Johann Michel
Johann Michel
La musique exprime-t-elle, en elle-même, une signification, une émotion, une idée particulière ou relève-t-elle de l'ineffable ? Peut-on lire la musique comme on lirait n'importe quel texte ? L'interprète doit-il respecter scrupuleusement le texte musical et les intentions du compositeur ou bien peut-il s'en détacher librement ?Autant de questions auxquelles l'herméneutique apporte des lumières nouvelles. Telle est l'ambition de cet ouvrage qui cherche à circonscrire et à articuler les grands modes opératoires de l'interprétation musicale. Interpréter, d'une part, c'est déchiffrer un texte, pour les musiques de tradition écrite. Interpréter, d'autre part, c'est performer des formes sonores en mouvement, avec l'appui ou non d'un texte préalable. Interpréter, enfin, c'est écouter une composition de forces sonores. L'auditeur reste l'interprète en dernière instance, à qui est destinée toute exécution et vers lequel se trament les existences musicales.
Alimentant régulièrement le débat public depuis les années 1990, la notion de « devoir de mémoire » est toujours prête à s'inviter dans l'espace public dès que surgit une nouvelle controverse sur le passé. Le devoir de mémoire est-il d'une invention aussi récente qu'on le croit ? Faut-il le justifier au nom d'une exigence de justice à l'égard des victimes ? Faut-il le contester au nom de la concurrence des mémoires ? Johann Michel dégage les justifications et les limites d'un impératif qui, dans son usage politique, ne peut avoir une pleine légitimité que s'il est adossé à la fois à un travail de mémoire et à un devoir d'histoire.
Comment comprendre une oeuvre d'art?? Peut-on lire une image en art comme on lit un texte?? Qu'est-ce qui distingue une image artistique des autres catégories d'images?? L'herméneutique méthodologique, centrée sur l'interprétation des textes (littéraires, religieux, juridiques), est restée relativement silencieuse sur la compréhension des arts visuels. C'est pour combler ce vide relatif qu'est né le projet de ce livre. Il s'agit en somme d'interroger la textualité des images en art. La confrontation entre le texte et l'image n'a rien de gratuit quand on sait l'importance des textes classiques, placés en position d'autorité, dans la production de tout un pan de l'art occidental. La confrontation n'a rien d'inutile quand on sait que poésie et peinture ont longtemps été rassemblées comme des «?arts frères?». L'enjeu qui traverse cette réflexion est toutefois de savoir si l'image peut se réduire à sa seule lisibilité, au risque de perdre sa visibilité.
Longtemps cantonnée à un champ restreint de disciplines tendues vers la compréhension des discours, l'herméneutique a connu un mouvement d'extension sans précédent, sous l'impulsion de Dilthey, Heidegger et Gadamer. L'herméneutique quitte alors le refuge de l'érudition pour devenir un nouveau champ d'exploration philosophique centré désormais sur la vie de l'esprit, les modes d'existence et les traditions. Tout en poursuivant cet élargissement, l'ouvrage de Johann Michel propose en même temps un renouvellement en profondeur de l'herméneutique à la faveur d'un dialogue serré avec la sémiotique, le pragmatisme et les sciences sociales. Dans cette perspective, trois idées directrices parcourent l'ensemble de ces études. La première, de nature anthropologique, consiste à faire de l'interprétation une activité fondamentale de l'humain dans ses activités ordinaires, avant d'en faire un ensemble de techniques au service de la connaissance scientifique. La seconde, de nature pragmatiste, consiste à réserver l'interprétation à une compréhension réflexive confrontée à des significations problématiques (confusion, obscurité, équivocité..). La troisième, de nature épistémologique, consiste à étendre le domaine d'investigation de l'herméneutique au-delà du texte (la nature, autrui, l'espace, une oeuvre d'art, le monde social...).
Alors que la philosophie s'est longtemps pensée comme « mère de toutes les sciences », les nouveaux champs de savoirs de l'époque moderne, soucieux désormais d'assurer leur autonomie scientifique, n'ont eu de cesse de contester cette position. C'est encore vrai à l'époque contemporaine où les sciences sociales ont cherché à ravir la place jadis occupée par la philosophie.Tel est le conflit que Johann Michel explore dans cet ouvrage à la fois original et novateur, dont tout l'enjeu est de mettre en lumière la manière dont, d'une part, les sciences sociales dérivent de courants fondateurs de la philosophie (positivisme, pragmatisme, phénoménologie....) et, d'autre part, les sciences sociales opposent leurs méthodes et leurs objets à ceux de la philosophie. Enfin, il s'agit d'en tirer la manière dont les sciences sociales et la philosophie peuvent chercher, sous certaines conditions, à se féconder mutuellement.
Le pari de cet ouvrage est d'explorer les facettes multiples à travers lesquelles se donne le soi. Parler de soi plutôt que de moi implique une rupture franche avec les philosophies qui placent le sujet humain en position fondatrice. Le soi est moins une « chose » qu'un mode d'être ; le soi n'est pas une donnée mais une conquête dont le devenir est en partie indéterminé. C'est donc sous le signe des épreuves (authenticité, multiplicité...) qu'il faut penser les variations phénoménologiques et herméneutiques sur le soi.
"Il n'est pas anodin que les grandes figures sociologiques du XXe siècle, Durkheim, Mauss, Lévi-Strauss ou Bourdieu aient été formées initialement à la philosophie. D'abord timidement, puis farouchement, la sociologie, ou encore l'anthropologie et l'ethnologie, prennent au cours du siècle leur indépendance face à la paternité philosophique pour créer la nouvelle dénomination des sciences sociales. La réflexion se déplace de l'individu vers le collectif, du concept métaphysique vers le fait constaté : méthodologie, objets de recherche ou rôle social, tout est à inventer. Johann Michel, Docteur de l'EHESS en philosophie et agrégé de science politique, déroule les sources communes, les fi liations conceptuelles et les rivalités latentes de la philosophie et des sciences sociales." Claude COLOMBINI FRÉMEAUX
L'ouvrage de Johann Michel se veut une synthèse inédite portant sur les politiques de la mémoire dans la France contemporaine. Ce travail offre des clés indispensables pour comprendre les controverses mémorielles qui agitent notre scène sociale et politique. À la croisée de l'histoire et de la science politique, la thèse de l'ouvrage consiste à montrer comment nous sommes passés d'un régime mémoriel dans lequel prédomine l'imaginaire de l'unité nationale à une pluralité de régimes mémoriels (régime mémoriel de la Shoah, de l'esclavage...) dans lesquels prime la reconnaissance de victimes jadis délaissées par le récit national officiel. Les laissé(e)s-pour-compte de l'histoire et de la mémoire d'hier revendiquent aujourd'hui une nouvelle place symbolique dans le nouveau récit collectif.
Si l'on connaît aujourd'hui le dialogue fructueux que Paul Ricoeur a noué avec les penseurs structuralistes, on ignore largement son positionnement face à la mouvance post-structuraliste. Faut-il opposer la philosophie de Ricoeur au post-structuralisme à la française ou faut-il au contraire montrer qu'elle en est une variante singulière ? Au terme de son étude, Johann Michel défend la seconde option. Certes, l'auteur met en garde le lecteur contre toute tentative de réification du post-structuralisme dès lors qu'il ne s'agit pas d'une école de pensée mais d'une reconstruction qui relève de l'histoire de la philosophie. Le plus petit dénominateur philosophique commun qui permet de donner un sens à cette reconstruction tient dans le projet d'intégrer des prérequis du structuralisme assorti d'une ambition de dépassement. Dans la mesure où la négociation de cette traversée et les horizons de dépassement ont été construits de manière chaque fois particulière par chaque penseur, l'auteur plaide pour parler de post-structuralismes au pluriel. C'est la raison pour laquelle J. Michel propose des confrontations dyadiques entre Ricoeur et certains de ses contemporains (Deleuze, Derrida, Foucault, Bourdieu...) que l'on regroupent habituellement dans cette mouvance.