Noël Delvaux
Noël Delvaux
Banlieue et mystère s’entremêlent dans Avec vue sur la zone, recueil de nouvelles fantastiques où Noël Devaulx explore les frontières entre réel et surnaturel.
Noël Devaulx écrit des contes comme d'autres écrivent des poèmes. Ce recueil est formé de récits dont la signification dépasse infiniment le thème. Le thème lui-même est mystérieux : dans Bal chez Alféoni qui donne son titre au livre, on voit un monde mythique suscité par un poète, coûter la vie à celui-ci. Pour un Ballet est l'histoire d'un petit État spécialisé dans l'éducation internationale de la jeunesse dorée. Mais sous une morale rigide et un extrême raffinement, se dévoilent brusquement le vice et la mort. Ailleurs, la Voie antique, fraîchement exhumée, évoque le monde des Conquérants et bouleverse les habitudes d'un village. Au jardin de mon Père est une illustration familière de la Genèse vue à travers Chestov. On le voit par ces brefs résumés de quelques-unes des nouvelles de Noël Devaulx, nous n'avons pas affaire ici à un conteur ordinaire. Mais l'insolite et le mystérieux sont les masques habituels que prennent la vérité et la poésie. Dans ces très beaux récits, l'auteur de Sainte Barbegrise semble avoir approché du plus près ses hantises. Il y déploie un art précis, subtil, souvent puissant.
Noël Devaulx écrit des contes comme d'autres écrivent des poèmes. Ce recueil est formé de récits dont la signification dépasse infiniment le thème. Le thème lui-même est mystérieux : dans Bal chez Alféoni qui donne son titre au livre, on voit un monde mythique suscité par un poète, coûter la vie à celui-ci. Pour un Ballet est l'histoire d'un petit État spécialisé dans l'éducation internationale de la jeunesse dorée. Mais sous une morale rigide et un extrême raffinement, se dévoilent brusquement le vice et la mort. Ailleurs, la Voie antique, fraîchement exhumée, évoque le monde des Conquérants et bouleverse les habitudes d'un village. Au jardin de mon Père est une illustration familière de la Genèse vue à travers Chestov. On le voit par ces brefs résumés de quelques-unes des nouvelles de Noël Devaulx, nous n'avons pas affaire ici à un conteur ordinaire. Mais l'insolite et le mystérieux sont les masques habituels que prennent la vérité et la poésie. Dans ces très beaux récits, l'auteur de Sainte Barbegrise semble avoir approché du plus près ses hantises. Il y déploie un art précis, subtil, souvent puissant.
Ces sept nouvelles ont un lien. Elles nous parlent de la mort et de la folie, de la fuite du temps, de la dernière heure. On peut deviner, dans L'Auberge Parpillon, qu'il existe une certaine analogie entre une folle bavarde et l'heure de notre mort.
Ces sept nouvelles ont un lien. Elles nous parlent de la mort et de la folie, de la fuite du temps, de la dernière heure. On peut deviner, dans L'Auberge Parpillon, qu'il existe une certaine analogie entre une folle bavarde et l'heure de notre mort.
Cet ouvrage comprend cinq nouvelles : La Dame de Murcie, Euphémisme, Aubade à la folle, Album de famille et Cour des miracles, dont le caractère insolite est au moins un trait commun. Toutes les histoires sont racontées à la première personne par un narrateur qui change d'âge, de pays et d'occupations, mais qui est toujours un artiste avec un oeil, une mémoire, une culture d'artiste. On songe à Mérimée, à Gérard de Nerval. Dans l'atelier où se passe l'aventure de La Dame de Murcie, on voit apparaître un être fantastique, mi-félin, mi-rapace, sorte de sphinge aux yeux d'or qui bouleversera le monde habituel de sa victime jusqu'à la pousser au crime. Dans Euphémisme, le narrateur a la passion des statues et parcourt les églises d'Espagne à la recherche de pièces rares. Une vieille coquette y trouve l'occasion de se survivre et lui cède une sainte Euphémine (c'est le nom d'une esclave donnée en présent à un soudard qui devint Empereur), qui établira solidement son pouvoir sur sa raison. Enfin, il détruira "l'idole". Plus tard, marié, père de famille, il s'efforce en vain d'oublier son passé. Dans Aubade à la folle, un ancien port, enrichi par la traite des nègres, est transformé en ville salubre et moderne par une municipalité progressiste. Quelques maisons pittoresques de jadis subsistent encore, dont celle d'une affreuse vieille négresse en haillons. Le narrateur et ses amis décident, par jeu, d'aller donner une aubade à la vieille et l'on voit apparaître un instant à la fenêtre une merveilleuse créature. Les garçons se précipitent à l'intérieur de la maison, mais n'y trouvent que la vieille au milieu de ses haillons. Album de famille se passe en Bretagne où le conteur va revoir son manoir d'enfance. Accueilli par une vieille nourrice - ce personnage de vieille est une constante de ces histoires -, il retrouve sa chambre d'enfant et rêve - mais rêve-t-il ? - qu'il participe dans le salon ressuscité à une réunion de famille qui se serait passée bien des années plus tôt. Enfin, dans la Cour des miracles, probablement dans une ville d'Italie, il est attiré par une jeune fille à la jupe brillante, qu'il poursuit à travers un enchevêtrement de rues, de places, de retraits et qu'il finit par perdre. Puis d'un recoin où il s'abrite de l'orage, il voit passer une sorte de grand corps enveloppé dans un froc à capuchon, qui lui cause une frayeur indicible. Mais rien n'arrive et il s'endort. Il refuse d'admettre qu'il a rêvé. Car les rêves sont bien différents, dit-il, de ces aventures-là et "n'ont rien de commun avec cette chasse inepte, constamment ranimée de promesse en déboire, de déboire en promesse..."
Cet ouvrage comprend cinq nouvelles : La Dame de Murcie, Euphémisme, Aubade à la folle, Album de famille et Cour des miracles, dont le caractère insolite est au moins un trait commun. Toutes les histoires sont racontées à la première personne par un narrateur qui change d'âge, de pays et d'occupations, mais qui est toujours un artiste avec un oeil, une mémoire, une culture d'artiste. On songe à Mérimée, à Gérard de Nerval. Dans l'atelier où se passe l'aventure de La Dame de Murcie, on voit apparaître un être fantastique, mi-félin, mi-rapace, sorte de sphinge aux yeux d'or qui bouleversera le monde habituel de sa victime jusqu'à la pousser au crime. Dans Euphémisme, le narrateur a la passion des statues et parcourt les églises d'Espagne à la recherche de pièces rares. Une vieille coquette y trouve l'occasion de se survivre et lui cède une sainte Euphémine (c'est le nom d'une esclave donnée en présent à un soudard qui devint Empereur), qui établira solidement son pouvoir sur sa raison. Enfin, il détruira "l'idole". Plus tard, marié, père de famille, il s'efforce en vain d'oublier son passé. Dans Aubade à la folle, un ancien port, enrichi par la traite des nègres, est transformé en ville salubre et moderne par une municipalité progressiste. Quelques maisons pittoresques de jadis subsistent encore, dont celle d'une affreuse vieille négresse en haillons. Le narrateur et ses amis décident, par jeu, d'aller donner une aubade à la vieille et l'on voit apparaître un instant à la fenêtre une merveilleuse créature. Les garçons se précipitent à l'intérieur de la maison, mais n'y trouvent que la vieille au milieu de ses haillons. Album de famille se passe en Bretagne où le conteur va revoir son manoir d'enfance. Accueilli par une vieille nourrice - ce personnage de vieille est une constante de ces histoires -, il retrouve sa chambre d'enfant et rêve - mais rêve-t-il ? - qu'il participe dans le salon ressuscité à une réunion de famille qui se serait passée bien des années plus tôt. Enfin, dans la Cour des miracles, probablement dans une ville d'Italie, il est attiré par une jeune fille à la jupe brillante, qu'il poursuit à travers un enchevêtrement de rues, de places, de retraits et qu'il finit par perdre. Puis d'un recoin où il s'abrite de l'orage, il voit passer une sorte de grand corps enveloppé dans un froc à capuchon, qui lui cause une frayeur indicible. Mais rien n'arrive et il s'endort. Il refuse d'admettre qu'il a rêvé. Car les rêves sont bien différents, dit-il, de ces aventures-là et "n'ont rien de commun avec cette chasse inepte, constamment ranimée de promesse en déboire, de déboire en promesse..."
"Complément indispensable d'un manuel d'instruction civique, nos exercices pratiques inciteront l'étudiant à corriger par l'expérience la rigidité des doctrines exposées dans le cours magistral, comme les idées des poètes sur le pouvoir et les institutions. Le maître y trouvera des thèmes de compétition fructueuse à proposer à ses élèves : "Affectez d'un coefficient de moralité (ou d'efficacité) chacun des États de fait ou de droit visités par notre voyageur imaginaire", ou mieux encore : "Auquel iraient vos préférences..." Il leur conseillera également de dessiner dans les marges, comme ils se les représentent, les petits personnages qui apparaissent et disparaissent au fil des pages." Noël Devaulx.
"Complément indispensable d'un manuel d'instruction civique, nos exercices pratiques inciteront l'étudiant à corriger par l'expérience la rigidité des doctrines exposées dans le cours magistral, comme les idées des poètes sur le pouvoir et les institutions. Le maître y trouvera des thèmes de compétition fructueuse à proposer à ses élèves : "Affectez d'un coefficient de moralité (ou d'efficacité) chacun des États de fait ou de droit visités par notre voyageur imaginaire", ou mieux encore : "Auquel iraient vos préférences..." Il leur conseillera également de dessiner dans les marges, comme ils se les représentent, les petits personnages qui apparaissent et disparaissent au fil des pages." Noël Devaulx.
Dans celte érie de conte entre autres : La Folie, Le souper chimérique, La Fête, Histoire de chasse et surtout Capricieuse Diane choisi pour titrer l'ouvrage , l'auteur du Pressoir mystique nous introduit dans le monde enchanté de ses rêves, de ses promenades ou de ses visions par l'intermédiaire de narrateurs qui sont tantôt peintres et tantôt écrivains. Ainsi nous entraîne-t-il à travers une succession d'atmosphères romantiques ou sulfureuses où son écriture fait merveille. Mais pour apporter à la matière de son ouvrage plus de légèreté et plus de mystère encore que d'habitude, Noël Devaulx y inclut six poèmes disposés çà et là, en équilibre lumineux au-dessus de l'ombre portée de sa prose.
Dans celte érie de conte entre autres : La Folie, Le souper chimérique, La Fête, Histoire de chasse et surtout Capricieuse Diane choisi pour titrer l'ouvrage , l'auteur du Pressoir mystique nous introduit dans le monde enchanté de ses rêves, de ses promenades ou de ses visions par l'intermédiaire de narrateurs qui sont tantôt peintres et tantôt écrivains. Ainsi nous entraîne-t-il à travers une succession d'atmosphères romantiques ou sulfureuses où son écriture fait merveille. Mais pour apporter à la matière de son ouvrage plus de légèreté et plus de mystère encore que d'habitude, Noël Devaulx y inclut six poèmes disposés çà et là, en équilibre lumineux au-dessus de l'ombre portée de sa prose.
'Vais-je résumer en trois lignes et successivement chacun des contes de ce recueil, et priver le lecteur d'autant de petites découvertes ? Certes non ! Je ne m'étendrai pas non plus sur les relations ambiguës que ledit auteur entretient avec ses personnages. Et pour le fond, je te renverrai, cher lecteur, à ces esprits aériens qui chantent parfois à mes oreilles quand je vais le nez au vent. Je les entends d'ici : "N'en crois surtout pas celui que tu appelles l'auteur, il te parlerait d'alchimie, de mystère... Or ces brèves imaginations, dont le genre est indécis : contes plutôt que nouvelles, poèmes en prose plutôt que contes, ont une origine inavouable. Ce sont les fruits - je les entends chuchoter, quelle horreur ! - ce sont, disent-ils, les fruits... de la paresse."' Noël Devaulx.
'Vais-je résumer en trois lignes et successivement chacun des contes de ce recueil, et priver le lecteur d'autant de petites découvertes ? Certes non ! Je ne m'étendrai pas non plus sur les relations ambiguës que ledit auteur entretient avec ses personnages. Et pour le fond, je te renverrai, cher lecteur, à ces esprits aériens qui chantent parfois à mes oreilles quand je vais le nez au vent. Je les entends d'ici : "N'en crois surtout pas celui que tu appelles l'auteur, il te parlerait d'alchimie, de mystère... Or ces brèves imaginations, dont le genre est indécis : contes plutôt que nouvelles, poèmes en prose plutôt que contes, ont une origine inavouable. Ce sont les fruits - je les entends chuchoter, quelle horreur ! - ce sont, disent-ils, les fruits... de la paresse."' Noël Devaulx.
"Avec ce vase, le livre s'ouvre sur un mystère qui restera à l'uvre sous des symboles aussi antagonistes que le piège diabolique où s'est empêtré Théophile, docteur Faust villageois, et le diamant exceptionnel qui révélera l'hypocrisie d'un moderne pharisien. Un premier guitariste provoque un commentaire en acte de l'une des plus désagréables malédictions évangéliques. Un second prétend renouveler un vieux mythe où se sont affrontées la Musique et la Mort. Tandis qu'un fantôme s'échappe d'une lettre de Lewis Carroll, le rêveur de la Petite musique de nuit recevra, avec des souvenirs cruels, la certitude qu'un amour de l'adolescence revit quelque part dans sa force et sa fraîcheur. Un squelette de chat nous introduit à une méditation sur la résurrection des corps. La Guerre, mystère non moins déconcertant, fait les frais d'un dîner de tête. Si les stratèges en balistique nous font dresser les cheveux, allons nous réfugier sur les toits de Rome où les personnages italiens d'Hoffmann se divertiront à nos dépens mais nous feront oublier, une nuit, les démons de l'épouvante, qui nous attendent dans la rue. Dans le vase de Gurgan, l'intérêt, d'abord fixé sur l'enveloppe, se concentre finalement sur le contenu qui demeure inaccessible. La valise, elle non plus, ne livrera son secret : ne contenait-elle que du vent, et le vase que de la bourre ? L'inquiétude provoquée, voire l'irritation du lecteur ainsi tenu en haleine sont-elles présomption suffisante pour affirmer que vase et valise contenaient un trésor ?" Noël Devaulx.
Sainte Barbegrise est la patronne du port où l'auteur a passé son enfance. Sainte Barbegrise n'est pas une sainte romantique, mais au moins elle est pittoresque. Un jour, un sombre jour du Moyen Âge, que de mauvais larrons voulaient abuser d'elle, le ciel, pour la protéger, fit croître à son menton une opulente barbe poivre et sel. Ce miracle valut la canonisation à sa bénéficiaire. Sous le regard bienveillant de sainte Barbegrise, vit joyeusement une famille charmante : la grand'mère, sorte de Voltaire chrétien, si l'on peut dire, qui interrompt le curé en chaire, l'oncle Jaune (orthographe phonétique) qui s'est fait bâtir un phare personnel au haut duquel il se livre à l'astrologie, la jeune Carmen qui se croit enceinte et, par magie, transmet sa grossesse à l'abbé Trouineau, lequel enfle mystérieusement, etc. Dans ce livre, plein de poésie et d'humour, qui sans cesse fait passer le lecteur du rire à l'admiration, Noël Devaulx s'affirme comme un des conteurs les plus brillants de sa génération.
Les maçons italiens sont venus jusque dans ce pays modifier le goût du terroir. Notre pierre, d'un gris rose qui s'harmonise si bien avec la terre rougeâtre et les châtaigneraies, est délaissée au profit de tyroliennes trop vives tirant sur le violet, génoises, balustrades de tuiles quinconcées, mieux encore, trompe l'oeil : fausses fenêtres, fausses pierres qui déparent désormais le village le plus écarté. De mon cabinet de travail, j'ai vue sur l'une de ces bâtisses à la place de laquelle un immense platane déployait naguère son éventail d'or." Noël Devaulx
"Chacun possède un nom secret pour désigner les jeunes filles. Celui-ci parlera d'étoiles, pour cet autre ce seront les douces. Je les appelle 'les fraîches' depuis l'adolescence, depuis que j'ai reconnu en moi cet inépuisable besoin de fraîcheur. J'aperçois une nuque ravissante, d'une blancheur de lait : je dis intérieurement 'une fraîche !' Cela sent un peu la terrasse de café, mais ce n'est, tout considéré, ni plus ni moins approprié que l'Etoile ou la Douce. On pourrait sans doute bâtir là-dessus une savante classification : ceux qui contemplent, ceux qui brûlent, ceux qui grincent... Mais ce n'est pas dans ce dessein que j'inaugure mon journal. Non, je vomis les carnets intimes et, comble d'ironie, je ressens soudain la nécessité pressante d'un confident. Et qu'ai-je à confier ? de quel faix oppressant faut-il hâter la délivrance ? D'avoir trouvé la seule, l'unique fraîche, la source même de toute fraîcheur..."
"Chacun possède un nom secret pour désigner les jeunes filles. Celui-ci parlera d'étoiles, pour cet autre ce seront les douces. Je les appelle 'les fraîches' depuis l'adolescence, depuis que j'ai reconnu en moi cet inépuisable besoin de fraîcheur. J'aperçois une nuque ravissante, d'une blancheur de lait : je dis intérieurement 'une fraîche !' Cela sent un peu la terrasse de café, mais ce n'est, tout considéré, ni plus ni moins approprié que l'Etoile ou la Douce. On pourrait sans doute bâtir là-dessus une savante classification : ceux qui contemplent, ceux qui brûlent, ceux qui grincent... Mais ce n'est pas dans ce dessein que j'inaugure mon journal. Non, je vomis les carnets intimes et, comble d'ironie, je ressens soudain la nécessité pressante d'un confident. Et qu'ai-je à confier ? de quel faix oppressant faut-il hâter la délivrance ? D'avoir trouvé la seule, l'unique fraîche, la source même de toute fraîcheur..."
Les quatorze contes composant ce recueil sont quatorze aspects de l'univers si particulier de Noël Devaulx, qui a su rester à l'écart de notre fin de siècle dont cependant les terribles réalités nourrissent certaines de ces fictions. L'auteur est un explorateur de l'inconscient, et l'inconscient jamais ne trahit la vérité. Aussi le lecteur, ébloui par l'écriture, est-il entraîné dans une série de pays imaginaires, de cités hallucinantes peuplés de monstres, d'automates, de personnages truculents, cocasses ou tout simplement ordinaires. Il plonge toujours plus avant à l'intérieur de ce qui n'est rien d'autre, en fait, que l'espace de nos propres obsessions de lumière et de liberté. Il s'y reconnaît, quel qu'il soit, où qu'il se trouve, attiré par le goût des voyages impossibles, des rencontres étranges, gagné par la magie d'un style.
Les quatorze contes composant ce recueil sont quatorze aspects de l'univers si particulier de Noël Devaulx, qui a su rester à l'écart de notre fin de siècle dont cependant les terribles réalités nourrissent certaines de ces fictions. L'auteur est un explorateur de l'inconscient, et l'inconscient jamais ne trahit la vérité. Aussi le lecteur, ébloui par l'écriture, est-il entraîné dans une série de pays imaginaires, de cités hallucinantes peuplés de monstres, d'automates, de personnages truculents, cocasses ou tout simplement ordinaires. Il plonge toujours plus avant à l'intérieur de ce qui n'est rien d'autre, en fait, que l'espace de nos propres obsessions de lumière et de liberté. Il s'y reconnaît, quel qu'il soit, où qu'il se trouve, attiré par le goût des voyages impossibles, des rencontres étranges, gagné par la magie d'un style.
Ce recueil de onze nouvelles complète l'oeuvre déjà riche d'un des rares écrivains d'aujourd'hui qui ait puisé son inspiration dans le fantastique. Le livre est construit à la manière d'un château du Moyen Âge : trois récits longs et circonstanciés se dressent comme trois tours occultes, dominant de leur ombre huit contes brefs qui donnent à l'ensemble son rythme de base. Le narrateur détient un singulier pouvoir, celui de décoller avec une étonnante subtilité de la réalité la plus quotidienne pour se glisser sans la moindre secousse dans le domaine de l'impossible obsessionnel. À sa suite, le lecteur circule dans un dédale de galeries et de cachots. Il assiste à d'étranges cérémonies funéraires ou à d'inquiétants procès. Il rencontre des hommes dangereux et des femmes maléfiques. Il fait la connaissance entre autres de ce 'lézard d'immortalité' à la carapace tout incrustée d'émeraudes qui se fera dévorer par un perroquet royal. Prix de la Nouvelle de l'Académie française 1977
Ce recueil de onze nouvelles complète l'oeuvre déjà riche d'un des rares écrivains d'aujourd'hui qui ait puisé son inspiration dans le fantastique. Le livre est construit à la manière d'un château du Moyen Âge : trois récits longs et circonstanciés se dressent comme trois tours occultes, dominant de leur ombre huit contes brefs qui donnent à l'ensemble son rythme de base. Le narrateur détient un singulier pouvoir, celui de décoller avec une étonnante subtilité de la réalité la plus quotidienne pour se glisser sans la moindre secousse dans le domaine de l'impossible obsessionnel. À sa suite, le lecteur circule dans un dédale de galeries et de cachots. Il assiste à d'étranges cérémonies funéraires ou à d'inquiétants procès. Il rencontre des hommes dangereux et des femmes maléfiques. Il fait la connaissance entre autres de ce 'lézard d'immortalité' à la carapace tout incrustée d'émeraudes qui se fera dévorer par un perroquet royal. Prix de la Nouvelle de l'Académie française 1977
L'hôtel d'Anamorphose, naguère somptueux, niché dans la montagne, offre toujours une vue admirable sur l'Adriatique. Mais le voyageur, qui a conservé le souvenir d'un luxe raffiné et d'une brillante compagnie, ne trouvera que les témoignages d'un lent délabrement dans une maison désertée. Désertée ? - pas tout à fait, sinon il n'y aurait pas d'histoire. Cet hôtel où il faut se méfier des miroirs n'est qu'un exemple parmi tant d'autres d'un art raffiné où se marient le rêve et le fantastique, où de subtils glissements nous font passer de l'enchantement à l'angoisse. Ainsi, dans Hodie..., l'agitation d'une gigantesque opération de police empêche presque de voir, dans un coin du tableau, une nativité, la crèche. On pense à Pieter Bruegel le Vieux et à son tableau Le dénombrement de Bethléem. Le foisonnement des personnages ne figure-t-il pas notre conscience dispersée, alors que passe sur son âne la promesse du salut? Cependant, avant d'être oeuvre de pensée, la composition de Bruegel n'est-elle pas d'abord oeuvre à voir ? Autant de clés que de regards. Tout manuscrit est inachevé, puisqu'il invite le lecteur à jouer à son tour, puisqu'il éveille en chacun des prolongements infinis.
L'hôtel d'Anamorphose, naguère somptueux, niché dans la montagne, offre toujours une vue admirable sur l'Adriatique. Mais le voyageur, qui a conservé le souvenir d'un luxe raffiné et d'une brillante compagnie, ne trouvera que les témoignages d'un lent délabrement dans une maison désertée. Désertée ? - pas tout à fait, sinon il n'y aurait pas d'histoire. Cet hôtel où il faut se méfier des miroirs n'est qu'un exemple parmi tant d'autres d'un art raffiné où se marient le rêve et le fantastique, où de subtils glissements nous font passer de l'enchantement à l'angoisse. Ainsi, dans Hodie..., l'agitation d'une gigantesque opération de police empêche presque de voir, dans un coin du tableau, une nativité, la crèche. On pense à Pieter Bruegel le Vieux et à son tableau Le dénombrement de Bethléem. Le foisonnement des personnages ne figure-t-il pas notre conscience dispersée, alors que passe sur son âne la promesse du salut? Cependant, avant d'être oeuvre de pensée, la composition de Bruegel n'est-elle pas d'abord oeuvre à voir ? Autant de clés que de regards. Tout manuscrit est inachevé, puisqu'il invite le lecteur à jouer à son tour, puisqu'il éveille en chacun des prolongements infinis.