Jacques Soulillou
Jacques Soulillou
Tout lecteur de Franz Kafka, (et grâce au film d'Orson Welles beaucoup de ceux qui ne l'ont jamais lu), connaît le récit intitulé « Devant la porte de la loi » qui figure dans l'avant-dernier chapitre du Procès. Cet essai se propose de montrer que cette célèbre porte est l'arbre qui cache une forêt aux essences très variées, des « petites portes » pour lesquelles Kafka semble avoir eu une tendresse particulière jusqu'à cette porte ultime, inatteignable, du récit « Un message impérial » qui fait partie du cycle de la Muraille de Chine, passant par les « premières portes », les « portes du destin », les « portes toujours ouvertes », etc. Prenant en compte l'ensemble de l'oeuvre de Kafka, y compris sa correspondance, les trois premières parties de l'essai sont consacrées à l'étude détaillée de ces groupes de portes. La quatrième, à travers le testament de Kafka et sa demande expresse à son ami Max Brod que soit brûlé après sa mort l'ensemble de ses manuscrits et sa correspondance, explore le concept de crime parfait en littérature, autrement dit de crime sans traces permettant de remonter jusqu'à l'auteur.
Ce livre raconte une fable ; une fable philosophique dont les protagonistes principaux sont un tableau de Nicolas Poussin peint à Rome en 1658, Orion aveugle marchant vers le soleil levant, et le Zarathustra de Nietzsche (1883). De la rencontre de ces deux oeuvres exceptionnelles naît le troisième personnage : le surHomme. Nietzsche lui donnait un autre nom : le Dernier homme - l'homme qui a « inventé le bonheur ». Dans le tableau de Poussin, personne ne prête attention à ce surHomme, pourtant bien visible sur les épaules du géant Orion. Son nom est Céladion. C'est qui le surHomme ? C'est vous et c'est moi ; c'est l'Homme devenu « maître et possesseur de la nature » et qui pèse sur la Terre du fait d'avoir à porter ce surpoids sur ses épaules. Comme toute fable, celle-ci a sa morale : pour reprendre possession de son destin, l'Homme, un moment aveuglé, doit impérativement faire descendre de ses épaules le surHomme. Autrement dit, il doit se surmonter - comme s'il devenait surhumain.
S'appuyant sur des documents d'archives privées ou publiques au Cameroun, en France, en Allemagne et en Suisse, cet ouvrage décrit la progression irrésistible de la ville de Douala vers la modernité. Douala, un siècle en image propose une reconstitution iconographique des transformations qu'ont connues les paysages urbains de la ville. L'ouvrage se veut une contribution à ce sauvetage d'une mémoire, et d'un patrimoine architectural voué à disparaitre. (Multiples photos noir et blanc)
A une époque où les menaces de mort à l'encontre d'écrivains et les assassinats d'artistes occupent le devant de l'actualité, qu'en est-il de l'impunité de l'art ? Sur quoi, en Occident, se fonde ce sentiment, voire cette certitude que l'artiste pourrait créer impunément et l'art refuser de se plier aux juridictions communes ? S'agirait-il d'un droit ? Alors à coup sûr d'un genre spécial, ni civil ni criminel, pas même sanctionné par un texte légal. Mais, l'autonomie pénale de l'œuvre d'art est à la fois la garantie de l'art et son plus paradoxal soutien, car, pour être effective, elle doit être hors des atteintes du premier individu venu, du premier juge ou du premier censeur, et pour cela l'art a besoin de la loi. D'où le rapport en permanent décalage, source de malentendus irréductibles entre l'un et l'autre. Comment d'un côté se déprendre des compromissions avec une instance l'égale, qui au nom du bien général ("bonnes mœurs", "sécurité de l'Etat", etc.) porte en elle la menace d'une limitation à la volonté illimitée de créer, et solliciter de l'autre sa protection contre l'arbitraire des minorités de toutes obédiences ? L'art entretiendrait-il par une espèce de péché originel une complicité avec le crime ? se demande la loi. Mais elle-même n'est-elle pas l'autre masque du crime ? s'interroge l'art. L'art, le crime et la loi nouent ainsi une intrigue où tous les protagonistes affichent un visage dédoublé, en perpétuelle instabilité. C'est cette relation qui est ici mise à la question en s'appuyant sur des exemples tirés de la littérature, du cinéma, de l'histoire et de l'art mais aussi de l'actualité passée et présente, en Europe et aux Etats-Unis.