Isabelle Letélié
Isabelle Letélié
Un guide pratique et vivant, essentiel pour ceux qui rêvent, qui vont ou qui viennent de s'installer à Caux Seine.
Poursuivre la merveilleuse exploration de la carte du Tendre et du cru... [...]Au début, je vous avoue que j'étais un peu gêné. Je me souviens de la première fois. J'avais été réveillé par les ébats d'un couple dans la chambre voisine : des cris et des coups contre le mur m'avaient d'ailleurs fait d'abord penser qu'il s'y passait autre chose, avant de comprendre. Vous vous souvenez de la scène avec les Italiens dans le refuge, dans Les Bronzés font du ski ? Voilà, c'était exactement ça. J'ai donc été surpris, embarrassé, un peu excité aussi il faut bien l'avouer. Et fatigué le matin. SKA a déjà publié des nouvelles noires d'Isabelle Letélié, mais elle est aussi autrice de micro nouvelles érotiques. Ces textes sollicitent joyeusement vos zygomatiques, et croyez-nous, la surprise est totale ! Ce sont des merveilles de drôleries, variées tant par la nature des personnages que par les situations, les plus diverses possibles. On vous l'affirme c'est un bijou, une succession de fusées narratives : de hilarantes à très excitantes. Et c'est le second volume ! Nous sommes certains qu'à la fin de la lecture d'Ô Plaisirs ! vous vous précipiterez, si vous ne l'avez pas encore lu, sur le volume 1 : Ô Désirs ! paru en février 2020.
En proie à des visions qui le bouleversent, un homme erre au volant de sa voiture dans la zone industrielle du Havre. « Mais le répit est de courte durée. Dans son esprit, meublant le ruban infiniment avalé de la route, commencent à surgir des fragments stroboscopiques des heures qui viennent de s'écouler. Du rouge, beaucoup de rouge. Du rouge carmin, du rouge cramoisi, du rouge mouvant, du rouge figé, du rouge en gouttes et en nappes. Du sang ! Beaucoup de sang ! C'est beau, non ? Le sang est une matière merveilleuse. J'aime ses couleurs changeantes, sa texture, son odeur. Depuis toujours. Mon premier souvenir est celui du sang. Je devais avoir trois ans. » Au fil de ses nouvelles, Isabelle Letélié révèle son talent de conteuse de noires histoires où des suggestions pointillistes distillent une angoisse qui est la marque du genre.
Une immersion au coeur d'un duel sans merci où le lecteur est interpellé par l'auteure, entre fiction et réalité... « L'homme s'est arrêté de parler et de marcher et s'est laissé tomber dans le fond du hangar, dans le noir. Votre coeur bat encore de ses mots, des images qu'il a fait surgir et de son désespoir qu'il vous a communiqué. Puis votre attention se reporte sur la femme. La compassion que vous éprouviez un peu plus tôt pour sa situation s'est considérablement amoindrie. Bien au contraire, l'histoire que vous venez d'entendre vous a empli d'une épouvante qui a mué votre commisération en quelque chose qui ressemble maintenant à de la haine. » Isabelle Letélié nous offre une nouvelle qui rend le lecteur complice et spectateur de l'action qui s'y déroule, la chute vous en donnera les raisons. Original et bougrement efficace.
Le réveillon d'Angélique et Bernard ou la nuit des faux-semblants se déroule en 5 actes avec une « surprise du chef ». « Bernard, commença Angélique, je voudrais porter un toast. Son mari leva les yeux, comme surpris de sa présence. Son regard morne vint se poser sur elle tandis qu'une miette de foie gras pendait lamentablement à la commissure de ses lèvres. Je voudrais lever mon verre, poursuivit-elle en joignant le geste à la parole, à la vie de merde que tu m'as fait mener. » Le talent d'Isabelle Letelié nous est donné en cadeau avec cette nouvelle de Noël. Un conte en trompe l'oeil, en perspectives faussées, et une chute pas piquée des vers.
La vengeance est un plat qui se mange froid, assaisonné au Glock 17 par l'héroïne décidée à faire payer l'addition de sa vie ratée. ELLE ENVELOPPE ALORS LA CROSSE d'une main, de l'autre fait coulisser le canon, redresse le torse et, bras tendus, brandit droit devant elle le Glock 17. Elle fixe un point invisible sur le mur nu pendant quelques secondes, mâchoires serrées, et appuie sur la détente. Un claquement sec résonne lugubrement dans l'appartement tandis que la bouche de la jeune femme s'étire, ébauchant un sourire : quelque chose se réveille, venu du plus profond d'elle-même. Isabelle Letelié conduit son récit fluide avec une grande maîtrise narrative. Elle possède toutes les qualités « pour monter au long », comme l'on dirait pour un casse, c'est-à-dire passer de la nouvelle au roman. Vraiment, une belle découverte d'une jeune auteure à suivre.