Jacques Chardonne
Jacques Chardonne
Le bonheur de Barbezieux est devenu, au travers des années et des très nombreuses éditions, le livre le plus célèbre de Jacques Chardonne. L'auteur de Romanesques y raconte sa jeunesse dans une province française, le pays du cognac, qui vivait au rythme des vendanges et des lunes. « La vraie passion de ces gens, écrit-il, était pour leur travail, pour la vigne, pour ce cognac dont ils buvaient très peu mais qu'ils respiraient volontiers et qui demande pour s'accomplir sans artifices en sa lente maturation beaucoup de mérites de tout un peuple. L'amour pour les choses bien faites ou pour la bonne substance, et le discernement que cet amour implique, et la patience, le courage qu'il veut, c'était la seule religion du Français dans ma province, et pour moi c'est encore une philosophie. » Si ce livre a connu un tel succès et s'il nous touche encore si fort aujourd'hui, c'est qu'il nous parle, à nous les citadins de cette fin de XXe siècle, de nos racines paysannes ou provinciales, enfouies au plus profond de notre enfance ou de la mémoire de notre famille et que chacun recherche avec tant d'intensité aujourd'hui.
Lorsque Jean rencontre Claire, il reconnaît dans cette jeune fille mystérieuse la femme qu'il cherchait. Mais le bonheur absolu n'existe pas sans le sentiment de l'éternité, et tout amour porte en lui sa propre fin. Chardonne décrit magistralement l'échec d'une passion hantée par l'obsession de la mort.
Un écrivain d'âge mûr part pour Madère où il compte retrouver un ami qui s'y est retiré, jadis, pour goûter un bonheur hors des vicissitudes du monde. Mais un tel bonheur existe-t-il ? Le narrateur découvre que son ami s'est peut-être suicidé ; pourtant, sans en avoir clairement conscience, il reprend la quête de l'ami disparu, cherchant à cerner la nature de ce bonheur qui se dérobe sans cesse...Le chef-d'oeuvre de la dernière « manière » de Chardonne : une écriture de virtuose pour le plus délié, le plus élégant et, peut-être, le plus étonnant des romans de l'après-guerre.
Commencée en 1949 et achevée presque vingt ans plus tard avec la mort de Jacques Chardonne, en plein Mai 68, cette correspondance est à tout point de vue celle de la fin d'un monde. Et pour Morand, c'est une amitié littéraire qui disparaît, « une boule de laine dans la gorge ». Cette « paire d'anarchistes conservateurs », comme dit Morand, compte bien être aussi du nouveau monde, en observant avec acuité les bouleversements qui l'inaugurent et en assurant habilement la postérité de leurs oeuvres. Tout à trac, les Beatles, la guerre du Vietnam, la Nouvelle Vague ou Jack Kerouac s'invitent chez L'Homme pressé, qui semble toujours partout, en Espagne, à Londres ou en Allemagne, au Masque et la plume et aux « déjeuners Florence Gould ». Chardonne, qui fête ses quatre-vingts ans entouré de jeunes critiques, prépare quant à lui soigneusement sa sortie. Il publie Demi-Jour ; on pose une plaque pour le célébrer au village de Chardonne, en Suisse. Une lettre aimable du général de Gaulle suffit à le convertir au règne du « Monarque », sous l'oeil amusé de Morand. Les deux farouches épistoliers jugent sans relâche les grands vivants et les grands morts dans l'arène des lettres : Cocteau et Drieu, Mauriac, Sartre, Malraux, Saint-John Perse et Jouhandeau, tout en scrutant les jeunes premiers, Le Clézio ou d'Ormesson. Chardonne a le regard aiguisé de l'ancien éditeur ; et Morand, celui du lecteur érudit, passionné d'histoire. Avec une brillante nostalgie, ce dernier voyage dans le passé, à la faveur de son Journal d'un attaché d'ambassade, retrouve son paradis d'enfance près de la Tour Eiffel, ou revisite déjà Venise. Le temps les rattrape, la fidèle épouse de Morand, Hélène, s'affaiblit et bientôt Chardonne ne répond plus. Dans ses dernières lettres, le moraliste laconique se fait étrangement chinois, s'effaçant dans le « Cosmos »... Et le vernis délicat de son admiration commence à craquer, Chardonne reprochant à Morand sa légèreté coupable en politique, ses errements antisémites. Mais grâce à lui et à leurs milliers de lettres, Morand a tout de même réussi ce « self-portrait » éblouissant qu'il n'avait jamais osé écrire. C'est la Correspondance indispensable avant le Journal inutile.
Commencée en 1949 et achevée presque vingt ans plus tard avec la mort de Jacques Chardonne, en plein Mai 68, cette correspondance est à tout point de vue celle de la fin d'un monde. Et pour Morand, c'est une amitié littéraire qui disparaît, « une boule de laine dans la gorge ». Cette « paire d'anarchistes conservateurs », comme dit Morand, compte bien être aussi du nouveau monde, en observant avec acuité les bouleversements qui l'inaugurent et en assurant habilement la postérité de leurs oeuvres. Tout à trac, les Beatles, la guerre du Vietnam, la Nouvelle Vague ou Jack Kerouac s'invitent chez L'Homme pressé, qui semble toujours partout, en Espagne, à Londres ou en Allemagne, au Masque et la plume et aux « déjeuners Florence Gould ». Chardonne, qui fête ses quatre-vingts ans entouré de jeunes critiques, prépare quant à lui soigneusement sa sortie. Il publie Demi-Jour ; on pose une plaque pour le célébrer au village de Chardonne, en Suisse. Une lettre aimable du général de Gaulle suffit à le convertir au règne du « Monarque », sous l'oeil amusé de Morand. Les deux farouches épistoliers jugent sans relâche les grands vivants et les grands morts dans l'arène des lettres : Cocteau et Drieu, Mauriac, Sartre, Malraux, Saint-John Perse et Jouhandeau, tout en scrutant les jeunes premiers, Le Clézio ou d'Ormesson. Chardonne a le regard aiguisé de l'ancien éditeur ; et Morand, celui du lecteur érudit, passionné d'histoire. Avec une brillante nostalgie, ce dernier voyage dans le passé, à la faveur de son Journal d'un attaché d'ambassade, retrouve son paradis d'enfance près de la Tour Eiffel, ou revisite déjà Venise. Le temps les rattrape, la fidèle épouse de Morand, Hélène, s'affaiblit et bientôt Chardonne ne répond plus. Dans ses dernières lettres, le moraliste laconique se fait étrangement chinois, s'effaçant dans le « Cosmos »... Et le vernis délicat de son admiration commence à craquer, Chardonne reprochant à Morand sa légèreté coupable en politique, ses errements antisémites. Mais grâce à lui et à leurs milliers de lettres, Morand a tout de même réussi ce « self-portrait » éblouissant qu'il n'avait jamais osé écrire. C'est la Correspondance indispensable avant le Journal inutile.
A l'occasion des 50 ans de sa disparition, Albin Michel qui a été l'éditeur des OEuvres complètes de Chardonne de son vivant salue la mémoire d'un de ses auteurs cultes avec, pour la première fois, la réunion en un seul volume de trois livres : trois aspects de l'art de cet écrivain : le roman (Les Destinées sentimentales), les nouvelles (Femmes) et les essais et pensées (L'Amour, c'est beaucoup plus que l'amour.) Quel que soit le genre littéraire abordé, Chardonne, en vrai maître de la prose, se pose en analyste lucide, mordant, enchanteur et enchanté, du phénomène amoureux et de la vie de couple. Il n'a de cesse de décrire l'amour dans tous ses états et a pour particularité de mettre en avant des personnages féminins forts, et toujours d'actualité. L'occasion, par-delà les polémiques politiques, - et sans rien nier de leur caractère -, de prendre le temps de (re)lire le meilleur, le plus universel et le plus durable d'un grand écrivain qui a été loué par Alexandre Vialatte, Roger Nimier, Maurice Blanchot, Philippe Jaccottet ou Olivier Assayas.
"Il était ma liaison avec la jeunesse, avec la vie, les éditeurs, les journaux, les films. [...] Nous étions, un peu, son père." Roger Nimier est mort brutalement le soir du 28 septembre 1962, sur l'autoroute de l'Ouest. Après ce "coup de massue", Paul Morand n'a plus que sa correspondance quotidienne avec Jacques Chardonne pour se consoler. Depuis dix ans, les deux épistoliers illustrent au plus haut "un certain esprit français", avec ses travers comme ses traits de génie. Morand et Chardonne dominent toujours le siècle littéraire comme au balcon d'un théâtre : tandis que sur la scène disparaissent les amis Céline, Pierre Benoit et Cocteau, ressurgissent Proust, Claudel et Drieu la Rochelle. À l'orchestre, Mauriac, Jouhandeau ou Sartre reçoivent des boulettes de papier. Privé de son "fils" Nimier, Morand met alors en scène sa propre jeunesse dans des tableaux éblouissants : les riches heures 1900 ou les temps héroïques de la génération 1925. Ni la mort du hussard, son ancien protégé, ni celle de son fils Gérard ne troublent véritablement Jacques Chardonne. Le coeur blindé par le style, il est tout à l'éducation de son nouveau favori, Matthieu Galey, et couve Bernard Frank, François Nourissier et Michel Déon d'un regard de velours cachant le venin. En secret, Chardonne prépare une "Histoire de l'édition" qui doit l'occuper jusqu'à sa mort. De l'Écosse à Madère, Paul Morand, lui, poursuit ses voyages. Il vagabonde dans l'histoire et la politique, jouant aux prophéties avec Chardonne et trouvant dans le présent la confirmation de ses choix passés. Morand s'indigne de la construction du mur de Berlin, observe "Gaulle" devenu "le Guide" se dépêtrer de la guerre d'Algérie et de l'OAS, ou arbitre le duel entre Khrouchtchev et Kennedy avant la mort de ce dernier, qu'il trouve "balzacienne". Chez Morand et Chardonne, la littérature, c'est beaucoup plus que la littérature.
"Il était ma liaison avec la jeunesse, avec la vie, les éditeurs, les journaux, les films. [...] Nous étions, un peu, son père." Roger Nimier est mort brutalement le soir du 28 septembre 1962, sur l'autoroute de l'Ouest. Après ce "coup de massue", Paul Morand n'a plus que sa correspondance quotidienne avec Jacques Chardonne pour se consoler. Depuis dix ans, les deux épistoliers illustrent au plus haut "un certain esprit français", avec ses travers comme ses traits de génie. Morand et Chardonne dominent toujours le siècle littéraire comme au balcon d'un théâtre : tandis que sur la scène disparaissent les amis Céline, Pierre Benoit et Cocteau, ressurgissent Proust, Claudel et Drieu la Rochelle. À l'orchestre, Mauriac, Jouhandeau ou Sartre reçoivent des boulettes de papier. Privé de son "fils" Nimier, Morand met alors en scène sa propre jeunesse dans des tableaux éblouissants : les riches heures 1900 ou les temps héroïques de la génération 1925. Ni la mort du hussard, son ancien protégé, ni celle de son fils Gérard ne troublent véritablement Jacques Chardonne. Le coeur blindé par le style, il est tout à l'éducation de son nouveau favori, Matthieu Galey, et couve Bernard Frank, François Nourissier et Michel Déon d'un regard de velours cachant le venin. En secret, Chardonne prépare une "Histoire de l'édition" qui doit l'occuper jusqu'à sa mort. De l'Écosse à Madère, Paul Morand, lui, poursuit ses voyages. Il vagabonde dans l'histoire et la politique, jouant aux prophéties avec Chardonne et trouvant dans le présent la confirmation de ses choix passés. Morand s'indigne de la construction du mur de Berlin, observe "Gaulle" devenu "le Guide" se dépêtrer de la guerre d'Algérie et de l'OAS, ou arbitre le duel entre Khrouchtchev et Kennedy avant la mort de ce dernier, qu'il trouve "balzacienne". Chez Morand et Chardonne, la littérature, c'est beaucoup plus que la littérature.
Jacques Chardonne (1884-1968), de son vrai nom Boutteleau, fut directeur littéraire avant de publier L'Epithalame, son premier roman, en 1921. Les Varais, Vivre à Madère, Claire, Lettres à Roger Nimier ont été réédités dans les Cahiers Rouges. Citons aussi la trilogie des Destinées sentimentales et des essais : L'Amour c'est beaucoup plus que l'amour, Le Bonheur de Barbezieux, Matinales. On a dit Chardonne ancré en Charente, rivé à la question du couple et du mariage ; ses thèmes sont en vérité universels. Le Livre: Jacques Chardonne a écrit des milliers de lettres, sur papier d'écolier. Voici un petit choix de grand choix, adressé entre 1930 et 1967, à Marcel Arland, Ginette Guitard-Auviste, Jean-Louis Bory, Kléber Haedens, François Nourissier, Jacques Brenner, Michel Déon ou Matthieu Galey. Ce que je voulais vous dire aujourd'hui (1970) révèle un Chardonne étonnant, bouillant, contradictoire, facétieux, féroce. Extralucide sur les gens et les choses de son temps : le marché du livre en 1948, la sexualité dans le mariage à propos du Deuxième Sexe de Simone de Beauvoir ou le « style pompier » de Camus. Un feu d'artifice, des fulgurances à toutes les pages. Morceaux choisis : « L'adjectif, c'est comme les bijoux. Une femme élégante ne porte pas de bijoux (ou bien c'est un solitaire qui vaut cinq millions) » ; « Ce sont les grands principes autour desquels on s'est battu qui ont ruiné la France. Au lieu d'administrer la société, pour le bien commun, humblement et efficacement, les Français se sont consumés en paroles » ; « Il y a un livre ravissant de Gide : ses pages choisies »... On aurait envie de tout citer, tant c'est un plaisir, tant c'est éclatant. Paul Morand écrit en préface : « Des professeurs de vie, il s'en trouve ; des maîtres à vieillir, c'est bien plus rare. » Il est vrai que sur la solitude, l'indifférence, la mort, Chardonne excelle aussi, sans pathos. Ce que je voulais vous dire aujourd'hui est à lire demain et tous les autres jours.
De tous les romans de Jacques Chardonne, Les destinées sentimentales est sans doute le plus ambitieux. Cette fresque historique et intimiste retrace le destin de Jean et Pauline, un couple confronté aux secousses des premières décennies du XXe siècle. Aventure sentimentale et aventure sociale se mêlent, faisant de ce roman d'amour une subtile peinture de la société bourgeoise et provinciale des grands fabricants de cognac et de porcelaine. Une oeuvre flamboyante, étrangement actuelle, qui révèle l'art et le style d'un des plus grands romanciers français.
Jacques Chardonne avait 82 ans quand parurent, en 1966, Propos comme ça. Paré de la sensibilité "refroidie" de la vieillesse, armé de son oeil "sec et perçant", il se promène dans un siècle qu'il va quitter en paix avec lui-même. C'est une suite de portraits, de pensées et d'anecdotes dans la lignée de La Rochefoucauld ou La Bruyère. "En France, le style est à peu près fixé depuis trois siècles". La phrase maigre de Chardonne en fait l'héritier des moralistes du Grand Siècle. Avec elle, il se permet d'aligner l'amour, les femmes, la solitude et même l'histoire de France. Il en revient souvent à la littérature. Faulkner et ses verres de Pernod, Morand et ses "éclairs sur fond noir", Balzac et son côté faussaire génial apparaissent fugacement. En homme d'édition qui connaît le "personnel", il déplore l'inflation des titres et les jeunes auteurs publiés à l'abattage - rien n'a vraiment changé depuis les années 1960, c'est drôle et effrayant. Mais la hauteur n'est pas le dédain et Chardonne est bien trop élevé, bien trop désinvolte, pour seriner des leçons. Détaché, il rêve encore, ce qui donne de la sève à ces Propos. Encore vert et toujours souple, il se penche sur son travail d'écrivain (quarante ans de scrupuleuse distillation). "L'oeuvre est faite, quelle solitude. Cette oeuvre fut vraiment donnée". Chez Chardonne, tous les mots comptent, il faut entendre le don au sens de grâce, mais aussi de legs. Ainsi se révèle la secrète valeur testamentaire d'un ouvrage dont on a envie de citer chaque page.
Très tôt, Paul Morand et Jacques Chardonne ont compris qu'ils écrivaient ensemble leur grand oeuvre. Dès 1957, ils rêvaient à la postérité offerte par cette correspondance. À travers leur amitié, deux univers et deux caractères s'affrontent : le cosmopolitisme face au microcosme, la vitesse flamboyante face à la concision lumineuse. Si leur style se change parfois en arme lourde et néfaste, le plus souvent les lames sont fines et étincelantes. Morand a la tenue noble du cavalier au sabre, dans une armure ciselée de mots qui brillent de mille feux. En bon Charentais, Chardonne excelle dans la botte de Jarnac et ses phrases courtes de moraliste font souvent mouche. Le sage Chardonne, chirurgien du coeur, reste immobile dans son jardin de La Frette, tandis que l'ardent Morand ne s'arrête jamais, décapoté, de Vevey à Tanger en passant par le Portugal. Après les années noires de la guerre, c'est un bain de jouvence. Les Hussards naissent armés, comme Athéna, de ce couple improbable. Sous leur plume s'anime toute une génération de jeunes écrivains : Nimier, Frank, Blondin, Sagan, Laurent, Déon, Nourissier, tandis que Cocteau, Mauriac ou Malraux paradent. Morand et Chardonne, qui ne renient rien de leurs engagements, se tiennent en embuscade. Deux fois Morand échoue à l'Académie française, malgré les stratégies de Chardonne. Aux lectures au long cours - Chateaubriand, Proust, ou le Journal des Goncourt - se mêlent les commentaires des événements de Suez et de Budapest, de la guerre d'Algérie ou de la politique de celui qu'ils surnomment Gaulle. La date de l'an 2000, à laquelle leur correspondance pourrait être divulguée, revient souvent comme l'horizon de l'immortalité. Si l'on parle encore d'eux au XXIe siècle, pour Morand, la partie est gagnée : Nos lettres pourraient être publiées, en l'an 2000, sous le titre Après nous le déluge, non ?.
Très tôt, Paul Morand et Jacques Chardonne ont compris qu'ils écrivaient ensemble leur grand oeuvre. Dès 1957, ils rêvaient à la postérité offerte par cette correspondance. À travers leur amitié, deux univers et deux caractères s'affrontent : le cosmopolitisme face au microcosme, la vitesse flamboyante face à la concision lumineuse. Si leur style se change parfois en arme lourde et néfaste, le plus souvent les lames sont fines et étincelantes. Morand a la tenue noble du cavalier au sabre, dans une armure ciselée de mots qui brillent de mille feux. En bon Charentais, Chardonne excelle dans la botte de Jarnac et ses phrases courtes de moraliste font souvent mouche. Le sage Chardonne, chirurgien du coeur, reste immobile dans son jardin de La Frette, tandis que l'ardent Morand ne s'arrête jamais, décapoté, de Vevey à Tanger en passant par le Portugal. Après les années noires de la guerre, c'est un bain de jouvence. Les Hussards naissent armés, comme Athéna, de ce couple improbable. Sous leur plume s'anime toute une génération de jeunes écrivains : Nimier, Frank, Blondin, Sagan, Laurent, Déon, Nourissier, tandis que Cocteau, Mauriac ou Malraux paradent. Morand et Chardonne, qui ne renient rien de leurs engagements, se tiennent en embuscade. Deux fois Morand échoue à l'Académie française, malgré les stratégies de Chardonne. Aux lectures au long cours - Chateaubriand, Proust, ou le Journal des Goncourt - se mêlent les commentaires des événements de Suez et de Budapest, de la guerre d'Algérie ou de la politique de celui qu'ils surnomment Gaulle. La date de l'an 2000, à laquelle leur correspondance pourrait être divulguée, revient souvent comme l'horizon de l'immortalité. Si l'on parle encore d'eux au XXIe siècle, pour Morand, la partie est gagnée : Nos lettres pourraient être publiées, en l'an 2000, sous le titre Après nous le déluge, non ?.
"Le couple, c'est autrui à bout portant ; il met face à face deux êtres vite dénudés, et suscite des exigences utiles, des tourments indispensables, une source vive d'humanité. Celui qui est en règle avec la société, qui a réussi dans la cité, qui est approuvé au-dehors, vient échouer devant une femme ; elle réclame un être réel. Alors l'homme s'aperçoit que les autres lui demandaient très peu."
Jacques Chardonne, parrain des "hussards", et Roger Nimier,son plus flamboyant représentant, sont ici comme les deux rois tête-bêche d'une carte à jouer. Ces Lettres, caustiques, lyriques, attendries, toujours brillantes, Roger Nimier ne put les lire qu'après leur publication en volume. Jacques Chardonne n'y épargne pas ses contemporains ; Gide, Montherlant et Max Jacob font les frais de son humour dévastateur. Il ne fait pas seulement oeuvre de pamphlétaire ou de chroniqueur : ce styliste cherche aussi comment vivre, ce rieur cruel saisit aussi des instants de grâce. A déguster comme un verre de Cognac.
Par amour, Marie a épousé Frédéric, le plus beau parti de la région, l'héritier du domaine des Varais, où les jeunes mariés vivent un bonheur sans mélange. Peu à peu êtres et lieux se révèlent différents de ce qu'ils paraissaient. Un splendide roman qui conjugue le drame intime et l'analyse d'un milieu. {(Publié en 1929.)}
Plongez dans Eva-Claire ou le journal interrompu, un chef-d’œuvre intime de Jacques Chardonne, où l’amour, la solitude et la complexité des relations conjugales se dévoilent avec une finesse psychologique rare.
Plongez dans L'Amour du prochain de Jacques Chardonne, une exploration subtile et mélancolique des relations humaines et de la solitude au cœur du couple.
Plongez dans Le Chant du bienheureux de Jacques Chardonne, une exploration subtile et mélancolique du divorce et des tourments amoureux.
Un écrivain en quête de sens part pour Madère, où un ami a disparu dans des circonstances troubles. Entre solitude, mélancolie et quête de bonheur, Vivre à Madère explore les illusions et les désenchantements de l’existence.
Dans Voir la figure, Jacques Chardonne rassemble ses souvenirs de l'année 1941 à Paris.
"Très jeune, il y a quinze ans, j'ai publié un roman. Je viens de le relire. A peine deux ou trois phrases, que je n'avais pas remarquées en les écrivant, me touchent encore. Si ce livre est déterré plus tard, ce n'est pas moi qui reviendrai au jour. On ne s'exprime que pour un instant."
Il notait des images, des pensées, des portraits, qui se détachaient de la sa vie informe. Ce qui fut désordre et tourment, geste perdu, paroles vaines, trajet sombre aux méandres incohérents, ressuscitait dans une clarté sereine, affranchi de la douleur, et prenait un sens pour la première fois.