Jean-françois Kervegan
Jean-françois Kervegan
Qu'est-ce qu'un droit ? Cette question faussement simple a reçu de multiples réponses. La question a aussi une histoire : le débat sur les droits est surtout un débat moderne, qui a acquis une importance majeure lors des bouleversements qui ont donné naissance au monde qui est le nôtre. Quelle que soit la nature des droits (leur être) et la définition de ceux qui les ont (les humains, mais peut-être aussi d'autres entités), la question se pose des conditions de leur jouissance : avoir des droits est-il donné à tous ou est-ce le privilège de certains ? Faut-il considérer, comme le suggèrent les représentants de l'illibéralisme contemporain, qu'il est temps d'en finir avec le grand récit des droits construit par les révolutions du XVIIIe siècle ? La puissance des droits continue pourtant de s'exercer, et d'animer les combats qui tracent les voies conduisant à un monde meilleur : un monde où les droits ne seraient plus des revendications abstraites ou des proclamations sans consistance.
L'oeuvre de Georg Wilhelm Friedrich Hegel (1770-1831) est incontestablement difficile d'accès, mais elle est de celles qui ont dessiné le paysage de la pensée contemporaine. En nous incitant à dépasser les préjugés, ce que nous croyons savoir de cette philosophie (le thème de la fin de l'histoire, celui de la ruse de la raison, celui de la dialectique, et en particulier celle du maître et de l'esclave...), Jean-François Kervégan nous permet de suivre la constitution progressive du « système » hégélien, dont la Phénoménologie de l'Esprit est une étape majeure, en exposant ses grandes articulations : logique, nature, esprit. « Il est sot de rêver qu'une quelconque philosophie surpasse son monde », écrit Hegel. Au travers de cet ouvrage ressort en quoi cette philosophie peut nous aider à penser ce qui est, donc à être philosophes.
Comment et pourquoi la philosophie juridique et politique contemporaine est-elle revenue à Kant ? Il faut, pour le comprendre, s'intéresser d'abord à l'ancrage de la pensée du droit dans la théorie kantienne de la raison pratique et aux problèmes que pose le statut kantien d'une raison normative oeuvrant dans les deux champs coordonnés de l'éthique et du droit. L'articulation entre droit privé et droit public, entre droit et politique dans la Métaphysique des moeurs doit être considérée en relation avec l'exigence d'une fondation unitaire du système des normes pratiques. La philosophie politique de Kant peut dès lors être envisagée dans le prolongement que lui offre sa théorie du droit international, avec l'ouverture d'une perspective cosmopolitique qu'il importe de définir avec précision. Cet ouvrage, qui réunit des auteurs comptant parmi les spécialistes de Kant les plus reconnus, propose une enquête systématique sur la philosophie kantienne du droit. À l'aide d'analyses très précises des écrits kantiens, les différentes contributions offrent une vue d'ensemble des directions actuelles de la recherche. Elles montrent leur pertinence philosophique dans un contexte profondément différent de celui dans lequel Kant a élaboré cette philosophie, celui de la Révolution française, mais qui la rend d'une certaine façon plus actuelle qu'en son temps.
Explorer l'Allemagne, c'est explorer quelque chose qui était là avant d'exister : un emplacement sur la carte de l'Europe, une tache dans son histoire, au mieux une " culture ", comme on dit quand on ne sait comment nommer les choses. C'est aussi se confronter à des constructions intellectuelles grandioses qui ont eu pour auteurs, entre autres Kant, Fichte, Hegel, Marx, mais aussi Nietzsche, Husserl, Heidegger. Pourtant, si la philosophie a pour territoire l'universel, pourquoi s'intéresser à la philosophie allemande ? Et d'abord, peut-il y avoir quelque chose de tel ? C'est à une enquête sur la spécificité de la philosophie d'expression allemande que nous invite ce livre. Enquête qui réfléchit en même temps le parcours de son auteur. Ainsi l'entretien avec Thibaut Gress qui ouvre le livre montre le long commerce passionné entretenu par Jean-François Kervégan avec les penseurs allemands, de Kant et Hegel à Habermas et Honneth ; il éclaire son mode d'approche et la façon dont il comprend aujourd'hui l'activité philosophique. Cet échange dense et précis interroge la conception ambitieuse de la rationalité portée par cette philosophie : le projet d'autodétermination de la raison, son pouvoir normatif. Les chapitres ultérieurs détaillent ces formes et pouvoirs de la rationalité au prisme de l'événement révolutionnaire et scrutent les échos contemporains des thèmes et des problèmes issus de la tradition de l'idéalisme allemand. Ils évoquent enfin la question disputée de l'existence d'une pensée post-métaphysique. Un parcours engagé et érudit.
Les Principes de la philosophie du droit sont l'un des textes les plus lus et les plus controversés de Hegel. Il s'agit à la fois d'un bilan de l'histoire de la philosophie morale, juridique et politique et d'une analyse audacieuse et « engagée » de la modernité post-révolutionnaire. Pourtant, malgré sa destination pédagogique et sa rédaction soignée, le précis de 1820 est d'un abord malaisé, dans la mesure où il ne se soustrait à aucune des exigences de ce qui, pour Hegel, garantit la « scientificité » d'un traité de philosophie. Il n'y a rien d'étonnant, par conséquent, au fait que les querelles d'interprétation les plus violentes aient eu lieu à son propos et que la pensée hégélienne du droit ait, tour à tour, servi de caution ou de repoussoir aux prises de position politiques les plus diverses. La difficulté du texte mais aussi le caractère stratégique des thèmes abordés font en effet des Principes de la philosophie du droit un idéal miroir à fantasmes. Or ce que l'on nomme la « fin des idéologies » ouvre la voie à une lecture plus sereine (mais peut-être plus exigeante) de la conceptualisation hégélienne du droit et pas seulement de ce que Hegel nomme le « droit étatique », mais aussi du droit privé (« abstrait »), centré sur la question de la propriété, et du droit qu'a l'individu de voir honorée sa qualité de sujet moral agissant. Ce recueil d'études, qui illustre les tendances actuelles de la recherche, propose une lecture à la fois synthétique et détaillée de l'ouvrage de Hegel en insistant non seulement sur sa dimension « systématique » et spéculative, mais aussi sur ses prises de position les plus novatrices. Il ne s'agit pas de prétendre que Hegel soit avant tout un philosophe du droit, encore moins de mettre entre parenthèses le puissant soubassement métaphysique ou spéculatif de sa doctrine de l'esprit objectif, mais de réévaluer ce moment du système et de tirer parti des appuis qu'il peut offrir à la philosophie contemporaine.
L'oeuvre de Georg Wilhelm Friedrich Hegel (1770-1831) est incontestablement difficile d'accès, mais elle est de celles qui ont dessiné le paysage de la pensée contemporaine. En nous incitant à dépasser les préjugés, ce que nous croyons savoir de cette philosophie (le thème de la fin de l'histoire, celui de la ruse de la raison, celui de la dialectique, et en particulier celle du maître et de l'esclave...), Jean-François Kervégan nous permet de suivre la constitution progressive du « système » hégélien, dont la Phénoménologie de l'Esprit est une étape majeure, en exposant ses grandes articulations : logique, nature, esprit. « Il est sot de rêver qu'une quelconque philosophie surpasse son monde », écrit Hegel. Au travers de cet ouvrage ressort en quoi cette philosophie peut nous aider à penser ce qui est, donc à être philosophes.
Jürgen Habermas, représentant majeur de l'École de Francfort, est devenu un auteur classique mais son oeuvre complexe et multiforme, composée d'une cinquantaine d'ouvrages et d'un millier d'articles, continue d'être mal identifiée. Comment saisir la diversité de ses intérêts, des théories de l'action et du langage à la morale et au droit ? Jürgen Habermas, représentant majeur de l'École de Francfort, est devenu un auteur classique mais son oeuvre complexe et multiforme, composée d'une cinquantaine d'ouvrages et d'un millier d'articles, continue d'être mal identifiée. Comment saisir la diversité de ses intérêts, des théories de l'action et du langage à la morale et au droit ? C'est aussi un acteur, qui intervient régulièrement dans la presse et les débats publics. Comment articuler ces prises de position avec ses travaux proprement théoriques ? Dialogues avec Jürgen Habermas, issu d'un colloque international, offre un panorama complet du parcours intellectuel de Habermas, depuis ses premiers écrits jusqu'aux plus récents. L'espace public, l'agir communicationnel, la modernité, la démocratie, l'autonomie, les intérêts de connaissance, etc. sont ici discutés. Plus largement, c'est l'actualité même de sa pensée qui est soulignée et interrogée à propos de thèmes qui font débat : les effets du droit sur la société, la compréhension que l'on peut avoir des crises du capitalisme, ou encore le rapport complexe de la modernité aux religions. Cet ouvrage comprend deux textes inédits du philosophe, un texte d'ouverture sur l'Europe et un texte de clôture où il répond aux intervenants.