trouver refuge et trouve la fin. Un homme âgé ressasse un passé qui n'en finit pas, et l'on apprend qu'il est le père de Viktor. Qui est Viktor ? Un soldat ou un salaud, ou les deux ? Une fille mal dégrossie, cruelle, maltraite le pensionnaire d'un hospice, mais qui est le plus cruel d'entre eux, puisque l'homme si paisible chantonne à son heure des marches nazies ? Le peintre expressionniste allemand Franz Marc est-il mort à Verdun en 1916 ou au contraire au cours de l'Aktion qui élimina les handicapés physiques et mentaux ? Qu'est-ce que la petite (« die Kleine ») va faire du cadavre carbonisé couché en gisant dans l'usine où elle s'égare et joue ?
Deux amis de trente ans dans un appartement vide. L'un est un comédien médiocre, l'autre un dramaturge raté. Le premier vend l'appartement et a demandé au second d'être présent lors de la signature du compromis, pour rassurer l'acheteur. Car s'il écrit de très mauvaises pièces, il a tout de même un visage rassurant. C'est sa grande qualité. La seule ? On attend l'acheteur. D'ailleurs, acheteur ou pigeon ? En l'attendant on parle. On se flatte. On se caresse. On se moque. On se taquine. Cela glisse peu à peu. On se blesse en se lançant à la face ce que l'on retient depuis longtemps. Et l'acheteur finit par arriver, qui va assister à un règlement de comptes, farcesque mais sans concession, entre les deux amis. Va-t-il en demeurer le spectateur, en devenir l'arbitre ou en être au final la seule victime ? La vie nous réserve tant d'occasions de nous compromettre pour garder le peu qu'elle nous donne, et parmi cela l'amitié, qui se nourrit bien souvent de compromis.
Monsieur Linh est un vieil homme. Il a quitté son village dévasté par la guerre, n’emportant avec lui qu’une petite valise contenant quelques vêtements usagés, une photo jaunie, une poignée de terre de son pays. Dans ses bras, repose un nouveau-né. Les parents de l’enfant sont morts et Monsieur Linh a décidé de partir avec Sang diû, sa petite fille. Après un long voyage en bateau, ils débarquent dans une ville froide et grise, avec des centaines de réfugiés. Monsieur Linh a tout perdu. Il partage désormais un dortoir avec d’autres exilés qui se moquent de sa maladresse. Dans cette ville inconnue où les gens s’ignorent, il va pourtant se faire un ami, Monsieur Bark, un gros homme solitaire. Ils ne parlent pas la même langue, mais ils comprennent la musique des mots et la pudeur des gestes. Monsieur Linh est un cœur simple, brisé par les guerres et les deuils, qui ne vit plus que pour sa petite fille. Philippe Claudel accompagne ses personnages avec respect et délicatesse. Il célèbre les thèmes universels de l’amitié et de la compassion. Ce roman possède la grâce et la limpidité des grands classiques. Durée : 03H03
« L'acte de donner son sang repose souvent sur un déclic. Un être cher malade ou accidenté, une rencontre décisive, une prise de conscience soudaine J'espère que la lecture de cet ouvrage sera votre déclic à vous, pour franchir le pas et sauver quelques vies, grâce à celle qui coule dans vos veines. » Agnès Ledig L'histoire du don de sang, ce sont d'abord ceux qui partent, toujours trop tôt : c'est l'oncle Maurice, qui est tombé de vélo et ne s'est jamais relevé ; c'est Lou et sa longue cicatrice qui court du bras au cou ; mais ce sont aussi ceux arrivés trop tôt, que leur époque n'a pas entendus, comme Jean-Baptiste Denis, au XVII siècle, dont les expériences scientifiques allaient pourtant changer le regard sur la transfusion sanguine et bouleverser le cours de tant de vies.
Aux frontières de l’Empire sommeille une province minérale où le rythme lent des grands hivers engourdit les habitants d’une petite ville ordinaire. Un matin, le Curé est découvert la tête fracassée à coups de pierres. Qui pouvait à ce point lui en vouloir dans cette bourgade où, jusque-là, les communautés religieuses avaient vécu en bonne entente ? L’enquête est confiée à Nourio, le Policier trop souvent gouverné par ses passions et qui méprise Baraj, son Adjoint, bon géant placide à l’âme de poète. Mais l’Empire a-t-il intérêt à ce que l’on découvre le véritable assassin ? De suspens et de rebondissements, l’intrigue policière se double d’une réflexion magistrale sur la nature humaine. Lorsque les peuples et les États sont malmenés, comment s’écrit ou se réécrit l’Histoire ? Et que peuvent les hommes face à son cours impétueux ? Philippe Claudel révèle encore une fois sa maîtrise du récit et nous livre un page turner aussi virtuose qu’envoûtant. Durée : 12H22
Créée en 1996, la section française de l'Observatoire international des prisons (OIP) se bat pour le respect des droits et de la dignité dans les prisons françaises et milite pour la réduction du recours à l'emprisonnement. En vingt-cinq ans, l'association est devenue un interlocuteur essentiel pour les détenus mais aussi pour l'ensemble des personnes qui s'intéressent à la question carcérale. Elle est par ailleurs une force de proposition respectée des institutions qui sollicitent régulièrement son analyse. Pourtant, alors que la prison reste un espace de non-droit, l'Observatoire n'a jamais été aussi peu soutenu financièrement par l'État. Au point que son existence est menacée. C'est pour réaffirmer les valeurs qui sont au fondement de son action que des écrivains s'associent au combat pour sa défense. Leurs textes rappellent à quel point la prison hante nos consciences malgré les mécanismes d'occultation de sa dure et proche réalité. Chacun y raconte, dans une grande diversité de forme et de ton, son lien à ce lieu de relégation et dénonce le scandale de sa persistante inhumanité. Les bénéfices de ce livre sont reversés à l'OIP
« Le dimanche qui suivit, différents signes annoncèrent que quelque chose allait se produire. Ce fut déjà et cela dès l'aube une chaleur oppressante, sans brise aucune. L'air semblait s'être solidifié autour de l'île, dans une transparence compacte et gélatineuse qui déformait ça et là l'horizon quand il ne l'effaçait pas : l'île flottait au milieu de nulle part. Le Brau luisait de reflets de meringue. Les laves noires à nu en haut des vignes et des vergers frémissaient comme si soudain elles redevenaient liquides. Les maisons très vite se trouvèrent gorgées d'une haleine éreintante qui épuisa les corps comme les esprits. On ne pouvait y jouir d'aucune fraîcheur. Puis il y eut une odeur, presque imperceptible au début, à propos de laquelle on aurait pu se dire qu'on l'avait rêvée, ou qu'elle émanait des êtres, de leur peau, de leur bouche, de leurs vêtements ou de leurs intérieurs. Mais d'heure en heure l'odeur s'affirma. Elle s'installa d'une façon discrète, pour tout dire clandestine. »
« Les oeuvres peintes sont souvent de grands miroirs qui nous invitent à nous contempler. Notre matière profonde se mêle à celle que le peintre a déposée sur la toile. Ainsi naissent des frères parfois. Émile Friant, bien que né un siècle avant moi, en est un.Dans ce roman, j'ai voulu parler de lui, et parler de moi à travers lui, mener en quelque sorte une conversation imaginaire et sincère. Il s'est écrit alors que j'avais publié deux ou trois livres seulement, et il y en a eu bien d'autres depuis, mais de tous, c'est celui qui a laissé le plus de traces en moi. Sans doute parce qu'il recèle une fraîcheur et un élan que le temps n'est pas parvenu à faner. »
Monsieur Linh est un vieil homme. Il a quitté son village dévasté par la guerre, n'emportant avec lui qu'une petite valise contenant quelques vêtements usagés, une photo jaunie, une poignée de terre de son pays. Dans ses bras, repose un nouveau-né. Les parents de l'enfant sont morts et Monsieur Linh a décidé de partir avec Sang diû, sa petite fille. Après un long voyage en bateau, ils débarquent dans une ville froide et grise, avec des centaines de réfugiés. Monsieur Linh a tout perdu. Il partage désormais un dortoir avec d'autres exilés qui se moquent de sa maladresse. Dans cette ville inconnue où les gens s'ignorent, il va pourtant se faire un ami, Monsieur Bark, un gros homme solitaire. Ils ne parlent pas la même langue, mais ils comprennent la musique des mots et la pudeur des gestes. Monsieur Linh est un coeur simple, brisé par les guerres et les deuils, qui ne vit plus que pour sa petite fille. Philippe Claudel accompagne ses personnages avec respect et délicatesse. Il célèbre les thèmes universels de l'amitié et de la compassion. Ce roman possède la grâce et la limpidité des grands classiques.
Cet ouvrage rassemble principalement les textes très personnels écrits par Philippe Claudel dans l'hebdo Le 1 sur le smic, sur la prison, sur l'aliénation du travail en particulier, ainsi que deux nouvelles, l'une sur la séduction (Eyes wide shut), l'autre sur un homme aux pulsions criminelles (Le Voisin). Philippe Claudel, prix Renaudot, traduit dans plus de 40 langues, a aussi prévu de sélectionner des textes inédits et/ou publiés dans des revues sur des thèmes qui lui sont chers (en particulier sur la prison). Membre de l'Académie Goncourt depuis 2012, Philippe Claudel est notamment l'auteur aux éditions Stock des Âmes grises et du Rapport de Brodeck. Également cinéaste, Philippe Claudel a entre autres réalisé Il y a longtemps que je t'aime (2008) avec Kristin Scott Thomas et Elsa Zylberstein. Son dernier film, Une enfance, est sorti en salle au mois de septembre 2015.
« Le rire contre les armes. Et l'ironie pour se moquer de nous. L'homme est sans doute le seul animal à commettre deux fois les mêmes erreurs. Il est aussi l'unique à fabriquer le pire et à le dépasser sans cesse. À observer le monde comme il va, on hésite alors entre les larmes et le rire. J'ai choisi dans Inhumaines de m'affubler d'un nez rouge, d'exagérer le vrai pour en saisir l'atroce. Ma volonté était de cette façon de tempérer la cruauté née de notre société en la croquant de façon grotesque, ce qui permet de s'en moquer, en espérant contribuer à la corriger aussi, même si je n'ai guère d'illusion sur ce point : restons modeste. En 2000, j'avais déjà écrit un roman, J'abandonne, sur la vulgarité de notre monde et sa bêtise. Cela ne me faisait pas rire à l'époque, et le texte était serré comme un coup de poing. Avec le temps, j'ai préféré l'humour et la satire, comme dans Le Paquet ou dans L'Enquête, pour dire comment nous allions droit dans le mur, un mur plus solide que nos pauvres caboches. Je suis convaincu qu'il est des situations où la littérature doit se transformer en papier de verre pour décaper les cervelles : cela fait un peu mal au début mais cela chatouille aussi. Et après tout, à mon très petit niveau, je ne fais avec ce roman de moeurs que m'inscrire dans un sillon tracé depuis longtemps par des aînés prestigieux, Pétrone, Rabelais, Molière, Voltaire, Villiers de L'Isle-Adam, Jarry, l'Apollinaire des romans érotiques et absurdes, Georges Fourest, les Surréalistes, Ionesco, Roland Topor, Pierre Desproges et bien d'autres qui se sont servis de l'outrance et de la farce pour transcrire nos errements, et amuser leur public en le déshabillant. Bien des peintres et graveurs aussi m'ont inspiré depuis longtemps, qui ont su se pencher sur les monstres : Jérôme Bosch, Brueghel, Jacques Callot, Monsu Desiderio, Füssli, George Grosz, Alfred Kubin, Otto Dix, le Topor dessinateur, Reiser, Jean Rustin, Cardon, sans oublier la joyeuse bande du mythique Hara-Kiri. Et dans le cinéma, comment ne pas citer Dino Risi et ses propres Monstres, mais aussi plus près de nous le devenu culte désormais C'est arrivé près de chez vous de Rémy Belvaux, André Bonzel et Benoît Poelvoorde, Inhumaines est inspiré de faits réels. Toute ressemblance avec des personnes ou des situations existant est totalement volontaire. J'ai simplement forcé un peu le trait. À peine. Et je n'ai d'autre ambition que faire rire, même jaune, à nos propres dépens, à commencer par les miens. Inhumaines est à la vérité ce que le palais des glaces est au réel : exhibant un reflet convexe, parfois concave, rétréci ou agrandi, même s'il déforme, il ne ment jamais. »
En cette veille de Noël, la nostalgie submerge Albert Herbin, tout juste sorti de prison, moral en berne. Alors comment pourrait-il ne pas être ébloui par le charme de la frêle et si jolie Mme Dravet ? D'autant que la jeune femme a l'air de le trouver à son goût. Pour se rendre chez la belle, il faut emprunter un drôle d'ascenseur : un monte-charge. Mais au pied du sapin l'attend un drôle de cadeau, le mari dans une mare de sang ! Mme Dravet joue la veuve éplorée à la perfection, un peu trop peut-être... Une effroyable mécanique vient de se mettre en branle...
Il est minuit. L'heure des vérités. L'heure que «Lui» et «Elle» ont choisie pour régler leurs comptes. Si ce règlement de comptes est explosif pour le couple, il est irrésistiblement drôle pour le spectateur. Philippe Claudel, pour sa première pièce, dresse un tableau jubilatoire de notre société et passe en revue tous nos excès : de l'éducation des enfants au mépris de la belle-mère, de l'hypocondrie chez les hommes à la chirurgie esthétique chez les femmes, des faux intellectuels à l'hypocrisie politique, de la liberté sexuelle à la mal bouffe. Une comédie d'aujourd'hui.
Une jeune enfant est retrouvée morte, assassinée sur les berges engourdies par le gel d'un petit cours d'eau. Nous sommes en hiver 1917. C'est la Grande Guerre. La boucherie méthodique. On ne la voit jamais mais elle est là, comme un monstre caché. Que l'on tue des fillettes, ou que des hommes meurent par milliers, il n'est rien de plus tragiquement humain. Qui a tué Belle de Jour ? Le procureur, solitaire et glacé, le petit Breton déserteur, ou un maraudeur de passage ? Des années plus tard, le policier qui a mené l'enquête, raconte toutes ces vies interrompues : Belle de jour, Lysia l'institutrice, le médecin des pauvres mort de faim, le calvaire du petit Breton... Il écrit avec maladresse, peur et respect. Lui aussi a son secret. Les âmes grises sont les personnages de ce roman, tout à la fois grands et méprisables. Des personnages d'une intensité douloureuse dans une société qui bascule, avec ses connivences de classe, ses lâchetés et ses hontes. La frontière entre le Bien et le Mal est au coeur de ce livre d'une tension dramatique qui saisit le lecteur dès les premières pages et ne faiblit jamais. Jusqu'à la dernière ligne.
Il avait traversé les récentes années sans se poser de questions. À la faveur de l’avènement du nouvel ordre, il avait obtenu un statut et un respect qui lui avaient été auparavant toujours refusés. En peu de temps, on l’avait extrait de son effacement, de la masse des autres hommes. On lui avait assigné une fonction et un rang. On l’avait usiné. On en avait fait un outil efficace. Des ordres lui étaient donnés. Il les exécutait. Il n’avait pas senti venir le chaos. Le grand mécanisme s’était effondré. Était-il coupable ? Coupable d’avoir obéi ? Ou coupable de ne pas avoir désobéi ? Lui n’avait fait que suivre. Était-il en cela moins responsable que les autres ? Moins que Viktor ? Fantaisie allemande est un roman à la puissance évocatrice rare. Cinq histoires entremêlées, où les personnages pris dans une danse macabre passent et s’égarent, en proie à leur destin, lues avec une grande sensibilité par Noam Morgensztern de la Comédie-Française. Durée : 02H50
Sur une île de l’Archipel du Chien vit une petite communauté qui se pense à l’abri des soubresauts du monde. Lorsque la mer un matin rejette sur la plage trois cadavres de jeunes hommes noirs, c’est toute la tranquillité d’un quotidien réglé qui vole en éclats. Que faire de ces corps ? Les inhumer ? Les faire disparaître ? Doit-on garder le secret ou avertir les autorités ? Entre épopée, tragédie antique et thriller efficace, ce roman pose la question de notre responsabilité morale face aux grands drames d’aujourd’hui, et de notre soif de vérité qui se confronte à notre désir de préserver notre bonheur. Durée : 06H10
« Qu'est-ce que c'est les vivants ? À première vue, tout n'est qu'évidence. Être avec les vivants. Être dans la vie. Mais qu'est-ce que cela signifie, profondément, être vivant ? Quand je respire et marche, quand je mange, quand je rêve, suis- je pleinement vivant ? Quand je sens la chaleur douce d'Elena, suis-je davantage vivant ? Quel est le plus haut degré du vivant ? » Un cinéaste au mitan de sa vie perd son meilleur ami et réfléchit sur la part que la mort occupe dans notre existence. Entre deux femmes magnifiques, entre le présent et le passé, dans la mémoire des visages aimés et la lumière des rencontres inattendues, L'Arbre du pays Toraja célèbre les promesses de la vie.
Le rêve en sa mémoire perdait de sa fraîcheur, mais non de sa force, et si la violence du songe demeurait, ainsi que les multiples détails de la scène comme par exemple les gestes des deux hommes, le bras nu de la femme au carrosse poussiéreux, la jeune femme ne parvenait plus que très rarement, et à chaque fois avec une peine accrue et une intensité moindre, à éprouver la trouble émotion née de son rêve, ce vertige qui nouait et dénouait ses entrailles quand les chocs des coups résonnaient sur le pilier, et que l'église s'anéantissait tout entière.Aussi, afin de pouvoir à loisir retrouver ce qu'elle n'avait jusqu'alors jamais connu, pas même lors des étreintes fatiguées du vieux comte qui l'avait épousée, Beata Désidério eut-elle l'idée de faire peindre son rêve.
« J'ai connu un Jean-Marc. Il y en avait au même moment des dizaines d'autres. J'en suis sûr. J'aimais ta géométrie variable, que je n'ai jamais constatée mais que je supposais. Tu avais l'art de l'adaptation. Ce qui t'importait, c'était moins toi-même que celui qui te faisait face. Tu ne te mettais jamais en avant. Tu faisais exister l'autre. Il devenait à ton contact l'être soudainement le plus important. Tu étais changeant, arc-en-ciel. Je te soupçonnais de pouvoir dire à l'un quelque chose et au suivant son contraire. Aucune hypocrisie dans cela. Tu n'étais pas là pour juger des opinions. Tu nous prenais comme nous étions. Tu nous donnais ce que nous espérions trouver. Tu savais, pour l'être toi-même, qu'un auteur est plus fragile qu'une libellule. Il te fallait tout simplement préserver les conditions dans lesquelles ses ailes pouvaient continuer à se déployer, fines et somptueuses. »
En 63 textes, d'« Acacia » à « Voyage », Philippe Claudel évoque autant de parfums de l'enfance et de l'adolescence. Chaque évocation fait resurgir un monde oublié, dont certaines traces demeurent : l'après-rasage du père, la crème solaire de la mère, les cheveux soyeux des premières amoureuses, les Gauloises et les Gitanes, la cannelle des gâteaux et du vin chaud, le charbon qui réchauffe, l'encre de l'écolier, le foin des champs, le pull-over de l'oncle... Des senteurs douces ou âcres, simples ou raffinées. Au fil du récit, se dessine un paysage de sapins, de champs à la terre noire et de rivières, et revit un monde de gens simples et vrais, pour lesquels leur lit de naissance est celui de leur mort. En leur rendant hommage, pour la première fois, et « malgré lui », Philippe Claudel se raconte. Il raconte ses origines, sa Nancy natale, Dombasle, la ville où il est né et habite toujours, ses parents, ses soeurs, comme il ne l'a jamais fait.
« C'est en ne cherchant pas que tu trouveras. » Comment l'Enquêteur du nouveau roman de Philippe Claudel aurait-il pu s'en douter ? Comment aurait-il imaginé que cette enquête de routine serait la dernière de sa vie ? Chargé d'élucider les causes d'une vague de suicides dans l'entreprise d'une ville qui ressemble hélas à toutes les nôtres, l'Enquêteur est investi d'une mission qu'il doit mener à terme comme il l'a toujours fait. Des signes d'inquiétude s'emparent de lui peu à peu : l'hôtel où il s'installe accueille tantôt des touristes bruyants et joyeux, tantôt des personnes déplacées en détresse. Dans l'entreprise où il devrait être attendu afin de résoudre son enquête, personne ne l'attend et tous lui sont hostiles. Est-il tombé dans un piège, serait-il la proie d'un véritable cauchemar ? On l'empêche de boire, de dormir, de se nourrir, on ne répond jamais à ses questions que par d'autres questions. Le personnel même est changeant, soit affable soit menaçant. À mesure qu'il avance dans ses découvertes, l'Enquêteur se demande s'il n'est pas lui-même la prochaine victime d'une machine infernale prête à le broyer comme les autres. On devine ainsi que l'impuissance de l'Enquêteur à clore son enquête reflète notre propre impuissance face au monde que nous avons construit pour mieux nous détruire.
Un homme seul tire un énorme paquet auquel il semble tenir plus que tout. Que renferme-t-il donc ? Le corps de sa femme qu'il aurait assassinée ? Les seuls biens qui lui restent ? Ses souvenirs, ses rêves, ses joies ? Les débris d'une vie ? Nos lâchetés, nos abandons, nos laideurs ? Tous nos maux et nos mots impuissants ?Lorsque le monde s'effondre, la question n'est pas de savoir ce que l'on sauve, mais ce dont on ne peut se débarrasser. Le paquet est une pièce pour un homme seul, avec Gérard Jugnot, écrite et mise en scène par Philippe Claudel, jouée à partir de janvier 2010, au Petit Théâtre de Paris.
Je m'appelle Brodeck et je n'y suis pour rien. Je tiens à le dire. Il faut que tout le monde le sache. Moi je n'ai rien fait, et lorsque j'ai su ce qui venait de se passer, j'aurais aimé ne jamais en parler, ligoter ma mémoire. Mais les autres m'ont forcé : « Toi, tu sais écrire, m'ont-ils dit, tu as fait des études.» J'ai répondu que c'étaient de toutes petites études, des études même pas terminées d'ailleurs, et qui ne m'ont pas laissé un grand souvenir. Ils n'ont rien voulu savoir. Durée : 10H24
« Il me semble souvent que j'écris des romans comme le ferait un cinéaste, et j'ai eu le sentiment très net de réaliser mon film, Il y a longtemps que je t'aime, comme un écrivain compose un roman. Je crois avoir trouvé aujourd'hui, en tant qu'homme qui essaie sans cesse d'interroger le monde, une forme d'équilibre - au sens où on le comprendrait pour un équilibriste - en mêlant les deux approches, celle de l'écrivain qui se sert de mots et qui s'enferme au moment de la création dans une grande solitude, et celle du cinéaste qui combine les sons, les mots mais aussi le mouvement, la pellicule, la lumière, la matière humaine et qui ne peut créer qu'en s'entourant d'autres personnes. Une fois le tournage passé, une fois le film achevé, je n'en avais pas fini avec l'aventure. Le désir de la réexplorer avec le recul, et avec les mots - ceux de l'écrivain ? ceux du cinéaste ? - s'est alors imposé. J'ai regardé toutes les photographies prises durant le tournage, j'ai feuilleté pour la millième fois le scénario, j'ai songé aux décors, aux comédiennes, aux techniciens, au cadre, aux figurants, à toutes sortes d'éléments qui m'ont permis de revenir dans les moments qui sont ceux de la naissance d'un film, de revenir sur les visages, sur les angoisses - les miennes et celles des autres -, les découvertes, les difficultés, les beautés. Bref, j'ai tenté de constituer un making of d'un genre particulier qui ferait comprendre la double nature qui est la mienne. Et il me semble aujourd'hui, grâce à ce petit livre qui peut se lire aussi comme une autobiographie fragmentée, tendre encore davantage la corde sur laquelle j'essaie de cheminer, depuis longtemps déjà. » Philippe Claudel
Le métier de Brodeck n'est pas de raconter des histoires. Son activité consiste à établir de brèves notices sur l'état de la flore, des arbres, des saisons et du gibier, de la neige et des pluies, un travail sans importance pour son administration. Brodeck ne sait même pas si ses rapports parviennent à destination. Depuis la guerre, les courriers fonctionnent mal, il faudra beaucoup de temps pour que la situation s'améliore. « On ne te demande pas un roman, c'est Rudi Gott, le maréchal-ferrant du village qui a parlé, tu diras les choses, c'est tout, comme pour un de tes rapports. » Brodeck accepte. Au moins d'essayer. Comme dans ses rapports, donc, puisqu'il ne sait pas s'exprimer autrement. Mais pour cela, prévient-il, il faut que tout le monde soit d'accord, tout le village, tous les hameaux alentour. Brodeck est consciencieux à l'extrême, il ne veut rien cacher de ce qu'il a vu, il veut retrouver la vérité qu'il ne connait pas encore. Même si elle n'est pas bonne à entendre. « A quoi cela te servirait-il Brodeck ? s'insurge le maire du village. N'as-tu pas eu ton lot de morts à la guerre ? Qu'est-ce qui ressemble plus à un mort qu'un autre mort, tu peux me le dire ? Tu dois consigner les événements, ne rien oublier, mais tu ne dois pas non plus ajouter de détails inutiles. Souviens-toi que tu seras lu par des gens qui occupent des postes très importants à la capitale. Oui, tu seras lu même si je sens que tu en doutes... » Brodeck a écouté la mise en garde du maire. Ne pas s'éloigner du chemin, ne pas chercher ce qui n'existe pas ou ce qui n'existe plus. Pourtant, Brodeck fera exactement le contraire. PRIX GONCOURT DES LYCEENS 2007 (12/11/2007)
Le narrateur revient sur les lieux de son enfance pour enterrer sa mère, morte solitaire dans une petite ville du nord de la France. Cette femme fière et forte l'avait élevé seule, son père étant mort à la guerre. Une photo en tenue d'aviateur sur le mur de la chambre évoquait le héros disparu. Mais un jour la légende familiale s'effondre : l'adolescent découvre que sa mère lui a menti sur ce père auréolé de mystère. Il part brutalement de la maison. Il n'a que seize ans.