Patrick Demerin
Patrick Demerin
C'est en 1982-1983 que tout a commencé. Que l'Allemagne s'est réveillée. Pour dire non aux Pershing. Et qu'en France, ont resurgi les vieux spectres d'une Allemagne germanique, au coeur de l'Europe. Finis les ronronnants rituels d'amitié, place à l'échange cru des quatre vérités entre voisins, entre nations. Identité nationale, Heimat... sanctuaire national, Europe. On parle enfin de ces choses-là en termes réels. Et l'on redécouvre l'étonnante imbrication de nos histoires communes. Deux pays liés intimement, deux peuples objets des passions les plus contradictoires. Obsédé de l'Allemagne, ou plutôt d'Allemagne - car l'Allemagne est-elle la Prusse, la Bavière, une culture, un mythe, Patrick Démerin tente ici de comprendre comment fonctionne ce pays, de quoi il est fait, vers quoi il tend, quels sont les rêves qui agitent cette citadelle instable. Pas de thèse bien ficelée sur le problème allemand, pas de démonstration. Sous son ordre apparent, le modèle est trop fluctuant ! Mais plutôt le journal de bord grave, drôle, complice ou provocant, d'un long voyage dans les régions allemandes, des années 70 à aujourd'hui, celui d'un adolescent qui a mûri avec les questions qu'il y rencontrait. Écrit pour les Allemands, autant que pour les Français, ce livre apporte images et idées-force, en conclusion d'un parcours singulier porté par la conscience que rien de ce qui est allemand ne nous est, à nous Français, étranger.
Bientôt dix ans d'existence. D'où vient, où va le mouvement communautaire ? Patrick Démerin répond par cette autocritique solidaire du mouvement communautaire : il vit une de ces expériences berlinoises. C'était il y a près de dix ans. Des milliers de jeunes manifestent contre la guerre au Vietnam ; pour la première fois en Europe, aussi massivement. Et à Berlin la bourgeoisie découvre l'opposition extra-parlementaire ; elle nomme les démons : la S.D.S. (fédération des étudiants socialistes) ; désigne des "chefs Rudi Dutschke ; des inspirateurs, le philosophe américain Herbert Marcuse. La S.D.S. se scindera. S'en séparent ceux qui veulent tout de suite "changer la vie". Ils créent les "Kommune" 1 et 2. Dix ans après, que reste-t-il des "scissionnistes" ? Fritz Teufel attend son procès. Rainer Langhans, flippé, puis récupéré, a disparu. Dieter Kunzelman milite au parti communiste allemand (K P.D.). Jan Raspe est l'un des accusés du procès de Stuttgart. Les groupes pullulent, mais la réaction s'est durcie. Que reste-t-il du "Mai 68" allemand ? Ceci : de nombreuses communes, sur les bords de la Spree ; un collectif de chauffeurs de taxi ; une école autogérée ; un responsable de cellule qui joue les baby-sitters ; des "familles" de huit personnes ; des militants comparant le prix des poireaux dans les supermarchés ; l'apprentissage de la solidarité... Dérision ou utopie nécessaire ?