Jean-Francois Lyotard
Jean-Francois Lyotard
Contribution à la discussion internationale sur la question de la légitimité : qu'est-ce qui permet aujourd'hui de dire qu'une loi est juste, un énoncé vrai ? Il y a eu les grands récits, l'émancipation du citoyen, la réalisation de l'Esprit, la société sans classes. L'âge moderne y recourait pour légitimer ou critiquer ses savoirs et ses actes. L'homme postmoderne n'y croit plus. Les décideurs lui offrent pour perspective l'accroissement de la puissance et la pacification par la transparence communicationnelle. Mais il sait que le savoir quand il devient marchandise informationnelle est une source de profits et un moyen de décider et de contrôler. Où réside la légitimité, après les récits ? Dans la meilleure opérativité du système ? C'est un critère technologique, il ne permet pas de juger du vrai et du juste. Dans le consensus ? Mais l'invention se fait dans le dissentiment. Pourquoi pas dans ce dernier ? La société qui vient relève moins d'une anthropologie newtonienne (comme le structuralisme ou la théorie des systèmes) et plus d'une pragmatique des particules langagières. Le savoir postmoderne n'est pas seulement l'instrument des pouvoirs : il raffine notre sensibilité aux différences et renforce notre capacité de supporter l'incommensurable. Lui-même ne trouve pas sa raison dans l'homologie des experts, mais dans la paralogie des inventeurs. Et maintenant : une légitimation du lien social, une société juste, est-elle praticable selon un paradoxe analogue ? En quoi consiste celui-ci ? Ce livre est paru en 1979.
« Mon livre de philosophie », dit-il. Le contexte : « tournant langagier » des philosophies occidentales, déclin des métaphysiques universalistes, retrait du marxisme en Europe, lassitude envers la « théorie », c'est-à-dire les sciences humaines, essor des logotechnologies, domination mondiale du capital, désespérance politique. Une certaine postmodernité, une autre figure. On essaie de penser à sa hauteur. Kant et Wittgenstein bons guides. On part du différend au sujet de l'anéantissement nommé Auschwitz. Différend : un conflit qui ne peut pas être tranché équitablement faute d'une règle de jugement applicable aux phrases en présence. C'est le cas quand elles obéissent à des régimes de formation hétérogènes (montrer, ordonner, raisonner, etc.) et à des genres de discours incommensurables par leurs fins (savoir, être juste, séduire, convaincre, etc.). Pas de langage en général, pas de sujet pour s'en servir. On ne peut donc pas être pacifiste en matière de phrases, et pas indifférent. Il faut enchaîner. Comment, maintenant ? Mode réflexif, par paragraphes réunis en sections (le référent et la réalité, la présentation et le temps, la dialectique, l'obligation, la norme, l'histoire). Une fiche de lecture, plusieurs index. Le Différend est paru en 1983.
Pourquoi « économie libidinale » ? Pour montrer ce qu'il y a de passionnel dans l'économie politique et accessoirement de politique dans les passions. On se place par-delà une philosophie du sujet et par-delà un matérialisme, on se place dans un « lieu » qu'il faut imaginer sans pouvoir le concevoir, nommé ici « la grande pellicule éphémère ». On rompt donc avec toute sémiotique, toute dialectique, toute critique même, qui sont des pensées du négatif. On affirme les intensités d'affects qui se dissimulent dans « la pensée » et la recherche des significations. Et l'on veut effectuer cette rupture par simple déplacement du ton plutôt que par critique : ton déplacé par la véhémence, qui n'exclut pas à l'occasion une certaine sophistication. Cette problématique s'engendre d'expériences affectives et politiques et d'une longue fréquentation des textes marxistes et freudiens. Avec l'idée d'économie libidinale, volée à Freud, et détournée sur des parcours où l'on rencontrerait Deleuze, Klossowski, Guyotat, Lyotard propose une approche du capital telle que l'impact des affects dans le jeu de ce dernier n'en soit pas rejeté a priori, comme c'est le cas avec les notions d'aliénation ou d'oppression.
Il est inhabituel qu'un philosophe devienne biographe ; qui plus est, biographe d'André Malraux - qui, jusqu'à ce jour, a davantage intrigué les "artistes" que les "penseurs". Pour la première fois, les ressources de la philosophie et de la psychanalyse - qui a toujours été un outil conceptuel pour Jean-François Lyotard - sont mobilisées pour la compréhension de ce que Malraux lui-même appelait son "misérable petit tas de secrets". Dans cette enquête, on trouvera donc - renouvelés - tous les grands thèmes qui jalonnent la vie et l'oeuvre de Malraux : l'art, l'Extrême-Orient, l'engagement, le gaullisme, le musée imaginaire, les femmes ou plutôt l'absence de femmes, la politique, le communisme, l'anti-fascisme. Sur chacun de ces points le livre de Lyotard apporte des éclairages, ouvre des perspectives, avec lesquels la critique malrucienne devra compter.
"Depuis l'antiquité, les étudiants se pressent pour écouter les philosophes. C'est seulement à partir du XXème siècle que l'on a pu enregistrer les maîtres de la philosophie contemporaine. L'ouvrage proposé est une porte ouverte sur la pensée et son histoire. Elle apparaît d'autant plus nécessaire dans un monde où la réflexion a été remplacée par une pensée restrictivement duale et instantanée. Ce coffret propose pour la première fois de mettre à la disposition du public l'intimité intellectuelle de ces grands philosophes et d'en écouter avec l'éclairage de leurs propres voix, leurs idées, leurs propositions... Patrick Frémeaux "Il fallait un sacré culot pour oser se lancer dans une telle entreprise. Imaginez cela : mettre sur le marché six CD, ne contenant que des propos tenus par la plupart des plus grands penseurs français du 20ème siècle. (...) En fait, cet enregistrement témoigne de la diversité de la pensée au 20ème siècle et aussi, de son incroyable complémentarité. Une leçon à retenir." D.A. Grisoni, LA VIE "Une initiative remarquable." LA CROIX "L'auditeur n'en revient pas d'avoir accès à ce florilège de pensée en mouvement, sans minimiser l'émotion de la voix. Une aventure exceptionnelle." V. Marin La Meslée, MAGAZINE LITTÉRAIRE