Nicolas Poirier
Nicolas Poirier
Critique, essayiste, romancière et cinéaste, Susan Sontag (1933-2004) a toujours pensé d'une manière ouverte et polémique. Empruntant diverses formes, son oeuvre doit se lire comme une tentative pour relire de manière radicale les rapports que le sujet entretient avec le monde à travers les images et les mots. De ses premiers textes critiques jusqu'à son dernier essai Devant la douleur des autres, en passant par sa réflexion sur la photographie ou sur la maladie, ses écrits expriment la tension entre notre désir d'atteindre le réel dans son immédiateté et la conscience des pouvoirs de l'art pour nous donner à comprendre ce que nous sommes. À la fois plongée dans les aspects théoriques de l'oeuvre de Sontag et exploration de sa dimension intime, cet ouvrage nous montre ce qui, dans cette expérience singulièrement moderne, peut nous servir à nous orienter politiquement et esthétiquement dans l'existence.
Cette introduction à la pensée et l'oeuvre de Claude Lefort (1924-2010) met en lumière la réflexion particulièrement novatrice du philosophe sur la démocratie, nourrie de l'expérience du totalitarisme, notamment sous sa forme stalinienne.Après être revenu sur l'engagement militant de Lefort au sein du groupe Socialisme ou Barbarie et sur les raisons qui l'ont conduit à s'éloigner du projet révolutionnaire, cet ouvrage montre ce que doit sa pensée à la réflexion philosophique développée par le philosophe Maurice Merleau-Ponty, particulièrement sur les questions de société, de politique et d'histoire. Il fait aussi ressortir l'immense travail de réinterprétation de Machiavel accompli par Lefort, qui a débouché sur une théorisation de la démocratie en tant que régime capable de faire vivre la conflictualité inhérente au politique. Il explique enfin comment Lefort a approfondi sa réflexion sur la démocratie à partir de Tocqueville notamment, et cherché à redonner un contenu politique à l'idée des droits de l'homme.
Romancier, dramaturge, anthropologue, essayiste et moraliste, prix Nobel de littérature en 1981, Elias Canetti est un écrivain inclassable, rétif aux dogmes comme aux idéologies, qui a tout fait pour ne pas s'ériger en maître. Hostile aux systèmes de pensée à vocation totalisante, la pensée de Canetti peut sembler, à première vue, assez déroutante, tant il est difficile d'en identifier la forme unitaire qui lui confère d'emblée sa signification. Pourtant, si ses motifs sont indéniablement pluriels, l'oeuvre de Canetti n'en reste pas moins portée par le souci de donner tout son sens à la possibilité pour les hommes de résister, en se jouant notamment des identités figées, à un pouvoir ayant besoin d'infliger la mort pour s'exercer. Le livre de Nicolas Poirier privilégie l'aspect plus directement politique de l'oeuvre de Canetti : à partir principalement de l'anthropologie de la culture élaborée par Canetti dans Masse et puissance, son unique ouvrage théorique, il se donne pour objet de faire ressortir les thématiques et problématiques saillantes de la réflexion menée par Canetti concernant notamment le pouvoir et son lien avec la mort, mais aussi plus largement la capacité humaine de faire communauté sans succomber aux pathologies qui enferment l'homme dans une identité qu'il prétend exclusive.