Isabelle Parron-Kontis
Isabelle Parron-Kontis
Décidée en 1998 par la Ville de Lyon, l'opération de restructuration et de rénovation du Musée Gadagne est aujourd'hui en voie d'achèvement. Ce fut l'une des plus ambitieuses qu'ait connu le bâti civil du Vieux-Lyon, secteur sauvegardé inscrit au patrimoine mondial la même année. En donnant la parole aux divers protagonistes du chantier, maître d'ouvrage et architectes, conservateurs et archéologues, cet ouvrage est plus qu'une publication scientifique classique. C'est aussi le récit d'une réalisation technique et architecturale complexe et le bilan d'un parcours scientifique et culturel polymorphe. Il était évident pour tous que les bâtiments qui abritent le Musée historique de la ville de Lyon et le Musée international de la marionnette constituaient eux-mêmes la pièce maîtresse de la collection muséographique. Une enquête historique et archéologique exemplaire s'imposait face à ces témoins privilégiés de l'histoire urbaine. Plus que de l'étude d'un hôtel particulier, fût-il grandi par le nom des Guadani, lignée de célèbres banquiers italiens qui l'occupèrent dans le courant du xvie siècle, il s'agissait, à partir d'un îlot délimité par les actuelles montée du Garillan, montée Saint-Barthélemy et rue de Gadagne, d'aborder l'histoire d'un fragment de ville dans ses manifestations matérielles et symboliques. Dans le fond, le travail présenté ici s'inscrit dans la tradition de topographie historique qui consiste à collecter et à organiser des informations d'origine diverse sur un territoire urbain et à les représenter graphiquement, en plan, élévation et vue cavalière. Mais les recherches conduites sous l'égide du Service archéologique municipal se distinguent de l'oeuvre des grands aînés lyonnais en ce qu'elles produisent une documentation totalement inédite. Car c'est la force de l'archéologie que de se donner les moyens d'accéder à l'invisible, aux strates remblayées, aux maçonneries ennoyées et aux décors masqués, qu'aucun document d'archive ou aucune représentation figurée ancienne n'aurait permis de restituer. De Lyon avant Lugdunum jusqu'aux immeubles de rapport du xixe siècle, en passant par l'architecture et l'urbanisme Renaissance, l'étude minutieuse de l'îlot Gadagne comble un vide dans la connaissance de la topographie de la rive droite de la Saône, entre Saint- Jean et Saint-Paul, en marge du quartier canonial où s'étaient, jusque-là, concentrées les interventions archéologiques. Musée d'histoire de la ville et dans la ville, le Musée Gadagne, de longue date installé dans un édifice emblématique des grandes constructions civiles lyonnaises, se devait d'inclure les acquis des recherches les plus récentes au parcours muséographique. La boucle est ainsi bouclée d'une entreprise archéologique originale et complexe, inscrite au coeur d'un vaste chantier de réhabilitation du patrimoine ancien.
Cet ouvrage reprend l'étude minutieuse et originale qu'Isabelle Parron-Kontis a menée dans le cadre d'un diplôme universitaire sur les cathédrales de Saint-Pierre en Tarentaise et de Saint- Jean Baptiste en Maurienne, ces deux grands édifices religieux de Savoie que l'on pensait jusqu'alors bien connus car déjà étudiés et fouillés aux siècles précédents. Par sa parfaite maîtrise de ce qu'il est aujourd'hui convenu d'appeler « l'archéologie du bâti », puis par la confrontation de ses hypothèses aux possibilités qu'offrent aujourd'hui les sciences exactes comme la dendrochronologie ou les analyses de mortier, l'auteur est parvenu à renouveler totalement les données et les connaissances que nous avions sur ces deux cathédrales. Cette étude restera une très belle illustration des possibilités que gardent encore et toujours un édifice qui a beaucoup évolué au cours de son histoire et qui a déjà été fort restauré, pour ne pas dire « raclé », lors de la mode dévastatrice des pierres apparentes. Isabelle Parron-Kontis nous démontre ici de façon magistrale qu'on peut encore faire parler un édifice profondément remanié par une observation fine, et des méthodes de relevés, d'analyses et d'enregistrement pointues adaptées à l'archéologie du bâti. Et c'est plutôt encourageant ! Cet ouvrage démontre enfin qu'il reste de l'intérêt de nos monuments reconnus comme étant « historiques » d'associer étroitement les services de l'État chargés de leur protection et de leur restauration, et plus particulièrement les architectes en chef, aux archéologues du bâti aujourd'hui rompus à ce type de réflexion.