Michel Mardore
Michel Mardore
Ce récit inspiré du chef-d'oeuvre du Marquis de Sade, Eugénie de Franval, reste fidèle aux données de son modèle. Michel Mardore décrit Franval comme un homme riche, corrompu, marié à une femme pieuse et pure et soutenue par une famille puissante et bien pensante contre laquelle il est en révolte ouverte. Cruel envers sa femme qu'il n'aime plus, désireux d'afficher de façon éclatante et de mettre en pratique ses théories sur le droit des êtres à suivre leurs impulsions sans subir les contraintes imposées par la morale et la religion, il a élevé sa fille, Eugénie, à sa façon et l'a littéralement enlevée à sa mère. Endoctrinée, flattée par ce père séduisant, Eugénie s'est prise pour lui d'une réelle passion. Elle a fait ses études dans un couvent, où toutes les élèves font leur première communion. Pour corrompue que soit son âme à l'époque de cette cérémonie, elle s'y prête de bonne grâce comme ses compagnes. On fête cet événement en famille avec toute la solennité voulue. Franval commence en ce grand jour des relations incestueuses avec sa fille, comme s'il avait attendu qu'un terme fut mis à son enfance pour entamer une ère nouvelle d'érotisme. Il pousse ensuite son meilleur ami à devenir l'amant de sa femme et le tue dans un accident d'automobile simulé que l'on attribuera aux terroristes. Craignant d'être inquiété pour ses opinions, Franval s'est réfugié en Espagne avec sa femme et sa fille. Il se rapproche de sa femme. Eugénie, folle de jalousie, ne peut supporter ce retour d'intimité conjugale et empoisonne sa mère. Mais, le crime accompli, la jeune fille n'en peut supporter l'horreur et se tue à son tour. L'originalité de ce récit est dans sa forme : ni roman, ni pièce de théâtre, mais plutôt imitation de scénario de film parsemé de dialogues et de descriptions.
Avant de devenir un film, interprété par Horst Bucholz et Muriel Catala, Le sauveur était un récit, que Michel Mardore avait jalousement conservé inédit. Ce texte est le reflet exact du film, dialogue compris, et sa forme littéraire aide à éclaircir certaines énigmes du scénario. Le sauveur s'intègre à un triptyque, où se retrouve le goût de Mardore pour les situations extraordinaires, les rebondissements imprévus, le mystère, la poésie de l'amour et de la violence, bref tout un « romanesque », un plaisir de la lecture, dont nous prive trop souvent la littérature contemporaine. « Mon idéal serait de raconter ce que plus personne n'ose écrire, dit Michel Mardore, et ensuite de filmer ce que personne n'ose montrer. »
Quand ce récit commence, on a constaté depuis quelque temps une inexplicable épidémie de suicides chez les enfants. Un phénomène assez inquiétant. pour que la Télévision décide de s'y intéresser et de charger le narrateur, jeune cinéaste, de réaliser un film sur le sujet, à partir d'un cas précis, celui de Jocelyne, une enfant de onze ans, qui s'est couchée posément sur les rails d'un chemin de fer après avoir distribué ses affaires à ses camarades. Aidé de son équipe, le réalisateur filme l'enquête. Il interroge la mère de Jocelyne, ses professeurs, ses amis : le mystère reste entier. Même le visage de l'enfant se dérobe. Impossible de retrouver la moindre photographie récente. Déçu et secrètement fasciné, le cinéaste se résigne à ce que son émission soit le portrait d'une absence... Jusqu'au jour où il lui semble très nettement apercevoir le visage de Jocelyne au cours d'un visionnage de son film. Est-ce une hallucination, un simple effluve de la pellicule, un mystère de plus ? En tout cas, l'image de Jocelyne prend peu à peu dans sa vie une importance si obsédante qu'elle va la boule verser tout à fait.