Jean-marie Guyau
Jean-marie Guyau
Beaucoup de gens élèvent leurs enfants non pour les enfants mêmes, mais pour eux. J'ai connu des parents qui ne voulaient pas marier leur fille, afin de ne pas se séparer d'elle ; d'autres qui ne voulaient pas que leur fils prît tel ou tel métier (par exemple celui de vétérinaire) parce que ce métier leur déplaisait à eux, etc... Les mêmes règles dominaient toute leur conduite envers leurs enfants. C'est l'éducation égoïste. Il est une autre sorte d'éducation qui prend pour but non plus le plaisir du père, mais le plaisir du fils apprécié par le père. Ainsi un paysan, qui a passé toute sa vie au soleil, considérera comme un devoir d'épargner à son fils le travail de la terre ; il l'élèvera pour en faire un petit bureaucrate, un pauvre fonctionnaire étouffant dans son bureau, qui s'en ira mourir dans quelque ville. La vraie éducation est désintéressée : elle élève l'enfant pour lui-même, elle l'élève aussi et surtout pour la patrie, pour l'humanité entière. Entre le pouvoir attribué par certains penseurs à l'éducation et par d'autres à l'hérédité, il existe une antinomie qui domine toute la science morale et même politique, car la politique est frappée d'impuissance si les effets de l'hérédité sont sans remède. Il y a donc là un problème à double face, qui mérite un sérieux examen. Nous chercherons à faire la part exacte des deux termes en présence, qui ne sont autres que l'habitude héréditaire ou ancestrale et l'habitude individuelle, l'une déjà incarnée dans les organes et l'autre acquise.
On sait l'histoire de ce forgeron d'Anvers qui aima une jeune fille, et qui devint peintre par la seule force de son amour. L'Allemagne tout entière eut jadis une histoire pareille : c'est par un miracle d'amour qu'elle devint peintre et le resta trois cents ans... Jusqu'à la fin du 13è siècle, l'Allemagne n'a pas eu de peinture nationale. On trouve bien déjà çà et là, dans certaines miniatures et même dans quelques fresques, la marque d'un effort pour secouer les formes byzantines, pour animer d'expressions plus vivantes l'archaïque rigidité des attitudes. Mais si l'on excepte ces tentatives isolées, la peinture, presque toujours cultivée dans les couvents, est restée jusqu'au 14è siècle un art de tradition, sans rien qui lui donne un caractère distinctif. C'est seulement au début du 14è siècle que la peinture allemande est devenue originale, nationale, en devenant laïque. Elle est sortie des couvents pour entrer dans le peuple, et le peuple lui a confié la tâche de traduire les fortes et naïves émotions de son coeur. Aussi bien jamais un peuple n'a-t-il eu à traduire des émotions plus profondes. Vers la fin du 12è siècle, un prodigieux courant de mysticisme laïque s'était répandu à travers les âmes allemandes... À PROPOS DES AUTEURS Téodor de Wyzewa, ou Théodore de Wyzewa, né en Podolie le 12 septembre 1862 et mort à Paris le 15 avril 1917, est un critique d'art, critique musical et critique littéraire français d'origine polonaise, également écrivain et traducteur multilingue, considéré comme l'un des principaux promoteurs du mouvement symboliste en France. De 1885 à 1888, il collabore à la Revue Wagnérienne dirigée par Édouard Dujardin. Il contribue de nombreux articles sur la littérature européenne à la Revue des Deux Mondes, au Figaro et à divers autres revues et journaux. Il publie une série d'ouvrages sur les grands peintres, des monographies sur plusieurs compositeurs, des récits et romans autobiographiques, ainsi qu'un grand nombre de traductions de l'allemand, de l'anglais, du russe, du polonais, du latin, de l'italien et du danois. Son épouse Marguerite Terlinden (1873-1901) était la fille du peintre belge Félix Terlinden et la belle-soeur de l'historien et critique d'art Pierre Francastel. Léon A. Dumont fait ses études secondaires au collège de Valenciennes, où il rencontre l'écrivain d'origine allemande Alexander Büchner qui y est professeur. Büchner lui fait découvrir la culture allemande ; ils resteront très liés et publieront ensemble un ouvrage sur Jean Paul. Dumont s'intéresse d'abord à l'esthétique, avant de se tourner vers la philosophie proprement dite. À partir de 1872, il publie régulièrement dans la Revue scientifique des études sur les grands ouvrages philosophiques publiés en Angleterre et en Allemagne. Il fait connaître en France des auteurs comme Eduard von Hartmann (Philosophie de l'inconscient) et George Henry Lewes.
« Avec l'introduction de l'ordre dans les sensations et les pensées commence le temps », écrit Jean-Marie Guyau. Sa Genèse de l'idée de temps (1890) prend à contre-pied l'opinion de Kant, selon laquelle l'espace et le temps existent comme des structures a priori dans lesquelles nous lions nos sensations. Pour Guyau, le temps provient de la conscience, définie par une multiplicité de sensations, d'images et de pensées. « Plus on y songe, plus on est effrayé de la complexité de ce qu'on appelle un état de conscience (...), il faut tout un travail pour introduire dans cet amas l'ordre du temps ».
L'Art au point de vue sociologique conteste à sa façon l'idée très répandue que l'expérience esthétique n'est jamais qu'une expérience privée. Sous la plume de Jean-Marie Guyau (1854-1888), l'auteur de la fameuse Morale sans obligation ni sanction, on y voit la philosophie d'inspiration vitaliste, celle-là même dont la vigueur émouvait Nietzsche, se saisissant de la littérature française du XIXe siècle, pour nous proposer des principes de critique littéraire nouveaux, discutables sans doute, méprisables jamais. Cette oeuvre témoigne des premiers effets du concept de sociologie dans les sciences philosophiques et d'une perspective critique ouverte par les hypothèses scientifiques audacieuses de la fin du XIXe siècle. Pour l'offrir au travail scientifique, la présente édition est exactement conforme à la première édition posthume (1889), accompagnée des seuls éléments d'information utiles à la lecture contemporaine.
Le rêve, avec l'espoir qui en est inséparable, est ce qu'il y a de plus doux. C'est un pont entrevu entre l'idéal lointain et le réel trop voisin, entre le ciel et la terre. Et parmi les rêves, le plus beau est la poésie. Elle est comme cette colonne qui semble s'allonger sur la mer au lever de Sirius, laiteuse traînée de lumière qui se pose immobile sur le frémissement des flots, et qui, à travers l'infini de la mer et des cieux, relie l'étoile à notre globe par un rayon.Fruit d'une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.
"La genèse de l'idée de temps" est un ouvrage posthume publié par Fouillée en 1890 qui réunit deux articles dans lesquels ont été insérés de nombreux ajouts. La question essentielle est de savoir qui en est l'auteur, car des échos de Bergson sont perceptibles dans ce "petit livre": on soupçonnera Fouillé d'en avoir écrit certains chapitres. C'est l'avis partagé aussi bien par Jankélévitch, mais cette hypothèse est à rejeter car ces ajouts sont des notes rédigées par Guyau lui-même.
« L'art est donc vraiment une réalisation immédiate par la représentation même; et cette réalisation doit être assez intense, dans le domaine de la représentation, pour nous donner le sentiment sérieux et profond d'une vie individuelle accrue par la relation sympathique où elle est entrée avec la vie d'autrui, avec la vie sociale, avec la vie universelle. » Jean-Marie Guyau
« Outre les fondements de la morale, du droit et de la politique, la philosophie contient encore en elle-même, sous la forme de connaissance raisonnée, ce que les religions renferment à l'état de croyance instinctive. La religion est une métaphysique spontanée ; la métaphysique est une religion réfléchie. Les plus grands métaphysiciens, comme Platon, Aristote, Plotin, Descartes, Leibnitz et Kant, résument dans leurs pensées et formulent dans leurs livres les progrès accomplis par la conscience religieuse de l'humanité, en même temps qu'ils présagent ceux qu'elle doit accomplir encore. Enfin, le mouvement des idées scientifiques ne se comprend que par les génies philosophiques qui ont renouvelé les méthodes ou construit l'univers sur un plan nouveau. C'est Aristote qui a initié le Moyen Âge et la renaissance à l'étude de la nature ; c'est Descartes qui a fait pénétrer dans toutes les sciences la méthode mathématique et ramené la science de l'univers à un problème de mécanique ; c'est Leibniz qui a introduit dans la science des grandeurs le calcul de l'infini, et donné à la méthode mathématique, par l'intervention de cet élément métaphysique, une puissance jusqu'alors inconnue. À mesure que l'humanité comprend mieux ses rapports avec les autres êtres et sa vraie place dans la création, la philosophie élargit ses conceptions de l'univers : au monde sphérique des anciens, fermé par une voûte de cristal, elle substitue cette sphère infinie dans l'espace et dans le temps dont le centre est partout et la circonférence nulle part. »
« Une des conséquences les mieux établies par la psychologie moderne, c'est que tout est présent en nous, y compris le passé même. Quand je me souviens d'avoir, dans mon enfance, joué au cerceau, l'image que j'évoque est présente, tout aussi présente que celle de ce papier sur lequel j'exprime en ce moment des idées abstraites. Penser à jouer au cerceau, c'est même préluder déjà intérieurement aux actions que suppose ce jeu. De même, penser à une personne absente, c'est l'appeler tout bas par son nom et commencer presque avec elle un dialogue. Une chose n'est réellement passée que quand nous en perdons toute conscience ; pour revenir à la conscience, elle doit redevenir présente. Mais si, en somme, tout est présent dans la conscience, si l'image du passé est une sorte d'illusion, si le futur, à son tour, est une simple projection de notre activité présente, comment arrivons-nous à former et à organiser l'idée du temps, avec la distinction de ses parties, et quelle est l'évolution de cette idée dans la conscience humaine ? - L'idée du temps, selon nous, se ramène à un effet de perspective. Nous montrerons, en premier lieu, que cette perspective n'a pas toujours existé et n'est pas nécessaire a priori pour l'exercice de la pensée dans sa période de confusion et d'indistinction originaire. Puis, nous essayerons d'expliquer comment s'est formée cette perspective et de suivre le travail de la nature à ses divers degrés : ainsi on suit sur un tableau le travail du peintre ; on voit comment, sur une toile plane, il a pu rendre sensible la profonde obscurité d'un bois, ou, au contraire, faire pénétrer et s'épanouir joyeusement dans une pièce un rayon de lumière. La perspective en peinture est une affaire d'art ou d'artifice ; la mémoire aussi est un art : nous montrerons, dans la conception du temps, le plan naturel et inévitable que cet art suit toujours. Pour cela, nous essaierons de faire successivement la part : 1° de l'imagination passive et purement reproductrice, qui fournit le cadre immobile du temps, sa forme ; 2° de l'activité motrice et de la volonté, qui, selon nous, fournit le fond vivant et mouvant de la notion du temps. Les deux éléments réunis constituent l'expérience du temps. » Fruit d'une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.
Dans le contexte d'une société livrée à l'injonction sécuritaire comme aux dogmatismes religieux ou politiques, partout dans le monde, l'oeuvre de Jean-Marie Guyau fustigeant les populismes de tous bords comme les intégrismes religieux; apparaît aujourd'hui comme une oeuvre critique majeure de nos tourments contemporains. Jean-Marie Guyau était un philosophe et poète français. Il a parfois été considéré comme le « Nietzsche français ». Son oeuvre majeure, « Esquisse d'une morale sans obligation ni sanction », profondément novatrice, semble avoir beaucoup impressionné (et sans doute influencé) Nietzsche qui avait abondamment couvert les ouvrages de Guyau de notes marginales durant son séjour à Nice. Nietzsche commente et cite abondamment cette oeuvre dans son « Ecce homo ». Format professionnel électronique © Ink Book édition.
PRINCIPES DE LA MORALEBentham et l'esprit anglais. - Influence de Bentham en Angleterre pendant la première partie de notre siècle.I. - Comment Bentham découvrit la vraie formule de son système. - Son enthousiasme. - Bentham comparé à Descartes par ses disciples. - Un nouveau monde moral. - Le plaisir et la peine, seuls mobiles de la pensée, de la volonté et des actions de l'homme. - Ce principe de la morale utilitaire est-il susceptible de preuve ?Fruit d'une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.
« Avec l'introduction de l'ordre dans les sensations et les pensées commence le temps », écrit Jean-Marie Guyau. Sa Genèse de l'idée de temps (1890) prend à contre-pied l'opinion de Kant, selon laquelle l'espace et le temps existent comme des structures a priori dans lesquelles nous lions nos sensations. Pour Guyau, le temps provient de la conscience, définie par une multiplicité de sensations, d'images et de pensées. « Plus on y songe, plus on est effrayé de la complexité de ce qu'on appelle un état de conscience (...), il faut tout un travail pour introduire dans cet amas l'ordre du temps ». Fruit d'une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.
BnF collection ebooks - "Une morale fondée sur des faits ne peut présenter à l'individu pour premier mobile d'action le bien ou le bonheur de la société, car le bonheur de la société est souvent en opposition avec celui de l'individu. Dans ces cas d'opposition, le bonheur social, comme tel, ne pourrait devenir pour l'individu une fin réfléchie qu'en vertu d'un pur désintéressement..."