Jeanne Hyvrard
Jeanne Hyvrard
Un manque mine nos sociétés depuis les Temps Modernes, il est ici interprété comme le refoulement, comme l'oubli absolu du lien primordial avec la mère ; sur cet abandon prospèrent le totalitarisme, le négationnisme et le révisionnisme, trois versions de l'instrumentalisation de la mémoire occultée de la mère. Ressaisir ce laissé-pour-compte de notre philosophie, mettre en lumière ses implications psychologiques, économiques, juridiques et sociales est le projet qui anime les pages de cet essai philosophique.S
Plongez dans Les doigts du figuier, une œuvre poétique et sensuelle où Jeanne Hyvrard explore la mémoire du corps et la connexion profonde entre l’humain et les quatre éléments.
Les coccinelles marchent devant, à cause de la couleur du sang. Viennent les mouches, que j'ai tant aimées comme des compagnes. Viennent les mouches d'avoir partagé mes repas. Viennent les guêpes d'en avoir tant tué sans en chercher le nid. Viennent les mouches et les guêpes de s'être entretuées. Vient le cercueil porté par les fourmis. Il en est tant que chacune est inutile. Il en est tant que chacune est unique. Il en est tant que chacune est un surcroît. Vient le cercueil porté par les fourmis, car c'est d'elles que j'ai connu l'amour de la vie. C'est d'elles que j'ai connu l'amour du meurtrier. C'est d'elles que j'ai connu l'autre moitié du monde. C'est d'elles que j'ai connu la terre de la totale raison. Le lézard marche à côté. Le lézard a un grand chapeau. Il annonce la nouvelle. Il annonce le temps de la séparation. Il annonce le temps des vivants. Il annonce le temps des meurtriers. Le lézard marche à côté. Il me tient la main. Le lézard marche à côté car c'était mon amour.
Cythère le bonheur. Cythère la mort. Le prunier de Cythère est-il l'arbre de la connaissance ? ou, dans le jardin tropical, un arbre pour se pendre ? ou dans le couloir de l'hôpital, l'ombre d'un portemanteau ? Une femme parle. Elle dit qu'elle est enfermée. Mais est-ce bien elle qui parle, ou sa mère, sa grand-mère, sa fille ? Oui, c'est elle en vérité. Elle, brisée, sanglante. Au fond de ce corps meurtri, de cette identité éclatée, de ce miroir fracturé, surgit mémoire du monde : les terres spoliées, les nègres déportés, les femmes dépossédées. Elle est à la fois la servante martiniquaise, Aliker, Renor Illmany, Gérard Nouvet, assassiné à dix-neuf ans. Elle n'oublie pas. Les Blancs sont venus, ils avaient des dentelles sur leurs armures et ils ont imposé leur langue. Mais les sans-terres chassent les colons. Le prunier de Cythère se dresse comme une île dans le jardin inondé.
Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.
Un état des connaissance sur la situation des femmes en France aujourd'hui