Mark Mazower
Mark Mazower
Les sentiments et les actes antijuifs traversent la culture occidentale depuis des siècles. Le mot " antisémitisme " en revanche, que l'historien Mark Mazower place au coeur de sa réflexion, est beaucoup plus récent. Il n'apparaît qu'à la fin du XIXe siècle dans une Europe alors agitée par la triple question nationale, sociale et démocratique. L'antisémitisme, réaction essentiellement politique au mouvement d'émancipation des Juifs d'Europe, est la face cachée de la modernité occidentale. À travers un ennemi imaginaire, les mouvements qui s'en revendiquent, depuis les antidreyfusards français jusqu'aux nazis allemands, cherchent à saper le principe d'égalité juridique entre les citoyens.Mais le terme entre dans une zone de turbulence après la Shoah et la création d'un État juif en Palestine. Alors que dans les sociétés occidentales la haine antijuive régresse ou se dissimule, les regards se tournent vers les sociétés musulmanes, décrites par certains comme le foyer d'un " nouvel antisémitisme ". Une grille de lecture trompeuse, explique ce livre brillamment documenté, parce qu'elle fait fi de la recomposition du monde juif, dont le centre de gravité a quitté l'Europe après la Seconde Guerre mondiale, et parce qu'elle repose sur une définition fallacieuse de l'antisémitisme qui étouffe en contrebande toute critique d'Israël. Un dangereux retournement de sens s'est ainsi opéré, qui a fractionné ce qui devrait pourtant être un combat commun : la lutte contre l'antisémitisme et pour les droits des Palestiniens.
Le continent des ténèbres Mark Mazower s’emploie à démythifier l’idée trop agréable, et qui n’est pas sans danger, selon laquelle l’Europe est le continent par excellence de la démocratie, des valeurs de paix et de coopération, d’une diplomatie transparente et multilatérale. Dans l’histoire du xxe siècle européen, il met en lumière la fragilité de l’adhésion des populations européennes et de leurs leaders à la démocratie, tant dans l’entre-deux-guerres que pendant la guerre froide et après. Il nous rappelle nombre d’horreurs propres à l’Europe que nous nous plaisons souvent à oublier. Et il nous offre une histoire qui saisit le continent dans son entier, puisant ses exemples tant en Hongrie ou au Danemark qu’en Allemagne ou en France, et qui déploie devant nous les grands événements politiques et l’évolution des sociétés depuis la fin de la Première Guerre mondiale. Mark Mazower Historien, professeur à l’université Columbia à New York, il a publié, entre autres, Dans la Grèce d’Hitler (1941-1944) (Les Belles Lettres, 2002 ; rééd. « Tempus », 2012). Traduit de l’anglais (États-Unis) par Rachel Bouyssou
L'historien Mark Mazower éclaire les tragédies et les luttes du XXe siècle au miroir des engagements et des rêves d'une famille juive marquée par l'exil - la sienne. C'est au fil de discussions avec son père, fils d'émigrés russes installés à Londres au tournant du XXe siècle afin d'échapper à la guerre civile et à la terreur, que l'historien entrevoit le passé complexe de sa famille, au-delà de la vie apparemment sans histoire de ses parents. Au centre de son récit, on trouve le personnage de Max, son grand-père, homme taciturne qui cache sous son air guindé et ses silences un passé d'agitateur révolutionnaire dans la Russie tsariste, qui lui valut exil forcé, emprisonnement, déportation en Sibérie... Lui et sa femme, Frouma Toumarkine, dont l'histoire familiale eut également son lot de drames, trouvèrent au coeur de la capitale britannique un port d'attache où construire pour leurs enfants une nouvelle vie, loin des malheurs traversés. Retraçant la trajectoire des lignées Mazower et Toumarkine à partir de la fin du XIXe siècle - ce qui donne lieu à une série de portraits de personnages hauts en couleur -, Mark Mazower fait revivre un monde révolutionnaire à la fois socialiste, humaniste et internationaliste. On y croise la route de Lénine, d'Emma Goldman et de Litvinov, en naviguant de Moscou à la Sibérie, de Vilnius à Stalingrad, Londres et Paris. Ceux qu'on a parfois appelés les « perdants de l'histoire » ont souvent plus à nous apprendre que les « vainqueurs ».Traduit de l'anglais par Alexandre Pateau« Mark Mazower est un grand historien et un écrivain subtil. »Orhan Pamuk, prix Nobel de littératureMark Mazower enseigne à Columbia University à New York. Spécialiste de l'histoire de la Grèce et des États des Balkans à l'époque moderne aussi bien que de l'histoire de l'occupation allemande en Europe et des idéologies au xxe siècle, il compte parmi les historiens les plus renommés de l'Europe au XXe siècle. Il est notamment l'auteur de Dans la Grèce d'Hitler (Belles Lettres, 2002 ; « Tempus », 2012) et du Continent des ténèbres. Une histoire de l'Europe au xxe siècle (Complexe, 2005 ; « Points Histoire » 2021).