Jean-Jacques Cécile
Jean-Jacques Cécile
Les deux dernières décennies ont été marquées par une modification profonde de la sphère dans laquelle opèrent les services de renseignement. Bien que la France ait parfois tardé à prendre le virage de la modernité faute de moyens financiers ou de volonté politique, l'appareil de renseignement français n'en aborde pas moins le XXIe siècle en présentant une physionomie qu'on ne lui connaissait pas auparavant. Au point que les consommateurs médiatiques que nous sommes tous éprouvent parfois de la difficulté à s'y retrouver dans ce qui est devenu une terra incognita des temps modernes. Création de la Direction du Renseignement Militaire, implication croissante dans les systèmes d'imagerie spatiale, émergence du renseignement économique ainsi qu'évolution des rôles dévolus au Secrétariat Général de la Défense Nationale et à la Direction Générale de la Sécurité Extérieure ne sont en effet que quelques exemples des transformations de la « communauté française du renseignement ». Alors, au sein de quelles structures et avec quels moyens les hommes et les femmes qui renseignent décideurs politiques et généraux abordent-ils le siècle prochain ? Plongée profonde au sein de ce que la France a de plus secret...
Lorsqu'en 1990 Saddam Hussein envahit le Koweït, les nations occidentales se lancent dans le conflit avec un appareil de renseignement directement hérité de la guerre froide. Et là, stupeur : « Desert Shield » puis « Desert Storm » mettent l'accent sur des déficiences difficilement acceptables. Endormis par un face-à-face intellectuellement confortable, les services balbutient, s'essaient à jouer un jeu dont ils découvrent les règles en cours de partie. En l'absence d'une infrastructure dédiée, les rapports ne passent pas ou passent mal. Les Scud décollent sans être repérés et les espions sont incapables de pénétrer les cercles du pouvoir à Bagdad. Mieux : les satellites américains dont la précision est financée à coups de milliards de dollars se révèlent partiellement inadaptés à la reconstitution du dispositif irakien. Parallèlement, la coalition doit apprendre non seulement à partager ses informations avec les ennemis d'hier mais aussi à assurer l'homogénéité d'une armada au sein de laquelle les tensions ne manquent pas. Et ce n'est pas tout. Déjà, Milosevic pointe le bout de sa botte tandis que des menaces jusqu'alors sous-estimées atteignent une gravité préoccupante. Les FARC colombiennes financent leurs campagnes sanglantes avec l'argent de la drogue, les maffias s'organisent et se jouent des frontières. Le divin et la crédulité sont exploités d'une manière plus intensive : les sectes atteignent une taille critique et l'internationale islamique essaime sa haine. Les services de renseignement doivent en outre apprendre à exploiter de nouveaux outils vulgarisés par un progrès technologique à l'accélération vertigineuse. Internet, les médias, l'espace, deviennent des champs de bataille où s'exerce un pouvoir exorbitant celui de la connaissance mais aussi de la manipulation. Partis d'une posture sclérosée de guerre froide, comment les « services » ont-ils évolué ? À l'aune du conflit kosovare, l'adaptation de leurs méthodes, de leurs outils et de leurs structures a-t-elle été une réussite ? Quel chemin leur reste-t-il à parcourir pour pouvoir prétendre à l'efficacité ? Ce livre tente d'apporter une réponse à toutes ces questions d'une brûlante actualité.
Ancien membre d'une unité de forces spéciales et des services de renseignement militaires, Jean Jacques Cécile est écrivain spécialiste de l'espionnage, des L unités d'élite ainsi que des conflits contemporains. Il a publié dix ouvrages documentaires dont l'un, intitulé Histoire secrète des SAS, a été traduit en polonais.