Joseph Pérez
Joseph Pérez
Plongez dans Esprit créole et conscience nationale (1), une analyse passionnante de la formation des identités en Amérique latine. Découvrez comment diversité culturelle et unité continentale s’entremêlent pour façonner des nations uniques.
Peu de régions auront autant que l'Andalousie sollicité l'imagination et le rêve. Peut-être même est-elle la région d'Europe où les vérités et les légendes ont fait le plus de ravages dans les esprits parfois les plus éminents. On a fini par attribuer à toute l'Espagne certains de ses traits : les patios, le fl amenco, Carmen, les gitans, les courses de taureaux, l'architecture hispano-mauresque, la fi ction d'un lieu où chrétiens, juifs et musulmans auraient vécu en harmonie au Moyen Âge... Paré des charmes exotiques d'un Orient lui aussi fabriqué, ce pays attachant, étranger à l'Europe et quasi africain, est une invention, l'envers de la « légende noire » de l'Espagne, des écrivains romantiques français et anglais, ce qui n'a pas empêché le national-catholicisme franquiste, avec son rejet des Lumières et du monde moderne, d'entretenir à sa façon ce même cliché d'un paradis perdu. Aujourd'hui encore, la nostalgie d'une Andalousie supposée « communautariste » ne manque pas de rencontrer quelques échos. L'histoire réelle, elle, nous raconte que les délimitations ne remontent pas au-delà du XIXe siècle et qu'il est difficile de soutenir que l'Andalousie ait jamais connu l'unité. Le passé s'y articule autour de trois pôles, Grenade, Cordoue et Séville (mais pas Cadix, ville moderne qui se prête mal à l'exotisme...), aux destins bien différenciés. Quant à faire de la conversion/expulsion des juifs et plus tard des morisques l'épisode le plus signifi catif de la politique intolérante de la monarchie espagnole, c'est commettre un anachronisme que la recherche historique la plus récente a mis en évidence.
Justifiées ou non, les mauvaises réputations ont la vie dure, et il est vrai qu'en se bornant à l'exposé des événements bruts, l'Espagne mérite plus que tout autre pays l'opprobre de l'Histoire et la sévérité des historiens : expulsion des Juifs en 1492 (les Français avaient fait la même chose deux siècles plus tôt) ; répression du protestantisme (où donc la Saint-Barthélemy a-t-elle eu lieu ?) ; répression politique dans les Pays-Bas (les Irlandais ont-ils connu un sort meilleur ?) ; morts troublantes dans la famille royale (Henri VIII, Elisabeth Ire, les rois Valois sont-ils irréprochables de ce côté-là ?) ; aspiration à la domination universelle (ce qui n'a jamais, on le sait bien, intéressé ni la France ni l'Angleterre) ; édification par l'épée d'un empire colonial (ni le Portugal voisin, ni la France et l'Angleterre encore, ni même les Provinces-Unies n'ont jamais eu de Compagnie des Indes ni fait le trafic de bois d'ébène), etc. La vérité toute nue, c'est que la réputation de l'Espagne, sa « légende noire » ont été forgées par la propagande de guerre imaginée de génération en génération depuis le règne de Charles Quint par ses ennemis. Et comme lesdits ennemis ont eu le dessus, les élites espagnoles elles-mêmes se sont laissé inculquer une véritable haine de soi aujourd'hui encore totalement intériorisée ou presque. L'une des preuves de cet état des lieux « historiquement correct » est sans doute que ce soit un historien français, Joseph Pérez, qui doive redresser les erreurs de perspective : l'Espagne ne fut ni pire ni meilleure que les autres puissances européennes. Joseph Pérez, directeur de la Casa de Velázquez de Madrid de 1989 à 1996, professeur émérite de civilisation de l'Espagne et de l'Amérique latine à l'université de Bordeaux-III, est l'auteur de nombreux ouvrages, en particulier Histoire de l'Espagne ; Isabelle et Ferdinand. Rois Catholiques d'Espagne ; L'Espagne de Philippe II ; Brève histoire de l'Inquisition en Espagne ; Thérèse d'Avila, tous publiés chez Fayard.
Plus qu'une nouvelle biographie de cette femme hors du commun, ce livre la replace dans l'Espagne de son temps. Thérèse se faisait une haute idée d'elle-même ; elle refusait la médiocrité ; selon elle, l'ambition de faire de grandes choses n'était pas incompatible avec la vertu d'humilité. Issue d'une famille désargentée (pour partie juive), elle aurait pu se marier ; elle a préféré entrer au couvent. Ce choix douloureux - elle a failli en mourir et a définitivement perdu la santé -, elle entend l'assumer dans toute sa rigueur : elle se « déchausse », obtient des autorités la permission de réformer le Carmel, convainc d'autres religieuses de la suivre. Elle aurait pu s'en tenir là et vivre loin du monde une expérience spirituelle d'une qualité exceptionnelle, mais elle se révèle femme d'action. En peu d'années, elle fonde seize carmels en Espagne. Dans un monde d'hommes, elle revendique le droit des femmes à leur personnalité ; elle séduit les plus grands de ses contemporains, les plus redoutables. Le rayonnement de la spiritualité carmélitaine est sa contribution au renouvellement de la vie religieuse dans l'Espagne de Philippe II puis dans toute l'Europe catholique. Se méfiant des extases, Thérèse, qui n'a rien d'une bigote, se refuse à confondre ravissements et abêtissement, ascèse et masochisme, humilité et mépris de soi. Dans son effort pour distinguer l'expérience de l'amour de sa compréhension et de son expression, elle éclaire les réalités les plus complexes de la vie psychologique. Élévation de la pensée et profondeur psychologique, rigueur dans l'analyse, précision dans l'expression, sens de la mesure, humour sont quelques-unes des leçons qu'elle donne aux hommes de notre temps.
De 1480 à 1834, l'Inquisition espagnole a été placée sous l'autorité du pouvoir central. C'est ce qui la distingue des formes d'intolérance qu'on trouve dans d'autres pays à la même époque. Partout ailleurs, le pouvoir civil a prêté son concours au pouvoir spirituel pour punir les attaques contre la religion et il s'est souvent acquitté de cette tâche avec zèle ; il s'est fait, au sens propre, le bras séculier de l'Eglise. En Espagne, le pouvoir civil ne se contente pas de seconder l'Eglise ; il prend l'initiative de la répression, nomme les agents chargés de la mener à bien et leur donne un statut privilégié ; le Conseil de l'Inquisition est l'un des grands corps de l'Etat au même titre que le Conseil des finances ou le Conseil des Indes. La confusion du temporel et du spirituel contient en germe l'une des plus dangereuses tentations du monde moderne : la tendance à faire de l'idéologie le complément obligé du politique. Joseph Pérez est professeur honoraire de civilisation de l'Espagne et de l'Amérique latine à l'université de Bordeaux-III. Fondateur et premier directeur de la Maison des pays ibériques de Bordeaux, ancien directeur de la Casa de Velásquez de Madrid, il est l'auteur de nombreux ouvrages sur l'histoire et la culture espagnoles, en particulier Isabelle et Ferdinand, Rois Catholiques d'Espagne (1988), Histoire de l'Espagne (1996), L'Espagne de Philippe II (1999), tous publiés chez Fayard.
La personnalité de Philippe II (né en 1527 et mort, il y a tout juste quatre siècles en 1598) ne laisse pas indifférent ; il n'a, à vrai dire, pas bonne presse et la "légende noire" forgée de son vivant par ses adversaires français, anglais et hollandais lui colle à la peau. Le présent ouvrage n'entend pas réhabiliter sa mémoire en offrant une nouvelle biographie, mais plutôt montrer comment quarante ans de gouvernement ont durablement engagé le destin de l'Espagne et de ses possessions. C'est sous l'égide de Philippe II qu'ont pris forme les grandes orientations politiques, économiques et idéologiques qui ont eu des effets profonds dans la péninsule et en Amérique. La définition qu'on donne souvent de l'Espagne de ce temps - un empire au service de la Contre-Réforme - est à l'évidence trompeuse et réductrice. Ce qui la caractérise en effet ce n'est pas la défense acharnée du catholicisme, mais une volonté obstinée de puissance, l'obsession chez le roi de garder sa réputation d'homme le plus puissant de la chrétienté ; s'il a été intolérant, Philippe II ne l'a pas été davantage que les autres monarques de son temps. En revanche, pour protéger ce qui à ses yeux constituait un ensemble de droits patrimoniaux inaliénables - aux Pays-Bas, au Portugal et même en France -, il a compromis voire sacrifié les intérêts bien compris de l'Espagne. Mettant en oeuvre une ample documentation et surtout faisant la synthèse de nombreuses recherches inédites en France, Joseph Pérez revient sur les idées recues et propose une appréciation radicalement nouvelle du règne de Philippe II. Joseph Pérez est professeur honoraire de civilisation de l'Espagne et de l'Amérique latine à l'université de Bordeaux-III. Fondateur et premier directeur de la Maison des pays ibériques à Bordeaux, ancien directeur de la Casa de Velasquez de Madrid, il est l'auteur de nombreux ouvrages sur l'histoire et la culture espagnoles, en particulier d'Isabelle et Ferdinand, Rois Catholiques d'Espagne (Fayard, 1988) et de l'Histoire de l'Espagne (Fayard, 1996).
Invasion musulmane de 711, découverte et conquête de l'Amérique, avènement de Charles Quint, trois événements qui seraient révélateurs de la spécificité de l'Espagne et qui l'auraient marginalisée par rapport à la civilisation européenne. Depuis l'Inquisition et l'expulsion des Juifs jusqu'à la guerre civile et la dictature franquiste, la légende noire a la vie dure, comme si l'Angleterre, la France, l'Allemagne et quelques autres pays avaient pratiqué constamment la tolérance, ne s'étaient jamais déchirés en querelles intestines et avaient traité les peuples qu'ils avaient colonisés avec mansuétude... A la lumière des travaux des nouvelles générations - mal connus de ce côté-ci des Pyrénées -, on sait aujourd'hui qu'il y a eu aussi de l'humanisme dans l'organisation et la mise en valeur de l'Amérique espagnole, que les Lumières furent présentes dans la péninsule et que le décollage des années 1960 fut précédé, tout au long du XXe siècle, d'une réelle modernisation de l'économie et de la société. L'adoption d'une constitution démocratique, en 1978, l'intégration réussie dans l'Union européenne et le retour de l'Espagne sur la scène internationale ne sauraient surprendre l'historien de la longue durée. C'est donc à une approche très neuve du passé de l'Espagne, des origines à nos jours - jusqu'à l'alternance politique de 1996 - que cet ouvrage, nourri aux recherches les plus récentes, invite le lecteur. Joseph Pérez est professeur de civilisation de l'Espagne et de l'Amérique latine à l'Université de Bordeaux III. Fondateur et premier directeur de la Maison des Pays Ibériques, ancien directeur de la Casa de Velázquez, il est l'auteur de nombreux ouvrages sur l'histoire et la culture espagnoles, en particulier d'Isabelle et Ferdinand, Rois Catholiques d'Espagne (Fayard, 1988), Brève histoire de l'Inquisition en Espagne (Fayard, 2002), Thérèse d'Avila (Fayard, 2007).
Il suffit d'énumérer quelques dates pour se convaincre du rôle fondamental joué par les Rois Catholiques dans l'histoire de la péninsule Ibérique (et de l'Europe) : 1469, par leur mariage, l'Espagne se trouve unifiée, bien que leurs royaumes, l'Aragon de Ferdinand et la Castille d'Isabelle, conservent une large autonomie ; 1480, l'Inquisition, arrachée à la tutelle romaine, devient pour le pouvoir un instrument de contrôle de la société ; 1492, la prise de Grenade marque la fin définitive de la présence musulmane et le début de l'expulsion des Juifs ; 1492 encore, un Génois nommé Colomb, investi de la confiance des souverains, découvre l'Amérique ; 1492 toujours, la publication de la Grammaire de Nebrija confère ses lettres de noblesse au castillan qui devient l'espagnol et bientôt une langue parlée dans le monde entier... Autant dire que la majeure partie des traits - qu'ils soient ou non à leur gloire... - qui feront, et pour longtemps, de l'Espagne une puissance de premier plan et lui donneront une culture et des moeurs spécifiques ont été mis en place alors qu'ils gouvernaient. Il y aurait pourtant quelque excès à voir, comme on l'a longtemps fait, dans ce double règne la seule cause de la prééminence espagnole au Siècle d'Or, car le hasard d'une part et la situation politique, sociale et économique d'autre part leur ont donné leur chance ; mais ils ont su, ensemble, la favoriser... Joseph Pérez est professeur de civilisation de l'Espagne et de l'Améri-que latine ainsi que directeur de la Maison des Pays ibériques à l'Uni-versité de Bordeaux-III. Comme en témoignent ses ouvrages précédents, il s'est plus particulièrement intéressé à la formation de l'Etat moderne en Espagne à la charnière des xve et xvie siècles.