Nicolas Mariot
Nicolas Mariot
Germaine Tillon, Jean-Paul Sartre, Marc Bloch, Charlotte Delbo, Bruno Bettelheim ou Roland Barthes : voici quelques-uns des intellectuels que l'on croisera dans ce livre. Ils ont en commun d'avoir éprouvé, plus ou moins longtemps et durement, des moments où ils ont été empêchés de lire, d'écrire, d'enseigner, de peindre, etc. Tous ont témoigné de ces épisodes de mise à l'épreuve dont parfois on ne se remet jamais. Certains ont été internés en prison ou en camp. D'autres ont connu l'enfermement du sanatorium. D'autres encore ont choisi de rompre avec le monde intellectuel en s'établissant en usine ou en partant vers un ailleurs lointain. L'ouvrage prend ces situations d'empêchement, subies ou choisies, comme autant de terrains d'enquête : que disent-elles de la condition intellectuelle ? Que mobilisent ces hommes et femmes pour faire face aux privations dont ils et elles sont l'objet ? Leurs réactions nous révèlent combien la condition intellectuelle ordinaire tient à des apprentissages lettrés, mais aussi à des équipements matériels (le bureau, le livre), à des publics (les lecteurs, les élèves) et à des solidarités (les pairs), autrement dit à des mondes qui soutiennent l'identité. Au fond, ce que nous donnent à voir ces récits de captivité, ces carnets de guerre ou ces correspondances d'exil, ce sont les tentatives pour reconstruire ces mondes. Dans l'épreuve et malgré elle.
Takuto Ira, roi de la nation maléfique de Mynoghra, a perdu la puissante héroïne Isla dans la guerre contre les envahisseurs venus d'un JRPG. Bien décidé à la ressusciter, il vise désormais la difficile " victoire d'élévation ", enhardi par de nouvelles armes, de nouvelles installations, une nouvelle ville et un nouveau peuple. Pendant ce temps, dans le Royaume Sacré de Qualia, la Sorcière Elakino et la Sainte Soalina préparent leur attaque contre ce qu'elles savent être le terrible danger qui se cache dans le territoire maudit... le Roi de la Ruine.
" Je soussigné(e) certifie que mon déplacement est lié au motif suivant... " Chacun d'entre nous se souvient de ces auto-attestations à remplir comme du confinement qui les accompagnait. Cet ouvrage a pour ambition de revenir sur ce moment littéralement extra-ordinaire au regard des questions qu'il a soulevées en matière de suspension des libertés et d'obéissance collective. Du printemps 2020, chacun d'entre nous garde le souvenir des attestations à remplir, des limites qu'elles imposaient et des vérifications policières qu'elles autorisaient. Pourtant, rares sont les bilans consacrés à ce versant coercitif de l'enfermement national. C'est tout l'enjeu de cette enquête. Pendant 55 jours, les forces de l'ordre firent le vide sur l'ensemble du territoire, y compris dans les espaces naturels que survolaient des drones et des hélicoptères. Assistées par d'improbables auxiliaires et de nombreuses délations, elles procédèrent à 21 millions de contrôles et infligèrent 1,1 million d'amendes. Cette situation où tout le monde, aisé ou pauvre, habitué à donner des ordres ou à en recevoir, était soumis aux mêmes interdits et aux mêmes vérifications, apparaît historiquement singulière. Elle offre l'opportunité d'étudier grandeur nature la production du conformisme (qu'est-ce qu'obéir à l'État ?) et son ancrage social. De la claustration totale au refus des règles, cet ouvrage suit les lignes de conduite qu'empruntèrent les confinés, soumis à une surveillance massive dont on trouvait alors, en Europe et dans le monde, bien peu d'équivalents.
Mobilisé en août 1914, Robert Hertz a entretenu avec sa femme Alice une correspondance quotidienne où se lit la flamme d'un engagement sans limites. Pour se hisser à la hauteur de son idéal patriotique, Robert se porte volontaire afin de quitter sa première affectation, éloignée des combats, et rejoindre le front, où il trouve la mort quelques semaines plus tard. La guerre de ce jeune sociologue - l'élève préféré de Durkheim - n'aura duré que huit mois. Les pages de ce livre constituent une longue promenade à travers la forêt de mots fébrilement jetés sur le papier par Robert et Alice Hertz. Elles donnent à lire le pas de deux d'un sacrifice, la fabrique épistolaire d'un martyre. " Aimée, ne crois pas que je gémis et que je doute. J'irai jusqu'au bout, si long que soit le chemin ", écrit Robert fin octobre 1914. Un mois avant d'être tué encore, le serment est répété : " Nous avons fait voeu d'aller jusqu'au bout. Ce sera encore très long, très dur. " La correspondance creuse un tourbillon de " si je ne reviens pas... " Cette radicalisation intime est le coeur même du livre : il s'agit de tenter de comprendre pourquoi, à chaque fois qu'il reçoit une mise en garde, Robert passe outre et choisit de franchir un pas supplémentaire dans l'engagement sans retour. Il s'agit de prendre à bras-le-corps ce que veut dire " mourir pour des idées ". N. M. Sociologue et historien, Nicolas Mariot est directeur de recherches au CNRS. Il a notamment publié Tous unis dans la tranchée ? 1914-1918, les intellectuels rencontrent le peuple (Seuil, 2013 et " Points Histoire, 2017 ; prix Lucien Febvre 2014) et, avec Claire Zalc, Face à la persécution. 991 Juifs dans la guerre (Odile Jacob, 2010).
Durant ces dernières décennies, le Rwanda, la République démocratique du Congo et la Syrie ont été les terrains de situations de violences extrêmes. En tant que témoins, les auteurs de ce livre nous éclairent sur trois moments-clés qui jalonnent ces épisodes tragiques : l'enquête, le secours et la mise en place des procédures de justice menant au jugement. Tous ont été enquêteurs, de diverses façons. Les chercheurs et chercheuses en sciences sociales apportent leurs éclairages par le biais d'investigations, d'analyses et de publications, s'engageant dans les controverses qui surgissent parfois, notamment sur la situation au Rwanda : quelles furent et sont encore aujourd'hui les manières d'enquêter sur le génocide des Tutsis ? Les praticiens humanitaires décrivent les opérations de secours, le travail quotidien au milieu des scènes de violence et la création de réseaux de soutien, tout en se faisant les porte-parole de celles et ceux qui vivent au milieu des destructions. Le livre donne également la parole à une journaliste dont les enquêtes portant sur le Kivu (dans l'Est de la République démocratique du Congo) interrogent non seulement le traitement médiatique de ce terrain, mais aussi les alliances indispensables aux journalistes pour avoir accès à ces espaces en guerre. Ces points de vue multiples s'appuient sur des sources nombreuses. Les sources judiciaires, quant à elles, permettent de restituer l'attitude des auteurs de violences en donnant accès à leurs discours, et proposent un état quantitatif des poursuites engagées contre eux. Cet ouvrage, fruit d'un long travail de terrain, apporte des éclairages et des interrogations nécessaires à la réflexion sur les espaces et les acteurs liés aux violences extrêmes.
Guillaume Apollinaire, Henri Barbusse, Marc Bloch, Maurice Genevoix, Georges Duhamel ou Léon Werth : les intellectuels combattants ont laissé à la postérité des textes où la guerre est superbement décrite et analysée. Nicolas Mariot relit les carnets, correspondances et autres témoignages abondamment cités par les historiens non comme des illustrations exemplaires de l'Union sacrée mais au contraire pour y repérer les très nombreux décalages entre leur expérience de la Grande Guerre et celle de la grande majorité des combattants. L'auteur, sociologue et historien, traque dans ces écrits toutes les mentions, jusqu'aux plus infimes et apparemment anodines, qui racontent l'état des rapports sociaux dans les tranchées. Ce sont elles qui composent l'essentiel de la matière de ce livre. En témoignant du monde des tranchées, et de l'épreuve de la boue ou des bombardements, ces intellectuels livrent un témoignage sur leur découverte des classes populaires, leurs perceptions des soldats côtoyés, qu'il s'agisse de " camarades " ou de " leurs hommes ", et donc sur les écarts et les différences sociales à la fois maintenues et déplacées durant le conflit. Nicolas Mariot est chercheur au CNRS (Centre Universitaire de recherche sur l'action Ppblication et le politique, Amiens). Il a notamment publié avec Claire Zalc, Face à la persécution. 991 Juifs dans la guerre (Odile Jacob, 2010).
Guerres totales, massacres à grande échelle, génocides : les violences de masse constituent l'un des principaux legs du XXe siècle. Depuis trois décennies au moins, elles font l'objet d'un intérêt scientifique renouvelé. Le défi qu'elles posent aux chercheurs et à chacun de nous peut être résumé ainsi : comment expliquer que des personnes en apparence "ordinaires" prennent part à de tels épisodes ? Appuyée sur une douzaine d'études de cas allant de la Première Guerre mondiale au génocide des Tutsi au Rwanda, cette enquête s'intéresse aux réponses qu'historiens, sociologues ou psychologues ont apportées à la question. De quelle manière formulent-ils le problème ? Quels matériaux empiriques et quelles méthodes mobilisent-ils ? Qu'est-ce qui fait l'objet de débats ou de controverses ? Chacun des chapitres est consacré à l'examen d'une énigme concrète : pourquoi certains exécuteurs ajoutent-ils la cruauté aux meurtres ? Ou pourquoi d'autres tuent bien qu'ils reconnaissent l'humanité de leurs victimes ? Considérées ensemble, ces études dressent un bilan critique des recherches pour comprendre comment les sociétés humaines basculent dans la violence la plus extrême.
Au printemps 2020, les autorités ont imposé, en France comme dans d'autres pays, un confinement de la population pour lutter contre la pandémie de Covid-19. L'épisode a bouleversé nos habitudes, nos liens à autrui, nos rapports aux autorités aussi. Il a touché en même temps, le fait est assez rare pour être souligné, tous les milieux et territoires de notre société. Comment avons-nous expérimenté ces nouvelles règles de vie ? Comment avons-nous fait face aux épreuves qu'elles nous ont imposées ? Que peut-on dire des conséquences sociales de cet événement hors norme ? Ce livre propose des réponses à partir d'une enquête réalisée au coeur même de l'événement. Durant quatre semaines, plus de 16 000 personnes ont accepté de répondre à un long questionnaire, et pour près de 4 000 d'entre elles, de raconter avec leurs mots les manières dont elles ont vécu et ressenti ce temps suspendu. Ce sont leurs cadres de vie et leurs conditions de travail, leurs réactions et leurs sentiments qui constituent la chair de ce livre.
Quels sont les liens ordinaires des Français à la politique ? Les études réunies dans ce volume reprennent cette question classique en montrant tout à la fois ce que la politique signifie dans les situations routinières et quotidiennes des citoyens, en quoi les rapports au politique sont inscrits dans des trajectoires biographiques autant individuelles que collectives, et finalement ce qu'est le « cours ordinaire » de nos sociétés démocratiques. L'analyse de ces rapports profanes au politique est conduite à partir de terrains très variés, depuis les lieux d'habitation ou de travail jusqu'aux rares situations de contact avec les élus, en passant par la reconstitution détaillée du lien qu'un seul individu entretient avec la politique le temps d'une campagne présidentielle.