Ivan Rioufol
Ivan Rioufol
« La révolution du bon sens a déjà gagné les esprits. Le vieux monde politique ne tient qu'à un fil. »
Ivan Rioufol tient son bloc-notes dans les pages du Figaro depuis 2002. Mais c'est sans doute la première fois que toutes ses chroniques ont une telle continuité thématique, retraçant semaine après semaine pendant deux ans, les errances et l'amateurisme de nos dirigeants face à la pandémie. Et quel spectacle rétrospectif ! Quel effarement quand on relit les déclarations pleines d'assurance du président et de ses ministres : « On ne fermera pas les frontières, ça n'aurait pas de sens » disait Olivier Véran, « tout le monde ne portera pas de masques en France » enchainait la mémorable Sibeth Ndiaye, à quoi répondait la fermeté du président « le passe sanitaire ne sera jamais un droit d'accès qui différencie les Français ». Ces chroniques du gouvernement par la peur sont précieuses. Elles montrent que dans un pays où grandit l'intolérance, un esprit libre devient vite un paria. Elles sont aussi le verbatim de l'effondrement progressif des libertés et la mémoire de ce que nous avons subi, depuis l'interdiction faite aux familles d'accompagner leurs proches mourants jusqu'à l'interdiction pour les médecins de traiter la maladie. Ces textes permettent de réaliser à quel point nous sommes passés d'une peur légitime dans les premiers mois à une peur pilotée, utilisée pour transformer la politique en hygiénisme d'État et dissimuler ainsi les vrais enjeux qui menacent le pays, inégalités, islamisme, désindustrialisation, face auxquels Emmanuel Macron sera resté totalement impuissant.
Manifestation contre l'islamophobie à Paris aux cris d' « AllahAkbar », refus obstiné du président Macron de fermer lesfrontières pour protéger les Français pendant la crise sanitaire,affrontements entre Tchétchènes et Maghrébins en plein centrede Dijon, assassinats répétés de paisibles citoyens par des« jeunes », appels d'associations à déboulonner des statues età débaptiser rues et bâtiments au nom d'un anti-racisme devenufou, les événements se succèdent à un rythme de plus en plussoutenu et forment autant de signes désormais évidents de lasituation catastrophique dans laquelle se trouve la France.Relire les analyses hebdomadaires d'Ivan Rioufol depuis 2018montre à quel point les faits s'enchaînent avec logique, l'unappelant inévitablement l'autre, comme le laxisme judiciaireentraine la hausse des violences.Lors de la première manifestation des Gilets jaunes, le Peuplea su sortir de sa torpeur, les somnambules ont fait comprendrequ'ils pouvaient faire trembler les élites traîtresses. C'est ce grandréveil qu'il faut poursuivre. Il y a maintenant urgence car, ceschroniques le montrent, l'Histoire accélère.
Le 7 mai 2017, la France fatiguée a élu, de guerre lasse, son Barack Obama blanc, son Justin Trudeau intellectuel, son petit prince survendu par la réclame. Emmanuel Macron dit vouloir combattre le « monde ancien » : ce dernier a, dans les faits, rempilé pour cinq ans. Le président de la République a recyclé les mêmes technocrates, la même élite coupée du peuple, les mêmes utopistes et leur idéal post-national, les mêmes fanatiques du conformisme et de ses âneries. « Toute époque finit en mascarade » a écrit le génial moraliste colombien Nicolas Gomez Davila. Ce recueil est la chronique hebdomadaire de la lente décrépitude de la politique, qui a abouti à la fausse révolution macronienne. Parce qu'elle repose sur du sable, elle est promise à l'échec. Tout est à reconstruire, dans la résistance et la reconquête. Ceci est l'affaire des Français. La colère est parfois bonne conseillère.
Suffisance, amour de soi, besoin de paraître, telle est l'impudeur que nous voulons combattre. Cette vanité collective est née en 1968, avec l'éclosion des concepts d'autogestion, d'autonomie, d'auto-contentement. Un individualisme égalitariste et sarcastique en est resté, qui s'est engraissé de quelques principes à la mode : la transparence, l'authenticité, l'impertinence. Hommes politiques, intellectuels, journalistes, juges et simples citoyens, nous vivons tous, désormais, sous la tyrannie de l'impudeur, qui impose bruyamment ses références et ses lois. Mais le bilan général est désastreux : tout sonne faux dans cette société livrée aux donneurs de leçons et aux imposteurs. Partout, des signes montrent que les Français, lassés de cette comédie du paraître et de ses faussaires, sont en quête de valeurs sobres et solides. Leur idéal semble aujourd'hui à portée de main.
Ce qui ne se dit pas: une fracture identitaire ébranle le fragile équilibre de la nation, héritière d'une vieille histoire partagée. Nous sommes aujourd'hui à la croisée des chemins. Si rien ne vient rapidement mettre fin au processus de déculturation et de défrancisation enclenchée par une école amnésique et un multiculturalisme impensé, la France risque, avant la fin de ce siècle, de n'être plus qu'un Etat additionnant des communautés claquemurées, désunies, voire hostiles. Le glacial Hexagone a déjà remplacé la douce France dans le vocabulaire journalistique. L'amenuisement du sentiment national donne prise aux exigences identitaires des minorités et, singulièrement, aux surenchères de l'islam politique qui cherche à tirer profit du déracinement de l 'immigration musulmane. Un séparatisme ethnique apparaît déjà ici et là. Il cherche à opposer les "Souchiens", c'est ainsi que les "Indigènes de la République " nomment les "Français de souche", aux "Franciens", ces nouveaux compatriotes dont certains estiment qu'une carte d'identité française suffit à valoir identité française. Si l'élection de Nicolas Sarkozy à la présidence de la République doit beaucoup à son discours sur l'identité nationale, le problème soulevé attend toujours ses solutions. Elles sont pourtant à portée de main. Seule une adhésion sans failles à l'esprit des Lumières permettra à notre pays de rester ouvert et solidaire. Ivan Rioufol est l'auteur du Bloc-notes du Figaro.