Jean-didier Wagneur
Jean-didier Wagneur
Issus d'une quinzaine d'ouvrages majeurs de Charles Virmaître, les textes réunis dans cette édition forment une saisissante anthologie du Paris du vice et du crime au XIXe siècle. Dans une capitale en pleine métamorphose, vice, délits et crimes s'organisent sur les trottoirs, dans les demeures cossues ou les tripots. Observateur de la pègre et de ses combines comme des salons feutrés, Charles Virmaître porte un regard quasi documentaire sur les moeurs de son époque. On côtoie dans ce tableau pittoresque toute une galerie de personnages insolites : "cocottes", tireuses de cartes, indicateurs, "truqueurs"... Et c'est aussi toute la richesse de l'argot parisien que l'on retrouve dans ce recueil truculent. Charles Virmaître (1835-1903) était historien, journaliste et lexicographe. L'un des auteurs les plus productifs et les plus doués de sa génération, il a notamment publié Paris police, Paris escarpe, Paris galant et Trottoirs et lupanars. Laurent Portes est conservateur en chef du département Philosophie, histoire, sciences de l'homme de la Bibliothèque nationale de France.
La bohème littéraire, ce sont des images de grisettes, de jeunes peintres et poètes vivant d'amour et d'eau fraîche sous les toits, moquant bourgeois et propriétaires. Des scènes de cafés, des blagues, des mystifications, des histoires de petits journaux. C'est en quelque sorte une maladie infantile de la littérature mais qui structure toujours nos représentations de ce monde. Les débuts difficiles, la vache enragée, les amours de jeunesse, la pauvreté comme gage d'authenticité, tout ce légendaire a été écrit, mis en scène, chanté, peint, et c'est cette histoire à la fois drôle et mélodramatique qui est racontée dans le premier volet de cette anthologie de la Bohème.L'ouvrage est organisé autour de deux textes-phares repris en intégralité. Le premier, l'Histoire de Murger par trois buveurs d'eau, publié en 1862 au lendemain de la mort d'Henry Murger, raconte l'aventure du groupe baptisé «Les Buveurs d'eau», les uns en quête de l'art pour l'art, les autres faisant face à la précarité en faisant du petit journalisme. Le second texte, lui aussi emblématique, Les Derniers Bohêmes, est signé de Firmin Maillard. Fortement évocateur et anecdotique, c'est l'une des principales sources de toutes les histoires de la bohème littéraire qui suivront. Il en offre une photographie à travers le reportage d'une soirée grandiose dans la célèbre Brasserie des Martyrs où défile près d'une centaine de personnages atypiques. Aucun de ces deux ouvrages n'avait bénéficié jusqu'alors d'une édition annotée et documentée.Autour de ces témoignages on trouvera des textes traitant de la condition précaire de l'écrivain dans des registres qui vont de la polémique à l'autodérision: articles de presse, littérature de brasserie, biographies à la vapeur... La diversité de ton de ces textes, souvent humoristiques, dessine les contours du pays de Bohème «bornée au nord par l'espérance, le travail et la gaieté; au sud, par la nécessité et le courage; à l'ouest et à l'est, par la calomnie et l'Hôtel-Dieu...»