Nathalie Clayer
Nathalie Clayer
L'État-nation a nationalisé les historiographies. La construction étatique doit-elle pour autant être rejetée en tant qu'objet d'étude ? Non, bien sûr, mais il faut assurément l'aborder autrement. C'est ce que suggère déjà une nouvelle historiographie qui, avec le développement de l'histoire globale, s'attache à élargir la focale. Dans cet ouvrage, il s'agit aussi de prendre l'État-nation au sérieux, de l'appréhender comme un espace de sens, de circulations, de contraintes et de possibilités, qui se construit et se remodèle dans le temps, en interaction avec d'autres espaces sociaux et selon des temporalités multiples.
L'Europe du Sud-Est, qui s'étend de la Croatie à la Grèce et de l'Albanie à la Bulgarie, compte environ huit millions d'habitants de culture musulmane. Albanais, Bosniaques, Turcs, Roms, ils sont les descendants de populations converties à l'islam ou installées là pendant la période ottomane. Dans cet ouvrage sont présentées les transformations sociales, politiques et religieuses rencontrées par ces populations aux XIXe et XXe siècles, période marquée par la disparition des Empires ottoman, austro-hongrois et russe, et par la formation des différents États balkaniques. Sur le plan politique, les musulmans de l'Europe du Sud-Est ont connu une lente et complexe cristallisation de leurs identités nationales respectives. Celle-ci s'est accélérée après 1945 sous les effets de la modernisation communiste et a débouché à la fin du XXe siècle sur des mobilisations nationalistes symbolisées par l'indépendance de la Bosnie-Herzégovine et du Kosovo, dans le cadre de l
Les Balkans seraient-ils condamnés à n'être qu'une " poudrière " ? Seraient-ils marqués par un morcellement territorial inévitable et par une succession de " crises " et de " retards " ? Leurs sociétés ne seraient-elles régies que par des logiques nationales et ethniques ? Cette région ne constituerait-elle qu'une périphérie, dépendante d'un Occident supposé moteur du changement ?Ce livre invite à porter un tout autre regard sur l'Europe du Sud-Est, qui apparaît comme un territoire aux frontières mouvantes, façonné par des processus socio-politiques complexes, ainsi que par de multiples circulations. Son histoire s'est construite au croisement d'empires et de mouvements politiques de diverses natures, jusqu'aux expériences du socialisme et du post-socialisme.Organisé autour de grandes thématiques -; langues, agriculture, villes, genre, action collective, religion, guerre, littérature, mémoire... -;, cet ouvrage offre une synthèse renouvelée des acquis les plus récents de la recherche internationale, à travers une pluralité d'approches.En éclairant les Balkans, ce livre aide à mieux comprendre le monde contemporain. Le brouillage des frontières entre démocratie et autoritarisme, les migrations, les enjeux environnementaux ou encore les transformations des sociétés qui s'y jouent sont autant de dynamiques globales qui traversent l'ensemble des sociétés européennes, et bien au-delà.Un livre de référence.
A l'heure où la "question albanaise" et le statut du Kosovo demeurent d'actualité, mais aussi où les rapports entre islam et Europe sont débattus au sujet de l'adhésion éventuelle de la Turquie à l'Union européenne, il n'est pas inutile de revenir sur la formation de la nation albanaise, la seule nation majoritairement musulmane qui ait acquis un Etat sur le vieux continent au moment de la première vague de formation d'Etats-nations. Ce livre a pour but de montrer comment l'albanisme, c'est-à-dire l'affirmation d'une identité albanaise au sens moderne, s'est développé, en lien avec les transformations sociales et politiques de la société provinciale ottomane.