Isabelle Fouchard
Isabelle Fouchard
« Les crimes contre l'humanité transcendent l'individu puisqu'en attaquant l'homme, est visée, est niée, l'Humanité. C'est l'identité de la victime, l'Humanité, qui marque la spécificité du crime contre l'humanité », affirmaient en 1997 les juges du Tribunal international pour l'ex-Yougoslavie à l'appui de leur premier jugement. L'expression même de crime contre « l'humanité » distingue ce crime de tous les autres et souligne son extrême gravité. Mais, si grave soit-il, un crime ne constitue un crime contre l'humanité qu'à condition de comporter des éléments constitutifs précis et de s'inscrire dans une attaque généralisée ou systématique. Cet ouvrage propose d'éclairer cette dénomination pénale née à Nuremberg en analysant sa formation en droit international, puis les variations de sa réception au niveau national. Il en explore ainsi la richesse mais pointe aussi ses ambiguïtés au travers des applications passées et présentes, esquissant déjà les transformations à venir.
La «?population pénale?» désigne communément les personnes «?placées sous main de justice?», qu'elles soient incarcérées (on parle alors de «?population carcérale?») ou suivies en milieu ouvert. L'emploi du singulier semble réducteur pour refléter la diversité - des profils pénaux, des origines sociales, des stades procéduraux ou encore des régimes de détention - qui marque ces personnes. Cet ouvrage est une invitation à s'intéresser, au-delà des personnes privées de liberté et de «?la?» population pénale ou carcérale, aux «?populations privées de liberté?». De l'Europe (France, Italie, Belgique) à l'Afrique (Kenya, Niger) en passant par l'Amérique latine (Brésil, Colombie), ces populations ont en commun de se situer à la confluence entre précarités socio-économiques (les pauvres, les étrangers) et inégalités de genre (les femmes, les transgenres). Entre régimes d'incarcération classiques (exécution de peine, détention provisoire) et d'exception (détenus mafieux et terroristes en Italie, détenus de Guantanamo), c'est le sens même de la privation de liberté que l'approche par populations interroge à la frontière entre prévention et punition, réinsertion et exclusion sociale.À PROPOS DE L'AUTRICEIsabelle Fouchard est chercheuse en droit au CNRS (ISJPS-UMR 8103) et contrôleure extérieure auprès du Contrôleur général des lieux de privation de liberté (CGLPL)
Comment penser les ressources dans les lieux de privation de liberté ? Les personnes privées de liberté vivent autant de ressources matérielles, même dans des lieux de dénuement, que de ressources humaines qu'incarnent notamment les personnels, les familles, les associations, les aumôniers ou encore les avocats. À un niveau plus institutionnel, pour encadrer cette situation particulière, la privation de liberté suppose des ressources juridiques, politiques et sociales. Aussi les contributions réunies dans cet ouvrage interrogent-elles les ressources propres à l'institution autant que celles venues de l'extérieur : Qu'en est-il des usages du droit et quels moyens sont requis pour couvrir les besoins des personnes privées de liberté ? En quoi les représentations, les modes d'expression ou les spécificités de certaines situations demandent-elles à mobiliser des ressources particulières ?À PROPOS DE L'AUTRICEIsabelle Fouchard est Juriste, Chargée de recherche au CNRS (ISJPS-UMR8103), Contrôleur des lieux de privation de liberté
La psychiatrie est-elle en voie de disparition ? La psychiatrie de secteur annoncée comme une logique de soin visant l'intégration à la communauté a-t-elle vraiment commencé ? Jean-Pierre Martin en a exploré les possibilités. Il associe une démarche de réhabilitation psychosociale du sujet, de refus des juridictions d'enfermement et de relégation. A l'interface du sanitaire et du social, la création d'un centre d'accueil et de crise lui a permis d'expérimenter de nouvelles approches cliniques ainsi que des pratiques d'intégration dans des réseaux de proximité centrés sur les patients. Celles-ci sont sous-tendues par une éthique du sujet comme personne sociale, qui rend obsolète le vieil amalgame : obligation de soin et dangerosité sociale. Aujourd'hui ces pratiques sont remises en cause par le paradigme économique, les dotations budgétaires restrictives ; les théories biocomportementales et urgentistes viennent étayer l'évaluation de ce nouvel ordre médico-gestionnaire, réduisant toute politique de santé mentale à une épidémiologie normative. Cet ouvrage milite pour ces pratiques menacées, il soutient avec force et enthousiasme l'intégration de la politique de santé mentale dans celle de la ville, le sujet citoyen et la communauté devant être des acteurs à part entière.