Jamil Sayah
Jamil Sayah
Peut-on penser en temps de pandémie ? C'est un défi. Les auteurs ont cherché à la fois à décrypter et déconstruire cet événement avec la visée principale d'ouvrir de libres espaces à la pensée, afin de mettre de l'ordre dans le désordre qui les entoure. Ces analyses témoignent de l'extraordinaire foisonnement des idées provoqué par cette crise du coronavirus. Car, pendant cette période l'imagination est comme une fenêtre ouverte vers l'avenir. Le fait même de réfléchir à une situation meilleure signifie que nous n'avons pas encore permis à l'épidémie et à la peur qu'elle provoque de réduire notre être au silence.
Les frontières sont des lieux de porosités où se réalisent une mobilité et un échange permanent des individus, des biens et des éléments culturels. Mais souvent, les identités se construisent en traçant des lignes de démarcation entre soi et l'autre. La frontière identitaire, générationnelle, linguistique ou d'appartenance à un genre, épouse la dialectique d'un rapport culturel tantôt tourné vers le "Moi" individualisant, tantôt vers le "Nous" socialisant. Cette ligne de démarcation sert ici de guide pour ne pas réduire l'autre à un être défini par un marqueur dont il a l'exclusivité.
"L'acte est historique", "une nouvelle page de l'histoire de la Tunisie est en train de s'écrire". C'est par des formules aussi solennelles qu'équivoques que l'adoption de la nouvelle Constitution tunisienne a été accueillie par les médias et observateurs nationaux et internationaux. Cet ouvrage revient sur l'élaboration de cette Constitution, de 2011 à 2014, sur son contexte de création et son contenu, du point de vue des islamistes qui gouvernaient, de l'opposition dite moderniste et de la société civile. Malgré la "grisaille" qui a entouré sa naissance, la nouvelle Constitution tunisienne est-elle porteuse des Lumières?
L'État est généralement considéré, à tort, comme une création des sociétés occidentales. L'oeuvre de Ibn Khaldoun, dans sa contribution innovante à la théorie de l'État, montre - au contraire - combien essentiel est la nouveauté du rôle qu'il accorde au contrat social. C'est dans l'État que l'individu connaît son plus entier développement, le rôle du souverain n'étant pas de créer ou de promouvoir en l'homme une vie vertueuse, mais de le protéger de son propre égoïsme. Une telle mutation a eu aussitôt d'incalculables répercussions dans le domaine du droit, comme celui du pouvoir. « L'État est - à lui seul - l'origine du droit et de l'autorité ». Cette conclusion a amené Ibn Khaldoun à envisager autrement le rapport du spirituel et du temporel. On mesure aujourd'hui l'importance de cette affirmation qui, malgré les événements qui défrayent les fragiles équilibres politiques à travers le monde, a grandement influencé le courant rationaliste arabe. L'auteur, s'appuyant sur l'oeuvre d'Ibn Khaloun, pose la question dans cet ouvrage, de l'évolution de la crise de l'État dans le monde arabo-musulman.
Pour l'observateur tenté de brosser un tableau d'ensemble des lignes de force qui sous-tendent la Révolution tunisienne, la tâche se révèle vite ardue. Plus que de contraste, ce sont souvent de contradictions qu'il conviendrait de parler. Si l'on pouvait les résumer, on les ramène essentiellement aux tendances contre-révolutionnaires. Ainsi, la finalité de notre entreprise est très exactement le dévoilement progressif de la dangerosité de ces forces contre-révolutionnaires sur les équilibres fragiles du pays. Qui sont-elles ? D'où viennent-elles ? Et quels sont leurs modes opératoires ? Voilà trois questions qui vont nous amener à plonger dans les profondeurs idéologiques des courants contre-révolutionnaires. Dans cet ouvrage, nous tenterons non seulement de les identifier, mais aussi d'analyser leurs différences et stratégies.